‹ Histoire du diocèse de Coutances et AvranchesChapitre 118 sur 191 · CANTON DE LA HAYE-PE8NEL · texte numérisé non relu

CANTON DE LA HAYE-PE8NEL

!. La Haye-PesneL — «. Beaucbamps. — 3. Champcervon. — i. Follîgny. — 5. Hocquigny. — 6. La Beslitre. — t. La Luccrnc. — 8. La Mouche. — 9. La Rochelle. — 10. Le Grippon. — il. Le Luot. — V2. — Les Chambres. — 13. Le Tanu. — 14. Mesniidrey. — 15. Noirpalu. — 16. Sain(*Jean-de8-Champ8. — 17. Sainl-Lëgcr. — 18. Sainte-Pience. — 19, Saint-Unio. — 80. Subligny.

4. La Haye-Pesnel, comme on Fécrit mainlenant contre toute raison, car ceux qui portèrent ce nom illustre récrivaient autrement, était sous le patronage de l'abbaye de Saint-Sever ; il n'est pas possible de savoir le nom du donateur, les archives du monastère ayant péri; mais la présentation revint plus tard au seigneur.

L'église est sous le vocable de Sainte-Madeleine. Elle dut être ruinée, lorsque le château fut battu en brèche et pris de vive force ; car une autre église ou chapelle dédiée à saint Nicolas servit temporairement d'église paroissiale; on en voit encore des débris. Celle-ci tomba en ruines au xvii* siècle, et ses revenus furent attribués à l'ancienne église, restaurée depuis longtemps, comme on peut en juger par les constructions , à charge d'y acquitter six messes et d'entretenir une croix à la place de l'église Saint-Nicolas.

Après la conquête d'Angleterre , Guillaume Paynel lit bâtir un superbe château au bourg de la Haye, dont on voit encore les débris. Il avait reçu ce domaine de la libéralité du futur Conquérant, pour prix de sa coopération & la bataille du Val-ès-Dunes. Foulques Paynel, un de ses descendants, vit ce même château ruiné pour prix de sa trahison, par le vaillant capitaine Jean des Vignes pendant la minorité de saint Louis. Il fut pardonné; mais le château ne fut point relevé. Il se retira au manoir du Logis, que ses descendants continuèrent d*habiter. L'un d'eux y fît construire une petite chapelle, qui sert maintenant à des usages profanes.

Elle avait été réparée en 1789 par le sieur de Pontkalec, seigneur du lieu, successeur des Paynel. Elle était taxée à une décime de douze livres, et l'église paroissiale à trente-cinq. L'église Saint-Nicolas appartenait au Mont-Saint-Michel, à qui elle avait été donnée par Foulques Paynel en 1158. C'est le fîls, ou plutôt le petit-fils de celui-ci qui signa un traité avec les Anglais et se révolta. — Après la ruine de son château , et peut-être en expiation de sa révolte, Foulques Paynel fonda un hospice à la Haye-Pesnel; mais sans pouvoir le doter assez. (V. l'art. Folligny.)

2. Beauchavps. L'église est sous le vocable des saints Crespin et Crespinien. La cure demeura jusqu'à la fin à la présentation du seigneur. Le manoir seigneurial eut, comme tous ceux de l'époque, une chapelle, mais elle est depuis longtemps détruite.

3. Champcervon. L'église Saint-Martin-de-Champcervon (de campo<^n?arum) fut donnée à l'abbaye de Savigny dès le temps de la fondation par Guillaume de Ducey en même temps que celle de Saint-Martin-du-Gast, en présence de l'évêque Richard. — En 1698, le revenu curial était estimé à trois cents livres. — Nonobstant la traduction du moine de Savîgny, Cervan doit représenter le nom d'un possesseur.

4. FoLLiGNY (la Nativité de Notre-Dame). Guillaume Meurdrac fonda en 4493 un hospice au lieu nommé le Repas, en la paroisse de Folligny; ensuite, il unit la cure de Notre-Dame-de-Folligny à ce même hospice, qui était sous le vocable de saint Jacques. Or, le prieuré de la Bloutière, fondé bientôt après, acquit une grande réputation; le curé de FoUigny, qui se nommait Raoul Mouton, consentit à remettre sa cure, et Guillaume Meurdrac donna la cure et Thospice au prieuré.

Foulques Paynel comprenant que son hôtel-Dieu n'était pas suffisamment doté, en demanda l'union au spirituel et au temporel avec l'hospice du Repas, et l'obtint moyennant la concession d'un bois de trente vergées à l'hôtel - Dieu. C'était en 1235. Dès lors , les pauvres furent placés à la Haye-Pesnel, dont la situation parut plus convenable, et les malades au Repas. Trois chanoines de la Bloutière desservirent, l'un la paroisse et les deux autres chacun un des hospices. Guillaume de Tournebu, évêque de Coutances, ratifia les premiers arrangements, et Hugues de Morville, les derniers. Ces établissements , ayant reçu des biens dans les paroisses de Hocquigny et du Tanu , devinrent 'communs aux pauvres et aux malades des deux paroisses. Les trois chanoines de la Bloutière, employés à la desserte de la paroisse et des deux hospices, recevaient chacun dix livres annuellement pour leur entretien. En 1648, la cure de Folligny était estimée à quatre cents livres, ce qui en constituait trois cent soixante-dix au bénéfice de l'hospice. La chapelle était dédiée à saint Denis; elle est démoHe depuis moins d'un demi-siècle. — Il y eut une seconde chapelle au manoir des Meurdrac.

Parmi les noms patronymiques devenus noms de famille, Paynel, Meurdrac, Blayn, Avenel sont des plus anciens. La plupart des autres sont des noms de fiefs. La famille Paynel eut trois ou quatre branches coexistantes.

5. HocQUiGXY. L'église Saint-Pierre-de-Hocquîgny fut donnée en 1236 au prieuré de la Bloutière pour le seviee des pauvres de l'hôlel-Dieu de la Haye- Pesnel, par Foulques Paynel, le fondateur du dit hôtel-Dieu, du consentement de l'abbé et des moines du Mont-Sainl-Michel , dont Foulques Paynel était franc tenancier et auxquels la cure ressortissait en seigneurie pleine et directe, parce qu'elle faisait pnrtie de la baronnie de Saint-Pair. Les religieux en firent un prieuré du titre de Saint-Maur, dont le revenant bon appartenait aux pauvres et aux malades des quatre paroisses. (Voir l'art. Folligny). — Hocquigny paraît avoir reçu son nom de Hacon, l'un des hommes d'armes de Raoul Paynel à la conquête d'Angleterre. — Le prieuré-cure de Hocquigny payait quarante livres de décimes. — Hocquigny n'a recouvré son rang de paroisse qu'en 1826.

6. La Beslière. La cure de Saint-Pierre-de-la-Beslière resta jusqu'à la fin à la présentation du seigneur; elle payait trente livres de décimes. Le nom veut dire habitation de Besle. Le même nom propre se trouve dans Beslon. Le curé avait les dîmes, excepté celles du trait de la Haute-Beslière, qui étaient au Mont-Saint-Michel.

7. La Lucerne-d' Outremer , ainsi a-t-on défiguré le nom de cette paroisse, qui s'appelle la Luzerne, et qui n'est outre mer que quand on la regarde de Chausey. L'église a conservé quelques vestiges d'architecture romane; elle est sous le vocable de Notre-Dame. La cure était estimée à cinq cents livres en 1648, à six cents en 1698.

280 BISTOIRE DU DIOCÈSE DE GOUTANCES ET AVRANGHES.

Il reste de Tabbaye de déplorables ruines, qui accusent des édifices d'une grande beauté : Téglise, les cloîtres, les dortoirs, tout était d'une belle construction, dans ce style roman mélangé de plein-cintre et d'ogive que les gens à système appellent roman de transition, quoiqu'il ne marque pas une époque dans Tart de bâtir. L'église avait soixante-douze pieds de largeur à la croisée, cent soixante pieds de longueur, et le clocher cent soixante pieds d'élévation.

Cette paroisse eut aussi une chapelle dédiée à saint Jacques, dite Saint- Jacques-de-la-Haye-Pesnel , parce quelle était presque contiguë au bourg, qui fut donnée avec de bons revenus à l'abbaye de Saint-Sever par Hugues dit Le Loup, vicomte d*Avranches, comte de Chester après la conquête. Les moines de Saint-Sever l'érigèrent en prieuré. Comme cette chapelle était située dans le diocèse d'Avranches, le donateur voulut que les abbés de Saint-Sever se rendissent tous les ans à Avranches le jour Saint-André, et servissent d'assesseurs à Tévéque; ce qui fut observé tant qu'il y eut des abbés réguliers.

8. La Mouche. L'église Saint-Martin-de-la-Mouche demeura jusqu'à la fin à la présentation du seigneur. La cure était estimée à huit cents livres en 4698. Il y eut dans la paroisse une chapelle que Foucault estima à cent soixante livres de revenu en 1698. C'est peut-être celle dont l'abbé Cousin parle dans ses mémoires, et dit qu'elle fut l'église d'une paroisse nommée Plane. (Voir le Luot.)

La Mouche a été le berceau de deux prélats recommandables : Godefroy de la Mouche, doyen de Séez, évêque d'Angers de 1 168 à H 77, et Jean de la Mouche, évêque d'Avranches de 1312 à 1335.

9. La Rochelle. L'église Sainte-Marie-de-la-Rochelle avait pour patron Roger-le-Pauvre. Lorsque Guillaume de Saint-Jèan reprit en sous-œuvre la fondation de l'abbaye de la Luzerne en 1165, il obtint le patronage de cette église, en donnant à Roger-le> Pauvre la demeure de Lambert et la demeure de Hugues-Ail-en-Bourse au Luot en échange ; puis il le céda à l'abbaye du Mont- Saint-Michel ^ qui lui donna en contre-échange un terrain au moyen duquel l'abbaye de la Luzerne aurait un espace suffisant pour établir son nouveau séjour. Cependant, quelques années plus tard, l'église delà Rochelle était venue sous le patronage de la Luzerne, en vertu de nouveaux et postérieurs arrangements, et depuis elle fut un prieuré-cure. L'église actuelle a conservé des parties de l'édifice qui existait à cette époque. Son revenu était estimé à quatre cents livres en 1648^ et à cinq cents en 1698. La paroisse eut une chapelle du vocable de saint Nicolas, dont il n'est pas fait mention sur la liste de 1752; ce qui indique qu'elle n'existait plus.

10. Le Grippon, réduit maintenant à l'état d'annexé des Chambres, est sous le vocable de saint Barthélemi. L'église demeura jusqu'à la fin à la présentation du seigneur du lieu. Le revenu curial était estimé à trois cents livres en 1648; mais cette estimation était sans doute exagérée, car elle se trouve diminuée de moitié sur l'apprécie de 1698. Il y eut dans la paroisse une chapelle Sainte-Catherine, qui n'est plus mentionnée sur la liste de 1752, et qui avait appartenu , probablement, à une léproserie dont les souvenirs se retrouvent dans plusieurs noms de lieu. Hugues, fils de Gripp, fut un des compagnons du Conquérant, et c'est de ce nom , selon toute apparence, que la paroisse a reçu son nom. Le curé n'avait que l'autelage et les menues dimes,

Hasculfe de la Luzerne ayant donné la dlme de la paroisse à Tabbaye d'Ardennes en 4144.

M . Le Luot. Le patronage de Saint-Pierre-du-Luot demeura laïque jusqu en Tan 1 300, que Guillaume de Soûle le donna à Tévéque Geoffroi Boucher. Celui-ci le céda à son chapitre, et, au moyen d'arrangements, il vint à la part du chanoine de Noirpalu. Le revenu curial, indépendamment de la faible part prélevée par le chanoine du lieu , s'élevait à sept cents livres en 1648, à quinze cents en 1698.

La liste des chapelles dressée en 1752 sur le rapport des doyens ruraux contient cette note : « Le Luot, chapelle Saint-Pierre-de-Plane, dite la chapelle de la Mouche. Revenu soixante-dix livres ; annexée à la cure du Grippon. Elle est en bon état. »

Le Luot est la patrie du docteur Cousin , curé de Saint-Gervais , auteur de vingt volumes manuscrits sur l'histoire de TAvranchin, principalement l'histoire de son temps , et de quelques annotations au xi® volume de la Gaule chrétienne. Il mourut en 1793, prisonnier au Mont-Saint-Michel, appelé le M ont- Libre, du moment qu'il devint prison d'Etat.

12. Les Chambres. Vocable, la Sainte-Trinité. L'église fut donnée pour une moitié dès avant la fin du xu® siècle au chapitre d'Avranches par Tabbaye de Saint-Sever. Le droit de présentation à la seconde portion demeura aux mains du seigneur du lieu. Celle-ci était estimée à un revenu de trois cents livres en 1698. Le curé de la première avait une portion congrue. Supprimée en 1803 et réunie à Champcervon, la paroisse des Chambres a été rétablie par ordonnance du 31 mars 1844.

13. LeTanu. La cure de Notre-Dame-du-Tanu demeura jusqu'à la fin à la présentation du seigneur du lieu. L'église est d'architecture romane, sauf les nombreuses réparations. Les Dominicains possédaient en cette paroisse le fief de Boisfrou avec chapelle.

14. Mesnildrey (Beata Maria de Masnilo Drogonis), Après avoir été sous le patronage de Tévêque de Coutances , la présentation à la cure était redevenue laïque. En 1648, le revenu était évalué à cinq cents livres, et le curé payait cinquante- deux livres de décimes. Cinquante-deux livres pour cinq cents livres ; c'est-à-dire un peu plus du dixième : c'est la proportion gardée à peu près partout. Le curé payait en plus deux sous pour la chape à l'évoque. — Rétabli en succursale en 1808.

15. Noirpalu {Sanctus J. B, de N'ujra Palude.) La cure était une des chanoinies delà cathédrale; elle était estimée à deux cents livres en 1698. Quand le chanoine ne remplissait pas lui-même les fonctions curiales, il se faisait remplacer par un vicaire. — Etabli en succursale le 20 mars 1828.

16. Saint-Jean-des-Champs. Le patronage de Saint-Jean-des-Champs, qui appartenait en dernier lieu et de longue date à l'abbaye du Mont-Saint-Michel, présente à l'origine des détails peu conciliables, s'il ne fut partagé entre plusieurs ayant-droit. Il fut donné au Mont par Raoul de Bréhal vers le milieu du XI*' siècle. Une seconde charte du même siècle, mais postérieure, contient la donation de l'église de Saint-Jean-des-Champs à la même abbaye par Gilbert Bacon. D'autre part, le patronage de Saint-Jean-des-Champs était en litige,

en 1119 entre Tévéque de Coutances et Tabbaye de Saint-Lo, par-deyant l'abbé du Mont-Saint-Michel. La cure était taxée à une décime de soixantecinq livres. Le curé avait pour tout revenu la troisième gerbe de la dlme; il payait huit sous pour la chape à Tévêque. — L'église ayant été détruite par la foudre en 1873, la première pierre d'une nouvelle a été posée le «4 avril 1874.

17. Saint- L^GER. Le patronage demeura laïque jusqu'à la fin. La cure payait dix-neuf livres de décimes. — Supprimé en 1803 et réuni à Saint-Ursin, Saint-Léger a été rétabli par ordonnance du 3 mai 1846.

18. Sainte- PiENCE. Une relique majeure de la sainte amie des saints Nicaise, Quirin et Scubicule, apôtres du Vexin, ayant été apportée de Rouen à Avranches vers le temps de la consécration de l'église cathédrale, peut-être môme à cette occasion , elle reposa en un lieu voisin , appartenant aux évoques, de la donation de Hugues Le Loup, fondateur, en attendant sa réception solennelle dans la ville épiscopale. Une chapelle de son vocable fut érigée à la place , suivant l'usage du temps. Telle est, selon les traditions, l'origine de la paroisse Sainte-Pience. La cure était sous le patronage de l'évoque; son revenu était estimé à quatre cents livres en 1698. — La maison de campagne des évoques d'Avranches appelée le Parc était en cette paroisse. Il y eut aussi une chapelle dont parle Robert Cenalis, et qui a été relevée dans ces derniers temps sur l'emplacement du manoir seigneurial.

19. Saint-Ursin. Le saint patron du lieu n'est autre que l'évêque de Coutances de ce nom, et cette paroisse est la seule qui soit sous son vocable. Elle est restée jusqu'à la fin de patronage laïque. L'église a conservé quelques détails romans, notamment son portail. Le curé payait une décime de quarante livres.

20. SuBUG!SY. L'église appartint à l'abbaye de la Luzerne dès le temps de la fondation. Quoiqu'on ne trouve pas l'acte de donation, elle apparaît dans les premiers actes récognitifs, et il semble que c'est le fondateur, Hasculfe de Subligny, qui la donna avec de belles propriétés dans la paroisse. Guillaume de Tournebu, évêque de Coutances, donna, en H 87, à l'abbaye un acte conlirmatifde cette propriété. Cependant le patronage se retrouve aux mains des seigneurs du lieu dans les siècles suivants.

Parmi les descendants des bienfaiteurs des monastères, il y en eut qui contestèrent les donations de leurs ayeux ou même de leur père, et c'est pour cela que les pères faisaient signer leurs fils à l'acte de donation, d'une part, et que, d'autre part, les monastères se faisaient délivrer des actes conBrmatifs par les papes ou les rois. Quand les donateurs ne savaient pas signer, la croix qu'ils avaient mise au bas de l'acte, le couteau de chasse, le bâton ou le capuchon qu*ils avaient donnés, étaient des témoins muets dont les héritiers contestaient souvent la valeur. Il fut énormément donné aux monastères, mais il leur fut beaucoup repris.

La cure de Notre-Dame-de-Subligny était évaluée à quatre cents livres de revenu en 1648, à trois cents en 1698. L'usage de se faire décharger à la cote mobilière n'est pas nouveau. — Subligny a donné à l'Eglise d'Avranches un de ses meilleurs évêques. — Il ne faut pas chercher de bois (lignum) dans l'étymologie de Subligny : les anciennes formes sont Solignie et Sulineum .

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