CANTON DE VILLEDIEU
t. Vill^dieo. — S. BourguenoUes. — 8. Ghamprepu8.-'4. Chérencey-le-Héroa. — 5. Fleary.— 6. La Bloutière. — 7. La Laade-d'Âiroa. — 8. La Trinité. — 9. Rouffiguy. — 10. Sainte- Cécile. — 11. Saint-Pierre-da-Tronchet. — 12. Saultchevreuil.
1 . ViLLEDiEU. Le duc-roi Henri I* ayant donné à la sainte maison de Thôpital Saint-Jean-de-Jérusaiem un terrain de quatorze acres sis en la paroisse de Saultchevreuil , pour y fonder un établissement , les hospitaliers y créèrent cette commanderie qui prit en moins d*un siècle l'importance d'une ville, et cela par trois causes : i** les secours accordés aux infirmes ; 2® les droits, exemptions^ immunités concédées à l'ordre par les Souverains- Pontifes, en verlu desquels nul n'avait droit chez eux qu'eux-mêmes, et ceux qui étaient réfugiés sur leur territoire avaient acquis toute immunité et ne dépendaient plus que de leur justice, haute, basse et moyenne, Tévêque lui-même n'avait droit que de visiter, mais non de corriger; ils dispensaient et mariaient bon gré mal gré l'évéque et les parents, et portes fermées ; ils avaient les dispenses de gras et maigre, etc. ; 3^ les foires et marchés qu'ils établirent dans des conditions plus douces que partout.
Cet article, toutefois, leur attira des réclamations de la part de l'abbaye de Saint-Dizier de Lisieux, à qui appartenait la paroisse de Saultchevreuil et qui y avait aussi ses foires et ses marchés, lesquels se trouvaient ruinés par les foires et marchés de la Ville-de-Dieu.
Tout préjudice appelant nécessairement réparation, et les chevaliers de Saint-Jean ne pouvant s'étendre au delà de leurs quatorze acres de terrain, il fut convenu, après contestations, que le champ des foires et des marchés serait établi par moitié sur le terrain des deux parties, que les jours seraient les mêmes, les droits perçus les mêmes, et que chacun aurait le revenu perçu sur son terrain. Malgré cette apparente égalité, il y eut toujours une plusvalue du côté des chevaliers, et d'ailleurs les foires et marchés ne constituent pas tout le commerce d'une localité. Quatorze acres représentent exactement cinquante-six vergées de terrain à la perche de vingt-deux pieds, qui était de quarante à la vergée ; lesquelles équivalent à douze hectares et demi environ. Les divers règlements des droits réciproques furent passés devant Geoffroi Plantagenet, comte d'Anjou, et les évêques de la province, pour une première fois, et ensuite devant le duc-roi Henri IL Les contestations reparurent au xnr* siècle : il fut réglé par Philippe VI, en 1338, que les Frères hospitaliers de Villedieu tiendraient compte aux Religieuses de Saint-Dizier de la moitié des revenus de Villedieu et de Saultchevreuil, sous peine de restitution au double de la part qu'ils auraient détournée.
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Il faut convenir pourtant que si les Frères hospitaliers n'avaient de droits rigoureusement que dans les quatorze acres de leur propriété, les Religieuses n'avaient rien fait pour Taccroissement de Saultchevreuil, et que c'étaient eux qui avaient créé Villedieu. C'étaient eux qui y avaient établi et développé cette industrie, alors unique dans toute la province, du travail du cuivre. Ils amenèrent de l'étranger, de l'Allemagne, ce semble, les premiers magnants. Les plus anciens statuts que l'on connaisse des confrères poëlliers de Villedieu, sont souscrits du roi Charles VI, en 1406.
Il* y avait, auprès du lieu où les chevaliers du Saint-Hôpital établirent leur demeure, une chapelle Saint-Biaise, qui fut leur première église, et qui leur fut donnée un siècle plus tard par un frère Guillaume de Grisey, prêtre, qui embrassa leur institut. En 1 183, un neveu ou parent de celui-ci, Richard de Grisey, leur donna son manoir, sis près Coutances, qu'il tenait de Hugues de Saint-lManchers.
A un quart de lieue de distance, sur la route de Villedieu à Caen, était une seconde chapelle, dédiée à saint Etienne, qui leur fut également donnée avec ses biens et revenus, et dont ils formèrent, avec celle de Saint-Biaise, un membre de la commanderie, lorsque leurs quatorze acres de terrain furent assez peuplés pour y ériger une commanderie et y bâtir une église paroissiale. Le curé chargé de la desserte de l'égUse et des deux chapelles eut un revenu fixe de huit cents livres, à prendre sur la foire de Saint-Clément, qui se tenait le 23 septembre, et recevoir par les mains du commandeur.
En 13S0, l'église de Villedieu fut le théâtre d'un terrible drame des guerres de religion : une compagnie armée, de cent trente -six huguenots des paroisses de Cérences et de Bricqueville, s'y logea à l'improviste et se mit, par bravade contre les habitants, à tirer des coups d'arquebuse contre le crucifix et les images de la Vierge. Ceux-ci barricadèrent les portes par dehors avec des tonneaux qu'ils remplirent de pierres, et appelèrent à leur aide de Vicques, gouverneur de la ville d'Avranches ; la faim força les prisonniers de crier merci; presque tous furent massacrés. (Voy. t. I, p. 471.)
La commanderie, quoique fondée pour le secours des malades, ne s'en occupait plus, paralt-il; car un des habitants, nommé Jean Castey, y fonda de ses deniers un hospice en 1717.
Villedieu a été la patrie d'hommes éminents à divers titres , dont nous devons rappeler ici les noms : Geoffroi Boucher, promu au siège d'Avranches en 4293; Guillaume Le Cervoisier, inscrit au martyrologe des Capucins; le grammairien Guillaume Le Moine et probablement le célèbre Alexandre de Villedieu, chanoine d'Avranches.
L'église est sous le vocable de Notre-Dame. Le curé payait une décime de six livres.
2. BouRGUENOLLES. L'églisc Saint-Barthélemi-de-BourguenoUes demeura jusqu'à la fin de patronage laïque. Il y eut en la paroisse une chapelle Saint- Roch, maintenant ruinée, qui avait été celle d'un ancien ermitage. La cure était estimée à un revenu de trois cents livres en 1648; l'estimation fut portée à six cents en 1698.
Le Livre-Vert dit Burganoles, ce qui semble signifier : petites bourgades.
3. Champrepus. L'église Saint-Jean -Baptiste- de- Champrepus avait été donnée à l'abbaye de Saint-Lo par Guillaume de Tracy ; le duc-roi Henri II
confirma* la donation par une nouvelle charte, qui est sans date, aussi bien que la première, mais postérieure à la mort de saint Thomas Becket. Nonobstant, le Livre-Blanc, rédigé sous le pontificat de Louis d'Erquery, marque la cure de nomination épiscopale, et enfin les dernières listes attribuent la nomination au roi. Ces divers changements ont dû se faire par dévolution : c'est-à-dire que le présentateur n'ayant pas rempli sa mission en temps utile,. le droit était dévolu : de Tabbaye à Tévêque; de Tévêque au roi, si l'abbaye et l'évêque en procès ne vidaient pas la querelle dans le temps canonique , le roi représentant le premier donateur. — Le curé payait trente livres de décime. — Il n'y eut point de camp romain ni autre à Champrepus.
4. Ch^renc^-le-H^ron ; sous le vocable de Notre-Dame. La paroisse resta de patronage laïque. Le revenu de la cure était estimé à quatre cents livres en 1648 ; il en fut de même en 1698. L'affixe est un nom de famille qui se trouve parfois sur les chartes aux xn* et xiii* siècles dans le pays d'Avranches. Un archidiacre du nom de Guillaume Heiron joua le premier rôle dans la fondation de l'abbaye de la Luzerne ; il était homme de grande piété et épris d'un grand amour pour les exercices de la vie pénitente. — Etabli en succursale en 1808.
5. Fleury ; sous le vocable de Notre-Dame. La paroisse de Fleury se trouve également relatée à l'acte de l'abbaye de Saint-Lo souscrit de la main de Henri II que nous venons de signaler à l'article Champrepus. Cependant l'église de Fleury fut donnée au prieuré de la Bloutière par Guillaume de Rolios (Roullours), petit-fils du fondateur, obligé de résider en Angleterre, pour laquelle son aïeul opta au temps de Philippe -Auguste. Saint Louis permit aux familles expatriées de venir disposer de leurs biens non encore confisqués.
La Bloutière en fit un prieuré-cure, dans lequel elle entretint constamment deux religieux pour la desserte. Le prieur- curé avait le trente- cinquième rang au synode.
Il y eut dans la paroisse la chapelle Saint-Gilles-du-Gnesquet, qui était celle des seigneurs de Rolios, et qui exista longtemps encore après leur manoir. Elle payait une décime de douze livres.
Le prieur payait une décime de vingt-cinq livres.
6. La Bloutière. Cette paroisse tire son nom d'une famille Blouet, dont plusieurs membres accompagnèrent le duc Guillaume à la conquête, entre autres Robert Blouet, son chapelain, qui devint évêque de Lincoln en 1098, et un frère ou oncle de celui-ci, dont la fille aînée porta par mariage les deux fiefs de la Bloutière et de Bricqueville-la-Blouette dans la famille de Rolios, de Vire « de Roulours, près le châtel de Vire, dit le prieur Le Gros en sa Chronique de la Bloutière* »
Deux ermites de Saint-Augustin s'étaient retirés au bois de ce lieu; ils s'y bâtirent une petite chapelle, qu'ils dédièrent à saint Thomas Becket, peu de temps après son martyre. Richard de Rolios convertit cet ermitage en monastère, ainsi que nous l'avons dit en son lieu.
Obligés d'opter entre la France et l'Angleterre, après la réduction de la Normandie par Philippe-Auguste, les de Rolios optèrent pour l'Angleterre; mais Guillaume de Rolios, petit-fils du fondateur, revint en 1243 avec la permission de saint Louis, disposer des biens qui avaient été à sa famille :
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il donna au prieuré les églises de la Bloutière, Fleurj et Bricqueville-Ia* Blouette, avec huit fermes, nommées la Cornillère, la Bédoyère, TObline, la Maère, la Hézardière, la Yacquerie, la Maréquetière et la Pesquelière.
Le prieuré devait s'enrichir de tout le reste; car Philippe-Auguste avail donné le château et la baronnie à un chevalier du nom de Hue de Botigny, qui mourut sans hoirs. Hue de Botigny donna au prieuré une chapelle Saint-Julien, qui était probablement celle du château; et après sa mort, saint Louis donna en (ief-ferme les ruines du château et la baronnie moyennant une redevance annuelle de cinquante livres, excepté le plaids de Tépée et ses appartenances. — La chapelle Saint-Julien fut détruite par un incendie en 1788. A la même époque, le prieuré était en régale et valait cinq mille livres. — Le curé payait une décime de trente livres. L'église paroissiale est sous le vocable de Notre-Dame. Il y eut une seconde chapelle au château de la Roche-Tesson. Le prieur de la Bloutière payait une décime de cent quarante livres; les religieux, une décime de cent dix livres.
7. La Lande-d'Airou. L'église Saint-Martin-de-la-Lande-d'Airou demeura de patronage laïque. Le curé payait une décime de cent livres. La paroisse eut une chapelle Saint-Léonard-des-Bois ; « Tune des plus anciennes, où il y avait autrefois un monastère de religieux, » dit François Desrues. Nous ne savons où il a pris le monastère, à moins que dans son patriotisme ; il était de la Lande-d'Airou, mais la chapelle exista. Elle fut remplacée auxvii^ siècle par une chapelle Sainte-Anne, qui sert maintenant de maison d'école. Il y eut aussi une chapelle avec ermitage Saint-Roch à l'extrémité de la paroisse vers BourguenoUes ; il en reste seulement quelques ruines.
8. La Trinité. L'église de la Trinité fut donnée pour une moitié au chapitre d'Avranches par Robert Meurdrac, vers le milieu du xi* siècle. La nef est de cette époque. Cette même moitié ressortit ensuite à l'abbaye de Savigny ; puis en 1648 le seigneur du lieu avait seul le patronage. — La cure était alors estimée à un revenu de quatre cents livres. Ce fut également l'estimation de 1698.
9. RouFFiGNY. Notre-Dame-de-RoufTigny était une chanoinie de la cathédrale d'Avranches, estimée à deux cents Uvres en 1648 ; à trois cents en 1698.
40. SAiNTE-C^aLE. L'église demeura to^jours de patronage laïque. La cure était estimée à six cents Uvres de revenu en 1648. La paroisse eut une chapelle au village de l'Epiney.
Etablie en succursale en 1808.
1 1 . Saint-Pierre-du-Tronchet. Osbern, troisième abbé de Sainl-Evroult (de LisieuxY qui mourut en 1166, acquit à son abbaye le Tronchet, cédé par Geotfroi Mancel, frère de Hubert, le vicomte. Cependant la présentation appartenait à l'abbesse de Saint-Dézir, de Lisieux.
Le curé payait une décime de vingt-huit livres.
Annexé à Saullchevreuil jusqu'en 1826, Saint-Pierre a reçu de nouveau son existence paroissiale par ordonnance du 26 novembre.
Les droits sur une même église pouvaient être multiples et divisés entre plusieurs : 1^ Le seigneur était patron; il avait droit au premier banc, droit de sépulture dans l'église, droit d'eau bénite : c'est-à-dire qu'on ne pouvait commencer la messe avant qu'il ne fût à son banc, quand il résidait^ et qu'il
fallait lui présenter l'eau bénite à la main. Il est bon de se souvenir qu'à l'origine les églises avaient été bâties par les seigneurs, et leur appartenaient. 2^ Le patron honoraire, quand il y en avait un, occupait le second rang. 3*^ La dime, avec ou sans Tautelage, avait pu être aliénée en faveur d'une communauté ou de plusieurs. 4^ Le droit de présentation à la cure pouvait être séparé du patronage. 5® Donner une paroisse, c'était en donner la seigneurie. 6° Donner une église, c'était en donner le revenu, à charge de desserte. 7** L'église pouvait être donnée avec ou sans les aumônes. On appelait aumônes des terrains appartenant à Téglise, dont le revenu servait à l'entretien du prêtre qui y était attaché. 8® Le chœur était généralement considéré comme propriété seigneuriale et à la charge du seigneur ; c'était aussi la partie primitive de l'édifice, élevée par lui. Au bas de ce chœur était un porche pour l'abri des vilains. A mesure que les communes s'affranchirent et se peuplèrent, elles bâtirent des nefs dont l'entretien resta à leurs charges. Par habitude, le porche fut transporté du bas du chœur au bas de la nef.
12. SAULTCHEVREmL. Sous le vocable de saint Eutrope. La paroisse, bourg, place du marché, église^ dîmes, forêt, vignes» moulins, revenus, fut donnée àTabbayedeNotre-Dame-de-Saint-Dézir de Lisieux, vers 1050 ou 1055, par Lesceline, veuve de Guillaume, comte d'Auge, pour la dot de sa fille, du consentement de Hugues, son fils, évêque de Lisieux. Le Conquérant confirma cette donation par une charte de 1060, environ (voy. l'art. FÙUdieu).
La cure était estimée en 1648 à un revenu de quatre cents livres ; en 1700, le curé payait quarante-huit livres de décimes ; ce qui est calculé sur un revenu de cinq cents livres.
La carte de Cassini indique en cette paroisse les ruines d'une chapelle dédiée à saint Thébault.
Guillaume Chevron, évêque de Porphyre, coadjuteur de Coutances, était curé de Saultchevreuil.
Etabli en succursale en 1808.