CANTON DE COUTANCES
1. Saint-Pierre. —2. Saint-Nicolas. — 8. Bricqueville-la-Blouelte, — 4. Cambernon.
5, Gourcy. — 6. Nicorps. — 7. Saussey.
1 Saint-Pierre. Quelle est la plus ancienne des deux paroisses de la ville de Coutancesî Cette question fut vivement controversée en 1707 entre les curés. Elle était posée à faux, puisqu'elle Téuit au point de vue moderne,
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selon lequel les paroisses ont des limites géomëtriqaes, et les curés une jun» dietion qui ne s'étend pas au delà du grand chemin ou de la rivière. Primitivement et jusqu'aux xu* et un* siècles, il n'en était pas ainsi.
L'église Saint-Pierre-de-Coutances était signalée en 4406 au concile de Rouen, par l'évéque Raoul, comme une antique église, ayant ses jours de fête et un clergé qui la desservait. D'autre part et alors même, la cathédrale était l'église paroissiale des habitants de la ville, qui y étaient chez eux, et qu'on eut peine à éloigner, quand on éleva pour leur usage une chapelle dédiée à saint Nicolas en face de la chapelle Saint-Floxel en 4240. Saint- Nicolas est d'origine la paroisse cathédrale. Depuis lors, la limite a été déplacée. Saint-Nicolas s'étendait jusqu'aux rues Geffroi - Herbert et du Lycée. L'église Saint-Pierre était près de la ville^ disait l'évêque Raoul.
L'égUse antique (ab antiquis temporibus eonttructa)^ dont il parlait au concile de Rouen, tombait en ruines au xv* siècle. Les paroissiens entreprirent de la relever. L'évêque Geffroi Herbert songeait à élever une pyramide sur la tour centrale de la cathédrale. Le chapitre, mieux avisé, comprenant que l'édifice dans sa forme primitive et actuelle est conduit à la perfection, et qu'une telle addition, nuisible à l'harmonie de l'ensemble, compromettrait la solidité d'une construction qui n'a pas été calculée en vue d'une surcharge, lui demanda caution avant de toucher à rien. Mécontent d'un pareil procédé, l'évêque revertit en faveur de l'église Saint-Pierre les sommes qu'il destinait à la cathédrale. Il posa la première pierre du nouvel édifice le 23 avril 4494. Ceux des chanoines qui en virent l'achèvement, durent s'applaudir de leur prévoyance. L'église Saint-Pierre a pourtant une bonne partie ; savoir, son clocher qui est un chef-d'œuvre.
Il ne faut pas rendre Geffroi Herbert responsable de la grosse tour centrale : elle ne fut faite que plus tard, au moyen de quêtes et d'aumônes, provoquées par les indulgences que le pape Alexandre YI accorda à ceux qui contribueraient à la construction, soit parleur travail, soit par leurs dons. Laformepeu gracieuse d'une tiare pontificale, qui fut donnée à son couronnement, a, diton, pour objet de rappeler cette intervention du souverain pontife.
Guillaume-le-€onquérant donna une partie des dîmes de Coutances, tant des revenus de la ville que des produits de la campagne, à l'église Saint- Pierre en 1056. Ces dîmes et Tautelage entraient en part dans cinq prébendes canoniales , d'où il suit que la desserte incombait aux cinq chanoines.
Lorsque l'évêque Hugues de Morville fonda l'hôtel-Dieu , en 4221 , les chanoines s'entendirent avec lui pour se décharger de ce service , en abandonnant les verdages et les menues dîmes à l'hôtel-Dieu, à condition que les Frères qui se dévoueraient au service du nouvel établissement, feraient desservir l'église par quelques-uns des leurs ainsi que la chapelle Saint-Jacques de l'hôtel-Dieu. Il fut convenu qu'ils présenteraient de temps en temps les dits desservants aux chanoines, pour leur rendre compte et leur prêter le serment d'obéissanee canonique. On voit que les chanoines s'attendaient à ne mettre que des vicaires à leur pkice, et il faut se souvenir que les confrères de l'hôtel-Dieu ne contractaient aucun engagement et que ceux d'entre eux qui étaient prêtres, n'avaient aucune prédominance. Le temps apporterait des changements à ces arrangements, et le moment viendrait où les confrères nommeraient, non plus des desservants, mais un
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curé, et prendraient le titre et l'habit de chanoines de Saint-Augastin ; honneur et privilège qi^e les éyéques ni le chapitre ne leur ont jamais reconnu.
La paroisse Saint-Pierre eut divers établissements dont nous avons parlé en leur lieu. D'abord, le monastère de Saint-Potentin ; plus tard ThâteL-Dieu, qui l'a remplacé dans les mêmes lieux et qui subsiste ; 2® une léproserie, sous le vocable de saint Michel, qui était située au pied de la lande d'Orval, au lieu où est la carrière sur le bord de la route de Granville. Les lépreux recevaient dix-huit sous quatre deniers de la part du fisc royal, sur V aumône établie. Les revenus ont été unis à l'hôtel-Dieu ; les dernières pierres sont entrées dans la construction du palais épiscopal actuel; 3° une chapelle Saint- Hartin, dans la rue de ce nom ; 4^ la chapelle de la Roquelle, dont la première pierre fut posée le 10 juin 1593; 5^ le couvent des Augustines hospitalières, toujours existant; 6^ un couvent de Capucins, dont l'église sert de halle aux blés; T une maison d'Eudistes avec séminaire, dont l'église est appropriée à l'usage du Lycée; S*' un établissement de Sœurs de Charité, fondé par l'évéque Ange-François de Talaru.
Le curé de Saint-Pierre « pour ses obits, casuel et vicariat, » payait une décime de dix-huit livres. L'hôtel-Dieu, vingt-quatre; la communauté des prêtres, dix-huit; la léproserie Saint-Michel, trente-cinq. La chapelle delà Roquelle n'était pas imposée. La fabrique payait trente livres. — Le clergé se composait, en 1721, de vingt-trois prêtres, trois diacres et deux sousdiacres, payant pour décimes de cinq à neuf livres chacun, suivant leur revenu ou leur office personnel ; les diacres, trois livres et les sous-diacres, deux livres.
Le curé de Saint-Pierre devait être gradué jusqu'au degré de licencié in tUroquejure, Il touchait une portion congrue de six cent cinquante livres. Le revenu de la cure en 1790 était de dix-sept cent quarante -sept livres dix sous. (Compte-rendu au directoire du département par Pierre Dubreuil, curé de Saint-Pierre.)
2. Saint-Nicolas. Les paroissiens de Saint-Nicolas faisaient de la cathédrale leur église, et le chapitre était chargé de radministration spirituelle de la paroisse. S'il en eût été autrement, le chapitre ne se serait pas imposé la dépense de leur bâtir une église, et eux-mêmes n'auraient pas insisté pour continuer à fêter leurs dimanches à la cathédrale ; insistances qui ont donné lieu à maints procès depuis le xiii® jusqu'au xviii® siècle. - Cette église n'est autre que la nef et le clocher qui se voient encore. Le chœur a été construit dans les années 1620, 1621 et 1622 aux frais des paroissiens. Il faut savoir gré au maître maçon, nommé Jacques Le Baron, d'avoir si bien harmonie la nouvelle partie de l'édifice avec l'ancienne, tout en faisant mieux. On ne saurait en dire autant de la tour centrale, construite en 1702 et « moins propre à contenter les yeux, qu'à faire regretter l'argent qu'on y a dépensé mal à propos, » comme dit de Mons dans son Précis historique sur la ville et l'évêché de Coutances (m. s.); jugement au moins sévère.
Le premier édifice est de peu antérieur à l'an 1240, car en 1241 les paroissiens contestaient avec le chapitre par-devant Jean d'Essey , alors archidiacre, pris pour juge du différend : Il les condamna « sous peine de deux cents marcs d'argent d'amende à accepter pour église, en y transférant
leurs droits, libertés et coutumes, Téglise Saint-Nicolas noutellemerU con^ruite^ située près la chapelle Saint - Fioxel. » La sentence est datée du samedi après la Translation de saint Benoît selon Tusage de l'Eglise de Coutances.
La translation du corps de saint Benoit du Mont-Cassin ^\x monastère de Fleuri-sur-Loire, à la fin du vii* siècle, se célébrait le 1 1 juillet dîins les églises qui avaient adopté cette mémoire. Or, elle ne pouvait être étrangère à l'Eglise de Coutances, les Bénédictins y ayant remplacé les chanoines Martiniens, compagnons et disciples de saint Pair.
Les chapelains nommés par le chapitre finirent par se considérer comme curés, en prendre le titre, bon gré mal gré le chapitre, s'attribuer les dîmes au détriment du chapitre, répudier la portion congrue. Plusieurs consentirent à des arrangements personnels, plusieurs plaidèrent ; il y eut plus de vingt décisions de juges et arrêts de parlement en sens divers, suivant la manière dont la question était posée. Commencé en 1241, le litige durait encore en 1725. La cure était toujours à la présentation du chapitre.
L'église Saint-Nicolas fut incendiée par les protestants en 1562, et restaurée en 1563. — La paroisse eut la chapelle Saint-Floxel, qui a toujours passé pour le plus ancien édifice chrétien de la ville; par laquelle les évoques commençaient la cérémonie de leur prise de possession ; dont le vocable fut changé en celui de saint Maur au xvi" siècle, et dont les murailles existent, mais appropriées à usage de boutique. 2** Le couvent des Frères- Prêcheurs, fondé, à ce que Ton croit, du vivant de saint Dominique. Le séminaire en occupe l'emplacement. Il reste des édifices antérieurs à la Révolution la plus grande partie de l'église, relevée de ses ruines en 1579, après le passage des protestants. 3^ La chapelle de la Mare, sous le vocable de saint Hilaire, fondée en 1235, devenue propriété particulière, mais toujours livrée au culte. 4° L'Abbaye-aux-Dames, dont le bâtiment principal a été approprié à usage de Palais-de-Justice. 5* Elle a le couvent du Sacré-Cœur, fondé en 1840, établissement principal et maison-mère de la Congrégation, et le couvent du Carmel, établi sur son territoire en 1873.
La chapelle de la Mare fut fondée par Guillaume de la Mare, chanoine de Coutances, qui aumôna dix-huit quartiers de froment pour l'entretien et pour la subsistance d'un chapelain; lequel serait à la nomination du chapitre, n'administrerait point les sacrements aux habitants de Saint-Nicolas ni des paroisses voisines, et ne les recevrait pas à ses offices les dimanches et fêtes.
Il y eut encore la chapelle Sainte- Marie (du Vaudôme), à laquelle Henri V, roi d'Angleterre (et de France I), nomma Jean Tyson chapelain, en 1418, le 18 octobre.
La paroisse Saint-Pierre eut en plus une chapelle Saint-Jean au Mesnil- Saint-Jean, et la paroisse Saint-Nicolas, une chapelle Saint-Louis à l'Ecoulanderie. Celle-ci fut fondée le 9 novembre 1674, par Louis de Chantepie, écuyer, sieur de l'EcouIanderie et de la Fosserie, dans une dépendance de son manoir, moyennant quarante livres de rente foncière pour le chapelain et dix livres pour l'entretien et décors, afin d'avoir deux messes la semaine.
Par un règlement de l'évêque Nicolas de Briroy, daté du 21 septembre 1606, en exécution d'un arrêt du parlement, le nombre des religieux résidant à l'hôtel-Dieu fut fixé à six, y compris le curé de Saint-Pierre et le chapelain de Saint-Jacques, et il leur fut alloué une somme de mille livres pour nourriture et entretien, à prélever sur le revenu général. — Il fut accordé pour entretien
aux curés de Beaumesnil, deDangy et de Saint-Sauveur-la-Pommeraye trente livres chacun par provision sur les dîmes de leurs paroisses. — Si le curé de Saint-Pierre préfère demeurer chez lui, une maison sise rue Saint-Martin, appartenant à Thôtel-Dieu, sera mise à sa disposition; s'il préfère y vivre, il lui sera attribué cent livres sur les mille livres. — Le chapelain de Saint-Jacques était le religieux chargé de l'administration des sacrements dans rhôtel- Dieu, à l'exclusion des habitants du Pont-de-Soulles. Saint-Nicolas fut érigé en cure par ordonnance du 22 février 1826.
a La chapelle-cure de Saint-Nicolas » payait une décime de quarante-cinq livres; le « vicaire-curé, » cinq livres; « la chapelle Saint-Hilaire ou Notre- Dame-de-la-Mare, » neuf livres; la Communauté des prêtres du séminaire, soixante livres ; la charité et confrérie de l'église Saint-Nicolas, neuf livres; la chapelle Saint-Joseph à Saint-Nicolas, douze livres.
11 y avait, en 172i, vingt prêtres attachés à l'église, et cinq sous-diacres. Les prêtres payaient de cinq à dix livres chacun, et les sous-diacres, deux livres.
3. Bricqueville-la-Blouette. Cette paroisse a reçu son nom, d'un de ses seigneurs nommé Bric. Des personnages du nom de Bric sont souscrits à diverses chartes du xi* siècle; d'eux proviennent les noms de Bricqueville, Bricquebost, Bricquesart, etc. Le surnom vient d'une famille Blûet, trèsconnue dans nos annales. Un Bloet est souscrit avec le duc Guillaume et la duchesse Mathilde à la charte par laquelle Gilbert de Broc donne l'église d'Angoville à l'abbaye de Lessay. Un Bloet, peut-être le même, accompagna Guillaume à la conquête; le chapelain du prince, nommé Robert Bloet, devint évêque de Lincoln en 1098.
Une nièce de celui-ci porta par mariage les seigneuries de la Bloëtière (la Bloutière) et de Bricqueville dans la famille de RoUos (Roulours), des environs de Vire. Richard de Rollos, son petit-fils, fonda le prieuré de la Bloutière en M 99, et Guillaume, petit-fils de Richard, lui donna l'église de la Bloutière et celle de Bricqueville en partie après la conquête de Philippe- Auguste.
De là il arriva que Bricqueville fut partagée en deux portions curiales, Tune à la présentation du prieuré de la Bloutière, l'autre à la présentation d'une seconde branche de la famille, qui garda la seigneurie après l'option de Guillaume pour l'Angleterre. — L'église est sous le vocable de saint Martin. — Le grand curé payait une décime de quarante-huit livres ; le petit curé, celui du prieuré, une décime de quatorze livres.
La paroisse eut une chapelle, maintenant convertie à usage de grange, dédiée sous le vocable de saint Jouvin, parce que « saint Jouvin, l'architecte de la cathédrale, jeta au loin son marteau, quand il eut posé la dernière pierre, en disant, qu'on me fasse une chapelle où il tombera, et il alla tomber là. » Saint Jouvin y était représenté avec un marteau à la main.
4. Cambernon (Campus Bemulfi). L'église Notre-Dame-de-Cambernon était à la présentation de l'abbaye de Cordeillon. L'abbaye avait les deux tiers de la dîme, le curé l'autre tiers, les menues dîmes, les novales et l'autelage; il payait une décime de quarante-cinq livres, vingt deniers pour le Saint- Chrême, trois sous deux deniers pour la circata , quatre sous pour la chape & l'évêque. — Au xv* siècle, la cure était à la nomination de l'évêque. On croit
322 HISTOIRE DU DIOGÈSB DE COUTANGES ET AYRANCHES.
qu*il y eut dans la paroisse une commanderie da Temple, qui passa aux chevaliers de Saint-Jean.
5. CouRCY. Philippe-Ie-Long, par un acte nouvel de 1319, confirma à r Eglise de Coutances, comme propriété d'antique possession, Courcy avec Tégiise, les deux moulins, les prés et les alentours. Cependant c'était en dernier lieu le seigneur qui présentait à la cure. Le curé payait une décime de quarante-neuf livres dix sous. — L'église est sous le patronage de saint Lo. Suivant les traditions, l'évéque saint Lo aurait vu le jour en cette paroisse. Il y a le Clos-Saint-Lo, la Fontaine-Saint-Lo ; mais ceci n'est pas une preuve suffisante.
6.N1CORPS. L'église Saint-Corneille-de-Nicorps(dcnirfo-<:om) fut donnée pour moitié au chapitre en 1 i51 par Tévôque Jean d'Essey, à qui elle venait d'être donnée par Grard de Gratot, sire de Roumilly. — L'évéque et le chapitre se partageaient les dîmes, la nomination du curé était alternative entre eux. Le chapitre y avait un manoir^ la cure était taxée à une décime de quarante-deux livres. — Nicorps avait deux curés au xiv* siècle. lis payaient chacun cinq sous pour la chape à l'évéque et dix deniers pour le Saint-Chréme.
7. Saussey. L'église Saint-Martin-de-Saussey avait dépendu du prieuré de Sainte-Barbe-en-Auge; en dernier lieu, la nomination à la cure était alternative entre l'évéque et le seigneur. Le curé payait une décime de soixanteseize livres. — Il y eut une chapelle dans la cour du manoir.