CANTON DE LESSAY
1* Lefsay. — t. AngoviUe-sur-Ay. -— 3. Anneville-sur-Mer. — 4. Brettevi lie-sur- Ay. —6. GréaDces. — 6. Geifossett. -- 7. La FeuiHie. — 8. Laulna. ^ 9. Le Buisson. — tO. Milliëres. ^ M. Pirou. -^ li. Saint-GermaiD-sur-Ay. •— 13. Saint-Patrico-de-Glaids. ~ 14. Vesly.
1 . Lessay. Le mot latin Exaquium rend compte de la situation du lieu : le bord de Teau. C'était une enu que la voie romaine de Cherbourg à Coutances traversait au moyen d'une chaussée. Le nom français Lessay a la même signijBcation : le bord de la rivière d'Ay : lez-Ay. Mais le nom de la rivière d'Ay est lui-même la traduction du mot de basse bitinité aia, Teau ; et le mot eau est une expression enjolivée depuis nos ancêtres, qui disaient dt fiau.
En 1056, Turslin-le-Haudu, c'est-à-dire le Sourd, et Eude-au-Chapeau
ùul eapuiium), son fils, fondèrent l'abbaye de Lessay dans la paroisse de Sainte-Opportune.
Il ne faut pas confondre Eude-au-Chapeau avec Eude-le-Panetier(dapi/er.) Eude-au-Chapeau était membre de la famille royale d'Angleterre;
Anne inilleno quinquagcno quoque seno Eudo, genu8 regum^ condidit Exaquiura ;
tandis que Eude, le panetier de GuiIlaume-le-Conqué!*ant, et Raoul, le sénéchal des comtes de Mortain, étaient fils de Robert de Rye, sire de Saint- Clément. Le sénéchal Raoul était seigneur de la Haye-du-Puits.
« Ego Robertus de Haya, fiiius Radulfi senescalli, scilicet Robert! comitis Moritonii, nepos Eudonis, dapiferi Guillelmi régis. » {Charte de Lessay, apud (iall, X.tianaîn. Instr. col. 233.)
L'église Sainte-Opportune était de l'autre côté de l'eau, une bourgade s'était formée autour de l'abbaye, le passage était parfois impossible ou dangereux, le flot de la mer montant jusque-là; les moines avaient établi une vicairiedans leur église, pour parer à ces nécessités. Mais le service paroissial gênant la régularité de leurs offices, Jean de Courcé, vingtième abbé, demanda à l'évêque Guillaume de Thieuville, en 1337, l'autorisation d'élever une église sous le vocable de la Sainte-Croix, pour le service du bourg.
Après plus mûre réflexion, il crut préférable d'exhausser la chaussée, de rebâtir etd'agrandir l'église Sainte-Opportune, pour ne pas scinder la paroisse, ce qui fut fait.
Cette église fut démolie révolutionnairement en 1793, et depuis le rétablissement du culte, c'est la belle église de l'abbaye, consacrée sous le vocable de la Sainte-Trinité, qui sert de paroissiale.
En même temps que l'église Sainte-Opportune, il fut démoli une fort belle chapelle nommée Notre-Dame-de-la-Lande, dont la flèche élevée se voyait de fort loin et produisait un eiïet des plus pittoresques au sein de la vaste solitude. Elle avait été dédiée en 1228 par l'évêque Hugues de Morville. Un calvaire marque la place qu'elle occupa, dans la lande, au midi du bourg.
Le curé de Sainte-Opportune payait une décime de cent dix livres.
La chapelle de Notre-Dame-de-la-Lande payait douze livres.
2. Angoville-sur-Ay. L'église Sainte- Marie -d'Angoville fut donnée à l'abbaye de Lessay, quelques années après la fondation, par Gilbert de la Broche pour sa dot, en y prenant l'habit religieux, et du consentement de Eude et de Murielle, ses père et mère.
En 1 105, Robert de la Haye, fils de Raoul, sénéchal du comte de Mortain, <]onna à l'abbaye de Lessay cette même église Sainte-Marie-d'Angoville; mais cette deuxième donation ne peut être qu'un titre nouvel; et le sire de la Haye avait droit de parler de la sorte en sa qualité de suzerain.
La paroisse a eu une chapelle Sainte-Anne-de-Grattechef , qui a été desservie jusquen 1 789 .
La cure était passible d'une décime de trente-cinq livres.
3. Annevillk. L'église Saint-Samson-d'Anneville avait été donnée à l'abbaye de Saint-Sauveur-Ie-Yicomte par Guillaume Suen , et la donation avait
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été confirmée en 1154 par Tévéque Richard de Bohon ; mais elle devint de nomination épiscopale au xiv* siècle par arrangement avec l'abbaye.
Cette paroisse s'appelle Amovilla dans les chartes du moyen âge, à la différence d'Anneville-en-Saire> qui s'apelle Anslecmlla.
Le curé payait une décime de trente-quatre livres , quatre sous pour la chape à l'évêque, trois sous deux deniers pour la circata, vingt deniers tournois pour le Saint-Chrême; il payait la moitié du droit de visite de l'archidiacre.
Ânncville a été annexée à Geiïosses depuis 1803 jusqu'au 26 novembre 1826.
4. Bretteville-sur-Av. L'église Saînt-Martin-de-Bretteville fut donnée à l'abbaye de Lessay par Robert de la Haye (du Puits) « fils de Raoul, sénéchal du comte de Mortain. »
La cure supportait une décime de vingt-neuf livres.
Cette prétendue donation, relatée dans une charte confirmative de Henri II, à la date de M 86, ne fut qu'un acte de suzeraineté; la charte des donations de Robert de la Haye, datée de 1 103, ne parle pas de Brelteville. On ne trouve pas le nom du véritable donateur.
5. Créances. L'église de la Sainte-Trinité-de-Créances fut donnée à T abbaye de Lessay par le fondateur Richard, dit Turstin-Ie-Haudu. La cure payait une décime de dix-huit livres, aux frais de l'abbé, qui supportait aussi les frais de la visite archidiaconale ; le curé avait à peine de quoi vivre. La paroisse eut uno chapelle Notre-Dame-du-Buisson, dont nous allons parler. L'antique église de Créances a été détruite, et la nouvelle, livrée au culte en 1840.
6. Gepfosses. L'église Saint-Samson-de-GelTosses était à la présentation de l'abbaye de Lessay pour la portion principale, et du roi, pour une seconde portion moins considérable. Il se trouve pour la grande portion une multitude de donateurs et à des époques diverses; ce qui ne put provenir que d'une seigneurie tombée en quenouilles et émieltée — L'église Saint-Samson- de -GefTosscs ((jinr/b«a) fut donnée en 1084 à l'abbaye de Lessay par Osmont de Feugères, pour la dot de Robert, son fils, qui se fit moine; Roger d'Aubigny, leur suzerain, souscrivit à la donation. L'église Saint-Samson-de-Geffosses (Gertoldi-fossa) fut donnée un siècle plus tard h l'abbaye de Lessay par Richard, Arnoulf et Guillaume de RoUos (/ioullours), Roger d'Aubigny, Jourdain des Champs, Guillaume du Pont et Clairembault de Gratot. Ce n'était pas tout; restait une portion laïque, dont le propriétaire ne céda pas les droits , puisque Philippe-Auguste trouva encore quelque chose à confisquer après la réunion de la province.
Richard, Arnoulf et Guillaume de Rollos étaient fils de Richard de Rollos, seigneur de la Bloutière, qui avait épousé Isabelle, deuxième fille de Richard delà Haye, le fondateur de l'abbaye de Blanche-Lande. Les deux portions, parfois réunies, payaient une décime de cinquante-cinq livres. Les curés payaient en totalité le droit de visite de l'archidiacre.
Il y avait dans la paroisse une chapelle de la Corneille , qui payait dix-huit livres. L'église était desservie par le prieuré de Pirou, sous la dépendance de Lessay. — La mer a recouvert à Geffosses des espaces occupés par beaucoup de ruines, ce qui a fait supposer, mais en vain, à des antiquaires, que la station romaine de Legedia avait été là. — Cette paroisse a donné naissance
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à deax personnages ecclésiastiques de valeur très*différente : le docte abbé Pouret, auteur de Tarticie Eccksia ConstarUiensis de la Gaule chrétienne^ Tun des plus exacts et des mieux faits du grand recueil, et Louis-Charles Bisson, évoque du Calvados.
7. La Feuillie. L'église Saint-Nicolas-de-la-Feuîllie fut donnée à Tabbaye de Lessay en 1105 par Robert de la Haye (du-Puits), fils de Raoul, sénéchal du comte de Mortain. — La cure supportait une décime de trente-cinq livres. — Cette prétendue donation est un acte de suzerain confirmant ce qui a été fait par un vassal. (Voy. Tart. Sainte- Marie-^* Audouville.)
Le curé était si pauvre, qu'il recevait le Saint-Chrême gratis : aumône de dix-huit deniers. — Le Livre- Blanc marque dans la paroisse une chapelle dite de Pirou, dont le chapelain avait un trait de dtme valant soixante sous. Saint Louis eut dans la même paroisse une propriété, provenant, sans doute, d'une confiscation prononcée par Philippe-Auguste.
8. Laulne. L'église Saint-Cyr-et-Sainte-Julitte-de-Laulne fut donnée à l'abbaye de Lessay vers 1 105 par Guillaume de Bricqueville et Thomas, son fils, pour une portion. Une seconde portion fut donnée au chapitre environ un demi-siècle plus tard par Robert de Bricqueville. — Guillaume, abbé de Lessay, ambitionnant le titre de chanoine-honoraire de la cathédrale pour lui et ses successeurs, céda à cette fin le patronage de plusieurs églises à l'évéque Hugues de Morville en 1221, entre autres la part qu'il possédait on l'église de Laulne. Hugues de Morville la rétrocéda au chapitre, « sauf la vie et l'entretien du prêtre qui desservirait la paroisse. »
Nous trouvons à Laulne un exemple d'arrangements pris avec la paroisse, de sacrifices imposés et de réserves formées relativement à l'usage des chapelles domestiques, qu'il nous a semblé bon de recueillir, parce qu'il indique l'époque à laquelle la paroisse devint un être moral, vivant de sa propre vie et jouissant de droits définis. Robert de Laulne ayqnt construit une chapelle en son manoir, donna à la paroisse, pour obtenir l'autorisation d'y faire dire messe, quatre acres de terre, exemptes de servitude, plus de trois hectares ; il s'obligea à entendre une messe à l'église paroissiale les jours de Noël , les deux autres étant réservées pour sa chcipelle, mais sans chant, Pâques, Pentecôte, et fêle patronale, sa chapelle restant sans messe les trois derniers. C'était en 1225. Cette chapelle se nommait Notre-Dame-du-Chêne; elle existe, ou plutôt elle a été remplacée par celle qui existe. Il y en eut dans la paroisse une seconde nommée Sainl-Joseph-de-Bellefontaine. — Le curé payait une décime de vingt-deux livres. La chapelle de Notre-Dame-du-Chênc payait douze livres.
Laulne est la patrie de l'abbé Le Chevalier, avant la Révolution chanoine de Sainte-Opportune, à Paris, et depuis, professeur de langue latine et auteur de la prosodie qui est encore en usage dans les collèges. Il mourut à Paris en 1810.
9. Le Buisson. Sainte-Geneviève-du-Buisson était avant la Révolution une chapelle dépendante de Créances, destinée à desservir un village isolé et trèsécarté de l'église. Erigé en succursale par ordonnance du 24 avril 1847, le Buisson s'est construit une très-jolie église dans le style roman à plein cintre.
10. MiLLiÈRES. L'église Saint-Etienne-de-Millières fut donnée à l'abbaye
de Saint-Taurin d'Evreux avec celles de Périers et de Yaudrimesnil parle duc Richard I, qui succéda àGuillaume-Longue-Epée en 942. Richard de Minières la détenait injustement en 1154 , mais il la rendit à Tabbaye par Tintermédiaire de révéque Richard deBohon. Richard-Cœur-de-Lion confirma en 1195 la donation de son grand ayeul. — La paroisse eut une chapelle privée au manoir et une chapelle Saint-Roch, existantes Tune et l'autre, plus une chapelle dite de l'Epinerie, dédiée à saint Willemer. L'une de celles-ci dut appartenir à une léproserie ; car il y a un lieu qui se nomme la Maladerie. La cure payait une décime de cinquante livres.
Le nom de la paroisse provient de pierres milliaires placées sur son territoire, traversé par la voie romaine de Valognes à Coutances.
4 1 . PiKOu. L'église Saint-Martin-de-Pirou fut donnée à l'abbaye de Lessay par Guillaume et Richard de Pirou vers 1100 ou 1106, à condition que l'abbaye y fonderait un prieuré habité par trois moines au moins pour la desserte de la paroibse. L'évéque Raoul ratifia cette donation. Mais la fondation se trouva insuffisante, car le nombre de trois fut réduit à un seul en 1 195 par l'abbé Thomas Le Forestier, du consentement de Guillaume de Pirou. Le château eut une chapelle, maintenant réduite à usage de grange. Elle avait des fondations et payait une décime de dix-huit livres. Le curé payait vingtneuf livres. Il hébergeait l'archidiacre en visite; sa taxe s'élevait à dix-huit deniers pour le Saint-Chrême, dix sous pour lachape & l'évéque, trois sous pour la circata, — Les paroissiens reconstruisent présentement leur église (1876).
12. Saim-Germain-sur-Ay; jadis Saint-Germain-de-Fourqueville. L'église est un bon morceau de roman à plein cintre etàstylobatcs internes et externes. Le titulaire est saint Germain d'Ecosse^ conquête et filleul de saint Germain d'Auxerre. Le saint missionnaire débuta par ce lieu dans sa mission apostolique le long du rivage de l'Océan jusqu'à Amiens; où il reçut la couronne du martyre et où il est honoré le 2 mai.
Le pays lui dut sa conversion et la délivrance d'un serpent qui était la terreur et la désolation de la contrée : sans doute un boa, placé là par les payens comme python ou esculape. Le Sauveur avait dit de ses apôtres »Sfrpeiuts iollou. Les pythons devinaient, les escnilapes guérissaient les maladies.
Vers 1 1 30, Richard delà Haye-du-Puits y fonda un prieuré sous l'obédience du Mont-Saint-Michel, en y attachant les revenus du fief de Fourqueville, et le chargea de desservir la paroisse. Le fief fut donné en toute propriété Tan 1225, et en 1280 des droits de juridiction et de coutume comme au Mont-Saint-Michel. — De prieuré-cure, Saint-Germain devint un prieuré simple, et la paroisse fut desservie par un curé à portion congrue ; puis le prieuré tomba en commende. L'insatiable abbé de Bayane, déjà abbé commendataire de Cherbourg, fut le dernier prieur.
Le prieur de Saint-Germain tenait le second rang au synode. Il payait une décime de deux cent six livres. La cure payait quatorze livres. Il semble qu'en fondant ce prieuré, Richard de la Haye-du-Puits ait rendu à l'Eglise des biens qui lui avaient appartenu.
13. SAiKT-PATRiCE-DE-CLArDS. L'églisc fut dounéc à l'abbaye de Lessay environ l'an 1 100 par Anquetil de Claids {CUi) pour sa dot en se faisant moine du consentement de Robert, son fils, et de Alix, sa fille, sous le bon plaisir de Guillaume d'Aubigny, comte de Sussex, leur suzerain. La cure était redevenue
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de patronage laïque en dernier lieu. Elle était taxée à une décime de vingtneuf livres. — 11 y eut au manoir une chapelle grevée de fondations, et dans la paroisse une école de fondation ecclésiastique : le prêtre chargé de tenir Técole et de desservir la chapelle payait une décime de neuf livres, dont cinq pour sa prêtrise. — Erigé en succursale le 28 août 1808,
14. Vesly. L'église Saint-Pierre-de-Vesly fut donnée avec ses offrandes, aumônes, dîmes et revenus à l'abbaye de Lessay, environ Tan II 00, par Geoffroi Eslur, seigneur d'Esturcasville (à Bolleville) et de Yesly.
Il y eut en celte paroisse un préceptorat du Temple , membre de la commanderie de Valcanville, lequel fut partagé, lors do la suppression de Tordre, entre l'abbaye de Lessay et les chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem; mais Lessay eut une part beaucoup plus forte, car le commandeur de Valcanville ne recevait que quatre cents livres sur un revenu estimé quatre mille. Il y eut également les chapelles de.Notre-Dame-de-la-Selle, Sainte-Avaubourg, Saint- Louis, Saint-Aubin et de Lepesse. Notre-Dame-de-la-Selle existe et est livrée au culte sous le nom de Nolre-Dame-de-Consolation. Elle appartenait à la famille Le Poupct, qui eut la seigneurie de Vesly après les de Cérisay. La chapelle Sainte-Avaubourg ou Valburge, était celle de la commanderie; on y apportait les enfants noués. La chapelle de Lepesse appartenait à la famille Sorin de Lepesse. Les chapelles Saint-Louis et Saint-Aubin sont entièrement détruites. — L'église de Vesly est belle, particulièrement le chœur. Il fut bâti en 1460 par Guillaume de Cérisay, grand bailli du Cotentin, général des finances de Louis XI. — Le curé payait une décime de cent livres.