‹ Histoire du diocèse de Coutances et AvranchesChapitre 141 sur 191 · CANTON DE SAINT-LO · texte numérisé non relu

CANTON DE SAINT-LO

1. Saint-Lo. ^ i. SaiDte-Croix. — S. Ageôaux. — i. Baodre. — 5. La Barre-de-^mitty. —6. La Luzerne. —7. Mesnil-RouxeUn. —8. Rampaa. — 9. SainUGeoiigea-de-MoDtcoq. -*- 10. Saint^iuannd-aar^Vira.

1 . Notre-Dame-de-Saint-Lo. On ne saurait rendre compte de l'état religieux de Saint-Lo ayant la prise et le sac de la ville par les Normands en 890. Après le traité de Saint-Clair et le rétablissement du culte chrétien, ou plutôt de la liberté» cinq évoques de Coutances tinrent leur siège à Rouen, et y résidèrent bien plus que dans leur diocèse ^^K L'un d'eux, en y revenant, pour remplir ses fonctions épiscopales , y reçut la mort de la main des Normands demeurés infidèles ; Algéronde, probablement ; car il a toujours été honoré du titre de saint dans son Eglise. Enfin, le sixième, nommé Herbert, y rétablit le siège et fixa son séjour à Saint-Lo. Il n'y fut qu'une année. Robert, son successeur, l'habita pendant vingts-deux ans. Coutances n'avait encore ni église ni asile propres à recevoir un évêque. D'ailleurs, Saint-Lo avait été avant l'invasion une seconde ville épiscopale : la notice Brioverensis, ajoutée probablement de la main des notaires aux actes de deux conciles d'Orléans, l'indique suffisamment.

Briovère veut dire Bry-sur-Vire. Il y a en France un grand nombre de Bry, et ils sont tous au bord d'une rivière ; citons seulement Bry-sur-Marne» Bry-sur-Seine ; Bry-sur-Oise , Briva-harm, maintenant Pontoise ; Briare , Briva-Durum^ etc.

Saint-Lo parait avoir été dès lors , ou être redevenu , une propriété épiscopale; car le Livre-Noir nous entretient des grandes augmentations qu'il reçut de l'administration de Geoffroi de Montbray , sans ajouter qu'il l'eût acheté ou qu'il lui eût été donné. La bulle du pape Eugène III à l'évêque Algare, à la date de 4145, confirma à l'Eglise de Coutances la propriété de « l'église de Saint-Lo-sur-Yire avec l'église Sainte-Marie dans le château. » C'est l'église Notre-Dame qui représente l'église Sainte-Marie dans le château, puisque c'est le même vocable et le même emplacement; mais la première I — Serait-ce l'église Sainte-Croix ? On ne la rencontre à ce titre dans aucun document.

L'église Notre-Dame, si belle, quoique si irrégulière, est un assemblage de parties hétérogènes ajoutées à des époques diverses à un édifice primordial, qui a fini par disparaître dans l'assemblage à force de raccordements. La nef et les bas-côtés sont la première addition faite à l'église Notre-Dame dans le château; elle date de 1297 à 1310. Depuis, tout a été fait morceau à morceau, même les tours, d'abord sans flèches, la grande

(i) Sederunt itaque ibi, prèhipue quam CofuTanliU, quinqae episeopi (lib, Nig,)

façade , puis les chapelles ; Tévéque Geffroi Herbert régularisa les deux côtés à l'extérieur, en réduisant celles qui dépassaient un alignement donné. C'est à cette occasion qu'il fit construire la tribune extérieure qui se voit dans la rue de la Préfecture, pour publier les actes de son administration civile, en sa qualité de baron de Saint-Lo. Le jubé ou l'ambon, suivant ce qu'il y avait à l'intérieur, était ainsi rendu h la prédication exclusive de l'Evangile. L'usage des chaires était encore inconnu. Le chœur fut édifié de 1400 à 1440, probablement en conservant un des côtés de l'antique église Sainte-Marie dans le château, et en reculant l'autre, en vue de l'élargissement ; la flèche du sud en 1630 et la flèche du nord en 1684.

Saint-Lo eut divers établissements religieux : 1^ Une commanderie ou préceptorat du Temple au faubourg de la Yaucelle. Après la suppression de Tordre, les monarques n'en disposèrent point; ses biens demeurèrent dans le domaine royal. Sa chapelle existait encore au xviii® siècle ; il n'en reste que des ruines. i^ Une léproserie placée sous l'invocation de sainte Madeleine, qui avait encore des malades en 1694, quoiqu'elle en eût été veuve pendant de longs intervalles. Les trésoriers de Notre-Dame avaient l'administration de ses revenus , dans les derniers temps , et les vicaires de la paroisse étaient chargés de la desserte de sa chapelle. Elle payait une décime de treize livres. Elle avait été fondée par les habitants en 1 225 ; ses revenus ont été réunis à la fabrique de Notre-Dame. 3*^ L'hôtel-Dieu , fondé en 1225 par l'évêque Hugues de Morville sur son fonds et de ses deniers. Il l'érigea en paroisse sous le nom de Sainte-Catherine et le donna à l'abbaye , à condition qu'il serait desservi par un religieux. Le prieur-curé de Sainte-Catherine avait le vingtquatrième rang au synode. 4® Un riche prieuré d'Augustins, détruit par les protestants , dont la chapelle s'appelait chapelle du Lieu-Dieu, de Loco Dei^ et dont les biens servirent à la restauration de l'hôtel-Dieu, ruiné également par eui. — Nous avons parlé des établissements de la dernière époque : Tœuvre des Filles de l'Union-Chrétienne , le couvent des Pénitents, le Bon- Sauveur.

La cure de Notre-Dame était à la présentation de l'abbaye ; mais il y eut parfois des contestations entre les curés et les religieux ; ceux-ci prétendant être les curés primitifs, et asservir les curés séculiers au rôle de vicaires de l'abbaye. Les curés résistèrent toujours à de telles pr^tcr^tions , et obtinrent des sentences dans leur sens; il y eut une transaction à la date du 16 avril 1684, suivant laquelle le curé acceptait le second rang et la sujétion par rapport à l'abbaye. "En 1733, un nouveau curé s'en affranchit.

Le curé de Notre-Dame payait une décime de vingt- sept livres ; le prieur de l'hôtel-Dieu, sept livres; l'hôtel-Dieu, trente-huit livres. — En 1721 , il y avait vingt prêtres attachés au service de l'église ou habitués , trois diacres et un sous-diacre. Tous étaient taxés, mais à des sommes diverses; non suivant leurs fonctions, mais probablement suivant leur avoir personnel ou leur bénéfice. La fabrique était taxée à douze livres. — La paroisse Saint-Thomas est annexée à Notre-Dame depuis 1 803 ; son église est convertie à usage de halle aux grains. La première avait été consacrée le v des calendes d'août 1 1 74 par Renaud, évêque de Bath et Wells, en présence de l'évêque Richard de Bohon et de Guillaume de Martinville, abbé de Saint-Lo. Une portion considérable de Saint-Lo, tant de la ville que de la campagne, fut distraite de Notre-Dame, pour former une paroisse à la nouvelle église. L'évêque la donna à l'abbaye

de Saint-Lo, à charge, bien entendu, de la faire desservir, — Cette église, fort belle, assure-t-on, était placée au bord da fossé de la ville et nuisait à la défense. Montgommery , quand il se fut emparé d^ Saint-Lo, en 1562, en fit démolir la tour et les voûtes , pour que les catholiques ne pussent s'en servir à contre-battre ses ouvrages. Ce fait a été attribué mal à propos à Matignon. Sitôt le calme rétabli , les habitants entreprirent de restaurer ce qui avait été détruit; mais à peine était-elle rendue au culte, que Colombières, maître de Saint-Lo à son tour, la fit raser en 4574. La première pierre de l'église actuelle fut posée en 4 624 , et la première messe y fut dite le 1 " novembre 1630. Elle avait été élevée aux frais des habitants catholiques de la paroisse exclusivement; l'abbaye avait cédé une année des grosses et menues dîmes. Rouverte en 1802, elle servit au culte divin jusqu'en 1811 ; mais alors elle fut définitivement supprimée par décret impérial. Le curé avait une portion congrue et Tautelage. Il payait une décime de vingt- une livres. La fabrique payait cinq livres. Il y avait six prêtres en 1 721 , y compris le curé et le vicaire. — Il y eut dans la* paroisse une chapelle Sainte-Pernelle , qui fut détruite par les protestants en 1 562.

2. Sainte -Croix. L'église était une œuvre d'origine carlovingienne. Charlemagne, lors de son inspection du littoral de l'empire, en 805, trouva là une communauté de Missionnaires, qui vaquaient à l'évangélisation et à la desserte religieuse du pays. Il leur donna une parcelle de la vraie croix. Ceux-ciy en vue d'honorer d'une manière convenable la sainte relique, élevèrent une église, qui fut dédiée sous son vocable et qui remplaça la leur, laquelle était dédiée à saint Etienne. Après la pacification de l'an 912, ils revinrent à leur monastère. Mais il arriva ce qui était arrivé au Mont-Saint- Michel : leurs successeurs devinrent impropres à continuer la mission d'évangéliser le peuple. L'évéque Algare les remplaça par des chanoines Augustins de Sainte -Barbe -en -Auge, l'an 1139. C'était le temps de la formation des paroisses; les chanoines la laissèrent à la destination de paroissiale et, en reconstruisant le monastère, se firent, pour leur usage, une nouvelle église, qui a été démolie vers 1812, lors de l'établissement d'un haras dans les bâtiments de l'Abbaye.

La vieille église Sainte-Croix , menaçant définitivement ruine , a été restaurée, refaite en partie, exhaussée, allongée, flanquée d'un clocher, en 1 861 , et rien ne rappelle plus sa date ni son style primitif, sauf le portail, qui a été conservé.

La cure payait une décime de vingt-deux livres. En 1721, il y avait dix prêtres et deux sous-diacres résidants dans la paroisse. Sainte -Croix eut une chapelle dédiée à sainte Madeleine , à laquelle était attachée une propriété de soixante vergées (douze hectares) de terrain. Elle existe, mais convertie à des usages profanes. C'était la chapelle de la léproserie de Saint-Lo; elle payait une décime de treize livres, autant que la léproserie. — Erigée en cure par ordonnance du 22 février 1826.

3. Agneaux. Le prieuré -cure d'Agneaux appartenait à l'abbaye de Saint-Lo et était occupé par un chanoine. Le prieur payait une décime de vingt-deux livres ; il avait le trente-unième rang au synode. L'église est sous le vocable de saint Jean-Baptiste; elle avait été donnée à l'abbaye par Gautier d'Agneaux avec l'approbation de l'évéque Vivien. Toutefois, l'Eglise

de Goutances avait une part qui ne fut pas donnée et relativement à laquelle il dut intervenir, plus d'un siècle après, des arrangements avec Tabbaye ; car la charte de Philippe-le-Long, à la date de 1319, en confirmant à T Eglise de Goutances la propriété de ses biens, porte encore : « Agneaux (Agneïs) avec l'église et les autres domaines. » — Il y eut au manoir seigneurial une chapelle, sous le patronage du seigneur, mais dont Tabbé de Saint-Lo avait les oblations. L'abbé ' était astreint à la totalité du droit de visite de l'archidiacre. — Erigée en succursale le 28 août 1808.

4. Baudre. L'église Saint -Ouen- de -Baudre appartenait à l'abbaye de Saint-Lo; elle lui avait été donnée par le duc-roi Henri IL Le curé payait une décime de quarante livres.

5. La Barre-de-Sémuxt. Gette paroisse appartenait au diocèse de Bayeux; elle faisait partie du doyenné de Gouvains. Le Livre-Pelu contient cette seule mention : « Taxe xv livres : l'église de Sémilly vaut c livres; patron, l'abbé

d'Aunay. »

Le Liwt'Ptlu, ainsi nommé de ce qu'il était recouvert d'une peau avec son poil, contenait un pouillé de tous les bénéfices du diocèse de Bayeux, qui fut dressé sous l'épiscopat de Pierre de Villaines en 1 356, l'année d'après la tenue des Etats de Normandie, où il avait été arrêté d'accorder au roi un secours pécuniaire à lever par toute la province, sans distinction de personnes ni de propriétés, pour l'aider dans la guerre contre les Anglais. Le Livre-Pelu fut publié en 1773 par l'abbé Beziers.

Sémilly fut divisé postérieurement en deux paroisses, de Saint-Pierre et de

la Barre.

Il y eut à Sémilly un établissement gallo-romain qui paraît avoir été considérable, dit l'historiographe Béziers , curé de Saint-André-de-Bayeux. (Voy. Joum. de Verdun, août 1762.) Il dut y avoir pareillement une barre, espèce d'avant-poste retranché pour défendre l'accès de la ville au nord-est par la route de Bayeux. L'usage en était fréquent aux xii* et xiii* siècles. L'église est sous le vocable de saint Ebremond. Il y eut contestation pour le patronage de cette église en 1341, entre les abbayes de Saint-Lo et d'Aunay; l'abbaye de Saint-Lo transigea. — Sémilly eut un hôtel-Dieu pour loger les pauvres et héberger les passants. — Gette paroisse donna naissance à un poëte-chansonnier, nommé Richard de Sémilly, qui vécut au xui'' siècle , et dont les poésies sont conservées en Ms. à la Bibliothèque nationale, fonds de Cangé.

6. La Luzerne. Anciennement du diocèse de Bayeux, doyenné de Couvains. « X livres. L'église de la Luzerne vaut xxx livres ; patron, le seigneur du lieu. » (Lib. Pelut.) L'église est sous le vocable de saint Pierre et de saint Paul. — Annexée au Mesnil-Rouxelin en 1803, la paroisse de la Luzerne a été rétablie le 12 février 1870. Le Livre-Pelu marque une chapelle de la Très-Sainte- Trinité, à la présentation du seigneur, dans la paroisse de la Luzerne, sans indiquer aucune taxe; elle existe, mais on n'y dit plus la messe.

7. Le Mesnil-Rouxelin. Vocable, Notre-Dame. Osbern, abbé de Sainl- Evroult, diocèse de Lisieux, qui mourut en 1064, acheta le Mesnil-Rouxelin, pour le compte de sa communauté, de Geoffroi Mancel, frère du vicomte Hubert ; le duc Guillaume ratifia l'acquisition. Mais il ne s'agissait que de la seigneurie et des droits et revenus seigneuriaux ; car l'église fut donnée à

l'abbaye de Saint-Lo en 1156 par Gaillaume de Magnerille, du consentement de l'évêque Richard de Bohon. Le curé payait une décime de quarante lÎTres. — Erigé en succursale le 28 août 4808.

8. Rampan. L'église est sous le vocable de Notre-Dame. Cette paroisse était du diocèse de Bayeux et faisait partie du doyenné de Couvains, (lxxv livres de taxe. L'église de Rampan, vaut vi" (120) livres ;* présentateur, l'abbé de Saint-Lo. y^ [Lib. Pelui.) — Il y eut à Rampan deux chapelles : 1^ une chapelle Saint-Eustache au manoir seigneurial ; 2® une chapelle Saint-Symphorien, sur les confins de la Meauffe. L'emplacement de celle-ci offre de nombreuses traces de sépulture. Elles sont détruites l'une et l'autre. La carte de l'ancien diocèse y marque en plus les chapelles du Pont-Hébert et de la Sainte-Trinité.

9. Saint-Georges-de-Montcoq. L'église avec ses dépendances fut donnée à l'abbaye de Saint-Lo en 1 172 par Roger de Montcoq et ses fils, du consentement de l'évêque Richard de Bohon. Il y eut dans la paroisse deux chapelles, l'une dite chapelle de Boisandré, l'autre appelée la Petite- Abbaye, qui appartenait à la collégiale. Le curé payait une décime de trente-sept livres, la fabrique, dix-huit livres. — Erigé en succursale le 28 août 1808.

10. SAmiE-SuzANNE-suR-ViRE. Paroisso du diocèse de Bayeux, du doyenné de Torigny. « x livres. L'église Sainte -Suzanne vaut lx livres. Henri Corbel , écuyer, patron présentateur. » (Lib. Pelut,) — Erigée en succursale le 28 août 1808.

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