‹ Histoire du diocèse de Coutances et AvranchesChapitre 149 sur 191 · CANTON DE VALOGNES · texte numérisé non relu

CANTON DE VALOGNES

1. Valognes. — 8. AUeaume. — S. Brix. — 4. Habenriile. — 6. Ueuaaini. — 6. MonUigo.

— 7. RufoBse. — a. SainUJoseph-près-Valognes. — 9. SftiusemâBDtl. — 10. Tamervflle.

— li.Yvetot.

1 . VALOGNES. La ville d'Àlaumia périt dans les flammes, ses restes calcinés en fournissent la preuve; elle périt de la main des Normands, dît Wace, parce qu'elle se laissa forcer, au lieu de se rendre.

La ville de Valognes s'est élevée sur un emplacement contigu, à l'ombre et sous la protection du palais ou forteresse que le duc Guillaume-Longue-Epée dut construire en ce lieu, s'il n'y en avait déjà, après la bataille du Mont-aux- Malades, qui mit le Cotentin à sa discrétion, et entre ses mains les châteauxforts et les biens des révoltés. Valognes faisait partie du domaine ducal : la cour de Valognes est comptée au nombre des propriétés dont le duc Richard III constitua la dot de la princesse Adèle, son épouse. La cure de Valognes devint de nomination royale, en vertu de la confiscation opérée par

Philippe-Auguste. Mais, au temps du mariage de Richard III, en 1036, ce n'était plus Alawnia ou Alauna, et ce n'était pas encore Yalognes, c*étàit Falengim, de sorte qu'il n'y a pas de rapport étymologique avec Alaumia; si, toutefois, les premiers collecteurs ont bien lu.

L'église de Yalognes est sous le vocable de saint Malo. L'édifice actuel est du XV* siècle, sauf une chapelle qui remonte au xiii® et le dôme, qui est de 1621 . Elle fut desservie par un chapitre créé en 1580 à la demande du curé, nommé Bertin Mangon, et des principaux habitants; lequel fut dissous en 1698 par arrêt du parlement de Normandie, à cause de contestations entre le curé et les membres, et sur la demande de l'évêque Charles -François de Loménie. Le curé payait une décime de cent livres et quarante-huit sous pour la visite de l'archidiacre. Il avait la tierce gerbe de la dlme, les aumônes ^^\ les menues dîmes, l'autelage et les oblations de deux chapelles, savoir la chapelle du manoir royal et la chapelle du manoir du Quesnay. L'évêque avait les deux premières gerbes de la dtme. Le chapelain de la chapelle du Quesnay était à la présentation du seigneur.

En fait de maisons religieuses, Yalognes eut un couvent de Cordeliers qui s'établit en 1468 sur un terrain aumône par Jean Le Tellier, baron de la Luthumière; un couvent de Capucins, fondé en 1630 par Adrien Poérier, baron d'Amfreville, et Robert de Franquetot, dont l'église ne fut achevée qu'en 1684; un couvent de Bénédictines, érigé en abbaye sous le titre de f(otre-Dame-de- Protection en 1646; il avait été fondé en 1635, et un séminaire, fondé en 1654 par l'abbé François Le Tellier de la Luthumière , en place du manoir épiscopal, donné à fieffé par l'évêque Claude Auvry. Les bAtiments du séminaire, considérablement augmentés, sont occupés maintenant par le collège diocésain; ceux de l'abbaye, par l'hospice; ceux du couvent des Capucins, par le couvent des Bénédictines.

Il y a à Yalognes, au point de jonction de son territoire rural avec les paroisses de Négreville, Brix et Tamerville, une chapelle dite Notre-Dame-de- Gloire et du Pont-à-la-Yieille qui jouit jadis d'une grande célébrité. La route de Yalognes à Cherbourg traverse en ce lieu la rivière de Rille. Aux abords du pont, demeura longuement et vieillit une femme très-pieuse, qui s'y était fait un ermitage ; de telle sorte qu'il prit le nom de Pont-à-la-Yieille , qu'il a toujours conservé. Or il arriva que cette femme, en ramassant des bûchettes dans la forêt, se trouva en face d'une statuette de la Vierge qu'elle n'avail jamais vue, quoique l'endroit lui fût connu : elle l'emporta. Le lendemain, la statuette était retournée à sa place de la veille. La vieille la remporta et la serra. Nouveau départ et nouveau rapt; de cette fois, la statuette fut enfermée sous triple clef; mais inutilement : rien n'avait bougé» sauf la petite vierge, qui était retournée à sa place de prédilection.

Les prêtres du voisinage furent informés ; ils constatèrent par eux-mêmes la vérité du récit de la vieille. L'évêque , informé à son tour, jugea qu'il fallait se conformer à une volonté céleste si manifestement énoncée, et con3truire une chapelle sur le lieu. On lisait sur le socle de la statuette ces mots seulement :

NoraX'-nAMs de gloire.

(1) Ne pa» perdre de vue que les atimdrMf étaient des champs altacbcs à la cure; ea quelques lieux, à TégUse.

442 HISTOIRE DU DIOCÈSE DE GOUTAIfCES ET AVRANCHES.

Cet événement, dont la date est incertaine, parait remonter au commencement du xiY* siècle. Après la mort de la vieille, quelques ermites vinrent habiter aux alentours de la chapelle ; on voit encore des restes de leurs ermitages. Elle est conservée et ouverte au culte. Elle jouissait de trois cents hvres de revenus.

Outre celle-ci, il j eut encore àValognes une chapelle Saint-Lin, la chapelle de rhôtel-Dieu, fondée en 1497, ainsi que Thôtel-Dieu, par messireiean Le Nepveu, sur un terrain cédé par Tabbaye de Cherbourg, et les chapelles des diverses maisons religieuses. — La chapelle Saint-Jean, en Téglise, dotée de cent soixante boisseaux de froment (quatre-vingts hectolitres^ de rente annuelle, en faveur des pauvres, était soumise i la décime, ainsi que celle de l'abbaye. Elle payait six livres, et l'abbaye vingt-quatre. — En 1721, le clergé paroissial se composait de vingt-cinq prêtres, deux diacres et quatre sous- diacres. — L'école était tenue par un prêtre.

Yalognes produisit au xif siècle un trouvère du nom de Landri, qui mit en vers le Caïuique des Cantiques^ à la recommandation de Baudouin, comte de Guines.

2. Alleaume. L'église est sous le vocable de Notre-Dame ; refaite de morceaux d'époques diverses, elle a pourtant conservé quelques détails de roman à plein-cintre. La cure était de présentation royale ; le curé avait la tierce gerbe de la dlme, les menues dîmes, l'autelage et des aumônes ; il payait une décime de quatre-vingts livres, quarante- six sous huit deniers pour la visite de l'archidiacre.

La paroisse eut une chapelle, dite du Château (de Castello)^ dont l'existence est constatée dès le xiii* siècle. Elle était unie à la cure ; ce qui veut dire que le curé était chargé de la desservir et en avait l'autelage et les offrandes. C'est cette même chapelle à laquelle le P. Eudes donna de la célébrité dans sa mission de Valognes de 1643, et qu'il fit restaurer sous le nom de Notre- Dame-de-la-Victoire. Elle sert maintenant à des usages profanes. Le quartier a pris d'elle le nom de la Victoire, comme la rivière de Rille, celui de rivière de Gloire, de la chapelle bâtie sur sa rive. — En 1721 , le clergé de la petite église d'Alleaume se composait de treize prêtres, un diacre et un sous-diacre. Le nom de la paroisse est la traduction évidente d*Alaumia. Les restes de la ville gallo-romaine occupent en eiïet une partie de son territoire. — Erigé en cure par ordonnance du 8 mars 1829.

3. Brix. Le nom est Brucius; ainsi l'écrivait le chroniqueur defontenelle au viii^ siècle, en parlant de la translation des reliques de saint Georges. '

Un des seigneurs du lieu, Robert Bruce, Brucius et de Brucio, devint roi d'Ecosse en 1306. — Le duc Richwîn, gouverneur du pays de Cherbourg, fit élever trois églises au lieu où les saintes reliques furent déposées, une en l'honneur de saint Georges, la seconde en l'honneur de la sainte Vierge et la troisième en l'honneur de la sainte Croix. Mais de ces églises il ne reste nulles traces et nul autre souvenir. Elles durent être détruites par les Normands : elles étaient trop voisines de leur repaire de la Hague. — Après la restauration du culte chrétien, l'église paroissiale fut mise sous le vocable de Notre-Dame . Il ne reste rien non plus de celle-ci ; l'église actuelle est du xvi^ siècle. La première fut donnée à l'abbaye de Saint-Sauveur-le-Vicomte par Adam de Brix en 1144, à condition qu'elle serait desservie par des

religieux. Le même Adam de Brix avait fondé vers 1109 ou 1 HO le prieuré de la Luthumière en la même paroisse ; peut*être dut-il attendre , pour disposer de la cure, que le titulaire fût mort. Le prieuré était sous le vocable de saint Pierre ; mais il avait en sa dépendance une chapelle Saint-Jouvin, très-réputée dans la dévotion populaire, de laquelle on lui donnait parfois le nom de prieuré Saint-Jouvin. Il ne reste que des ruines du prieuré et de la chapelle Saint-Pierre. La chapelle Saint-Jouvin existe et est ouverte au cuite. Il jr a auprès une fontaine également célèbre et respectée à cause de la dévotion envers le saint, qui est invoqué en faveur des enfants faibles et languissants ; on y puise de Teau pour les malades.

Lorsque fut arrivé le moment où Tabbaye de Saint-Sauveur, plusieurs fois détruite et ruinée à long terme par le fait des guerres, ne suffit plus à fournir des religieux à toutes les cures dont elle était chargée, elle présenta des curés séculiers pour celle de Brix. Le curé eut la tierce gerbe de la dlme, l'abbaye les deux premières, il avait en outre l'autelage et des droits d* usage et de pacage (pascere) dans la forêt. Il payait une décime de soixante livres. Le prieur^de la Luthumière, cent cinquante livres. Il avait le cinquième rang au synode. Le manoir baronnialde la Luthumière avait une chapelle Saint-Denis, à laquelle appartenait la dime des revenus de la foire Saint-Denis, qui se tient le 9 octobre ; le surplus était au curé.

L'abbaye du Vœu avait des droits d'usage dans la forêt et des propriétés qui lui donnaient, disait-elle, la seigneurie de la paroisse; elle l'inscrivait sur ses cartons. C'est que Philippe-Auguste avait confisqué, après la conquête, la seigneurie et les biens des derniers Bruce, qui optèrent pour l'Angleterre, où ils étaient plus riches. L'abbaye de Montebourg avait aussi des propriétés dans la même paroisse , et comme elle ne voulait pas les laisser dîmer par le prieuré, il dut intervenir entre Saint-Sauveur et elle un arrangement, qui fut conclu en 1153 en présence de l'évêque Richard de Bohon.

4. HuBERViLLE. L'égliso est sous le vocable de saint Patrice. La cure demeura à la nomination de l'évêque, et l'évêque demeura gros décimateur. Algare avait donné en 1 143 la dîme de sesr dîmes à l'abbaye de Saint-Lo, qui en jouit jusqu'à la fin. Le curé avait la sixième gerbe, les menues dîmes et l'autelage. Il payait une décime de vingt-cinq livres. Le chapitre y possédait une prébende, fondée en 1173 par l'évêque Richard de Bohon. L'église est de l'époque romane. — Erigé en succursale le 28 août 1808.

6. LiEUSAiNT. Enclave du diocèse de Bayeux, doyenné de Trévières. « Non taxée. L'églis&de Lieusaint {de locis sanctis) au Cotentin. Patron, le seigneur évêque de Bayeux. » (Lipre-Pelu.) L'église est sous le vocable de saint Eloi.

Lieusaint et les autres enclaves du Cotentin appartenaient au diocèse de Bayeux, non en vertu d'un échange, dont il ne reste nulles traces dans l'histoire, mais plus probablement par concession et comme souvenir de la chrétienté fondée en ces lieux au second siècle par des missionnaires de Bayeux, de laquelle était au uf le martyr saint Floxel. Les monuments, prétendus mérovingiens, qu'on voit à l'église et qu'on trouve alentour, appartiennent probablement à cette chrétienté. — Le docte de Gerville a égaré les antiquaires, en citant une monnaie frappée à Lieusaint et en supposant là un manoir royal : c'est Lieursaint, dans l'Ile-de-France, qui se disait aussi Locus-Sanclus. — Il exista dans la paroisse de Lieusaint une chapelle T. II. 5a

Sainte-Madeleine, qui était celle d'une léproserie. — Erigé en succursale le 28 août <808,

6. MoNTAiGU : surnommé La Brisette, du nom d'un des fiefs de la paroisse. La cure était de présentation laïque. L'église est sous le vocable de saint Martin. Le curé payait une décime de cinquante livres. La paroisse eut une chapelle Saint-Léonard, qui était unie à la cure; c'est-à-dire que le curé en avait les revenus» à charge de desserte; une chapelle Saint-Michel, fondée en 1352 par Michel d'Anneville, qui la dota richement et s'en réserva la présentation; mais celle-ci faisait partie de l'église, et une chapelle Sainte- Anne, toujours existante et ouverte au culte.

7. RuFOSSE. Paroisse de nouvelle création, érigée en succursale par décret du 25 février 1851, aux dépens de Saussemesnil. L'église est sous le vocable de Notre-Dame.

8. Saint-Joseph. Paroisse de nouvelle création, reconnue par l'Etat et érigée en succursale par décret du 1 4 janvier 1 857, aux dépens des paroisses de Brix et de Tamerville.

9. Saussekesnil. L'église est sous le vocable de saint Grégoire; la cure était à la présentation de Tabbaye de Montebourg, à qui elle avait été donnée le jour de la consécration de l'église par Richard de la Haye (du Puits). On lit dans quelques chartes Saint-Georges-de-Saussemesnil [de Sauxmesnih) ; mais c'est probablement erreur de copiste, car l'église est du xf siècle et n'a pas dû changer de vocable. Le curé avait la tierce gerbe de la dîme et l'autelage ainsi que les revenus de la grande chapelle Notre- Dame -de- Délivrance-de-Réfosse (Rufosse) unie à la cure. Il payait une décime de trente livres et vingt sous pour la visite de l'archidiacre. C'est cette annexe qui a été érigée récemment en succursale. — II y eut dans la paroisse le prieuré Saint-Martin-à-I'If, fondé vers 1150 au bénéfice et à la charge de l'abbaye de Lessay. Les religieux devaient sonner leur cloche à la chute du jour, pour appeler et guider les voyageurs égarés. Le prieur tenait le trentehuitième rang au synode ; il payait une décime de soixante livres. La paroisse eut en plus une chapelle Saint-Jean.

10. Tamerville. La présentation à la cure de Notre-Dame-de -Tamerville était alternative entre l'abbaye de Cherbourg et le seigneur. Le curé avait la tierce gerbe de la dtme, l'autelage et les novales. Il payait une décime de cinquante-trois livres. La paroisse eut une chapelle dédiée à sainte Honorine, celle-ci était dans le cimetière, plus la chapelle du manoir, reconstruite en 1 61 5 par Henri d'Anneville de Chiffrevast, et bénite en 1618.

C'est sur le territoire de cette paroisse, au lieu dit la Boissaie , que fut livré le funeste combat de Pastoy, le 4 juillet 1378, après lequel il fallut abandonner Valognes et le Cotentin aux troupes anglaises.

11. Yvetot. La cure de Saint- Georges -d' Y vetot était à la nomination directe de l'évéque. Le curé payait une décime de quarante-cinq livres. Yvetot veut dire la demeure de Ives, du mot saxon tôt, qui a la même signification que le tectum des latins. Le chapitre possédait à Yvetot une prébende, qui consistait en deux gerbes de la dlme; l'archidiacre du Cotentin avait la tierce gerbe, plus une maison et un domaine, donnés en 12Ç8

par Févêque Robert d'Harcourt, alors archidiacre; l'abbaye de Saint-Lo dîmait sur leurs dîmes ; le curé n'avait que l'autelage , les oblalîons et quelques menues dîmes. L'évéque Jean d'Essey, appelé parfois Jean d'Yvetot, possédait le manoir et la seigneurie de cette paroisse; on croit qu'il y était né. On jr montre, de tradition, la carrière d'où furent extraites les pierres qui servirent à la construction de la cathédrale. Nous l'admettons volontiers relativement à la nef, qui est de plus petit appareil. Il y eut à Yvetot une chapelle Saint-Lin, fondée en 1672 par Guillaume Le Prieur, procureur en la cour du parlement de Rouen , dont le chapelain était à la nomination du curé.

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