‹ Histoire du diocèse de Coutances et AvranchesChapitre 15 sur 191 · LITTÉRATEURS. — PERSONNAGES CÉLÈBRES · texte numérisé non relu

LITTÉRATEURS. — PERSONNAGES CÉLÈBRES

Les diocèses de Coutances et d'Avranches occupent une place considérable dans l'histoire du xvii* siècle par le nombre, la valeur ou l'importance des personnages qu'ils fournirent au monde savant, les uns en bonne part, d'autres en faveur des mauvaises causes, mais aussi fameux que les premiers. D'un côté les du Perron, les Hue de l'Auné ; du côté de l'hérésie les Benjamin Basnage, les Jean Hamon ; en tête de la déplorable école des critiques qui croyaient sauver la religion en cédant le champ à ses adversaires jusqu'à une certaine limite, le trop célèbre Jean de Launoy.

D'une part, des saints à miracles, ou du moins vénérés pendant leur vie, invoqués après leur mort, tels que Barthélemi Piqueray, Pierre Crestey, Catherine Simon; de l'autre, des hypocrites impudentes telles que Marie Bucaillc, et la tourbe impure des sorciers de Carentan et de la Haye-du-Puits.

Jacques Davy du Perron ayant été nommé à l'évêché d'Evreux en 1596, fut député à Rome par la cour de France avec Arnault d'Ossat, depuis cardinal, pour négocier la réconciliation du Saint-Siège avec Henri lY, entreprise déjà tentée inutilement, et dans laquelle il réussit. Il y reçut la consécration de la main du cardinal de Joyeuse, archevêque de Rouen.

Il semble qu'à partir de ce moment, du Perron ne doit plus nous appartenir ; mais comment l'Eglise de Coutances pourrait-elle se désintéresser de la gloire d'un de ses fils les plus illustres, et qui appartient à l'Eglise universelle au double titre de ses travaux en faveur de la foi orthodoxe et de sa dignité cardinalice?

30 HISTOIIkK OU DtOciSE DS COVTANCKS ET *V«A«CHBS. \

Dq Perron fui oommë cardinal du lilrfl de Sainte-Agnès en 1604, ensuite \

grand-aumOnier de France, el promu i Varcbevèché de Sens en 1606. \

Aux futiles travaux, purement littéraires, de sa jeunesse, il avail subslilué, dès avant d'être évëque, des travaux plus considérables et plus utiles. Il avait acquis la science des Saintes-Ecritures et du dogme chrétien ; doué d'une intelligence merveilleuse et d'une mémoire tenace, il se trouva bien vile au premier rang parmi les maîtres, en croyant n'avoir étudié que pour lui-mfime. Sa Itéponse au roi d'Angleterre et son Traité de tEucharislie contre du Plessis- Mornay, œuvres d'une haute science et d'une puissante polémique, montrèrent que s'il avait quitté la religion dans laquelle il avait été élevé, c'était en vertu de convictions mûrement acquises. La défaite qu'il infligea an même ministre, k la célèbre conférence de Fontainebleau, le révéla de plus en plus ; on ne sait ce qu'il y faut le plus admirer, de l'ampleur de la science ou de la puissance de la dialectique. Les vaincus se consolèrent comme on se console ' après une défaite, en disant du mal du vainqueur '". Du Plessis-Mornay était bien insensé d'offrir une telle bataille, s'il n'y était contraint par les gens de son parti, après la dispute de Paris, qui avait duré sept jours, et dont le ministre Rotan, venu tout exprès de la Rochelle, s'était retiré & ce terme pour cause d'un grand mal de léte, et ses soutenants , très-confus de n'avoir pu le soutenir. Du Perron acceptait les luttes proposées , dans les conditions qu'on lui faisait, sans en fixer le terme et sans avoir de soutenants : seul contre tons.

Il sentait sa supériorité, et disait, à part toute modestie : qu'on m'amène

tels protestants qu'on voudra, je me charge de les convaincre; non de les

convertir, ajoutait-il comme correctif, ceci est l'œuvre de l'évêque de Genève.

François de Sales était en effet un plus grand convertisseur. Et cependant

(I) Eumpto : a L'avantage que du Perron remportAit daoa loutoi les ditpatei r«iuit dira aux ministres qu'il pratiqua mieui que personne le secret d'embarrawer exptèg sou discourt de paroles obecurei, d'enlaMer une pile de distinctions en termes philosophiques, et d'y répandre un nuage de poussière, avec un gtyle capricieux et imposteur, lorsqu'il se trouvait empélrc et pressé de l'évidence de la vérité. • (Con/'<BMiDnj de Sanrg, note ^3.) Ce qui veut dire an un iiyl» caprifieus el impoit«ur, TOilà pourquoi nous n'avons «u nous tirer d'allairo. Bien n'est plus net el plus magistral que la manière de dire de du Perron.

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