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CHAPITRE XXY. LITTERATEUIlS. — PERSONNAGES CÉLÈBRES

un certain nombre de personnes, principalement de la haute société et de la classe lettrée, lui durent à lui-même leur retour au catholicisme. II faut compter parmi elles le savant Henri Sponde, depuis évêque de Pamiers, Fabréviateur et continuateur des Annales du cardinal Baronius.

Du Perron prit part aux conclaves qui élurent les papes Léon XI et Paul V. Pendant le séjour qu il fit à Rome en ces occasions, il fut non-seulement Tor-* nement du Sacré - Collège , mais aussi la lumière de la congrégation de Auxiliis.

Henri IV l'envoya à Rome une troisième fois avec le cardinal de Joyeuse, pour terminer des différends qui s'étaient élevés entre ce dernier pontife et la République de Venise, à cause de la déférence habituelle du pape aux avis de du Perron ; Paul V disait en effet à ses familiers : Prions Dieu de l'inspirer,, car il va nous conduire oh il va vouloir.

Du Perron eut la part principale dans la conversion de Henri IV, c'est un fait acquis définitivement à l'histoire ; et cette conversion ne fut pas fondée, quoi qu'on en ait dit, uniquement sur des motifs politiques, les mémoires du temps présentent l'événement sous un meilleur aspect : le néophyte voulut être convaincu et avoir une dernière réponse à sa dernière objection. Il ne dit pas que Paris valait bien une messe ; une telle gasconnade pouvait être digne de lui ; mais les ministres protestants la lui prêtèrent gratuitement , comme on prête aux riches.

Du Perron ne se serait pas entremis dans une telle négociation : il dédaignait la finesse et ne cherchait pas à être persuasif ; il allait droit à son but avec cette supériorité de raison qui subjugue. Il s'emparait de la domination et emportait la cause. Aussi, à la lecture du troisième volume de ses œuvres, donné par son secrétaire et qui contient ses négociations, on se surprend à dire, quel maladroit diplomate I Peut-être ; mais il réussissait.

Le grand cardinal , ainsi l'appelait-on , fut le plus fervent défenseur en France de l'autorité et des droits du pontife romain. Les gallicans parlementaires n'eurent pas d'adversaire plus déclaré. On lui a beaucoup reproché d'avoir subi le contact insensible d'une verge, lorsqu'il reçut l'absolution d'hérésie au nom de son maître , le roi de France ; mais l'absolution n'était

pas donnée h un roi de France, elle s'appliquait à un hérétique relaps , qui la sollicitait en vue de son salut.

Lorsque parut le livre d'Edmond Richer, syndic de la faculté de théologie de Paris, sur les limites de la puissance civile et de la puissance ecclésiastique, dans lequel l'auteur soutenait la suprématie de la puissance civile et la prééminence du concile au-dessus du pape, du Perron, indigné, convoqua ses suffragants et le leur déféra. Ils le condamnèrent le 9 mars 4618. Richer appela comme d'abus devant le parlement, et le parlement eut la faiblesse d'accepter l'appel, mais du Perron était lui-même une puissance avec laquelle il n'osa se compromettre en définitive, et TafFaire en resta là. Du Perron mourut à Paris le 5 septembre 1618 à soixante-trois ans.

Après un grand controversiste, nous pouvons placer un grand critique, l'un des plus célèbres que la littérature ait produits, Jean de Launoy, né au Valdécie le 21 décembre 1603; sans comparaison toutefois, car la réputation de l'un et de l'autre n'est pas du même aloi.

Jean de Launoy fit ses humanités , comme on disait alors , au collège de Coutances, sous la direction de Guillaume de Launoy, son oncle, promoteur de l'oflicialité diocésaine. Il se rendit ensuite à Paris , pour continuer ses études, et prit le grade de docteur en 1636, lorsqu'il crut les avoir suflSsamment complétées ; c'était déjà un savant du premier ordre.

L'étude était son unique occupation ; il avait refusé toutes charges, honneurs et bénéfices, vivant fort modestement d'une pension que son frère lui faisait sur l'héritage paternel, afin d'être tout entier à ses livres. Il voyait peu de monde, sauf aux réunions scientifiques et littéraires, dont une se tenait chez lui, le lundi.

Bon, charitable, d*une humeur toujours égale, sûr dans ses amitiés, indépendant par caractère, mais moins qu'il ne le croyait, car il ne sut pas s'affranchir de l'amour- propre , en convenant avec lui-même qu'il pouvait se tromper, sacrifiant toute considération à la ligne de conduite qu'il s'était tracée , irréprochable dans sa vie et ses mœurs, tel il fut. Le gallicanisme n'eut pas de plus chaud partisan, la foi orthodoxe de défenseur plus déterminé en apparence, et les antiquités ecclésiastiques de plus dangereux

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adrersaire. II ne partageait pas les doctrines d'Antoine Amauld, il les combattait même avec chaleur; mais Antoine Amauld, l'un des plus grands et des plus féconds écrivains de l'époque, était son ami, et il se laissa exclure de la faculté de théologie de Paris, plutôt que de souscrire à la censure prononcée contre sa kUre sur les matières de la grâce. Du reste, la théologie dogmatique n'éUit pas l'objet privilégié de ses études ; il était critique avant tout, et surtout docteur contra : il suffisait qu'une doctrine fût admise universellement, pour qu'il cherchât à l'ébranler.

C'était répoque de cette fièvre d'hypercritique, où des écrivains ecclésiastiques s'essayaient à démolir les monuments de l'antiquité chrétienne, au lieu de les étayer, afin de ne laisser subsister que ceux qui résistaient à leurs efforts ; ne se doutant pas que c'était leur savoir qui était trop court et leur bon sens prétendu, trop prétentieux. Le temps où Sirmond cachait ou détruisait des documents en opposition avec ses idées préconçues, décernait un brevet de sottise au catholique et savant Hilduin, un diplôme de docteur de l'Eglise au très-répréhensible Hincmar, l'adversaire des papes, et allait faire viser à la cour les épreuves de ses livres. Le temps où les Bénédictins écourtaient de ses deux plus beaux siècles , les deux premiers, l'histoire de l'Eglise de France dans leur Gaule-Chrétienne ; où les Jésuites belges mutilaient les Actes des Saints dans leur vaste collection, trop longue de la moitié et incomplète déplus d'autant ^*\

Jean de Launoy marchait devant cette armée; non de concert ,' mais indépendamment et pour son propre compte, estimant à grand honneur le privilège d*étre le plus vaillant des démolisseurs.

Il lisait beaucoup et recueillait les passages des Pères, des conciles, des écrivains de l'antiquité qui pouvaient , à son point de vue^ être opposés aux idées reçues. Il en avait une immense collection : espèce d'arsenal où il prenait des armes toutes forgées, suivant les besoins du moment.

(1) Nous n'en voulons qu'un exemple : H y a trois cents pages de critique œntre Siiiit Denis-Aréopagite, pour quatre ou cinq bouts de légende; et les actes nombreux et mignifiques que Von connaît» et qui n'auraient occupé que cent pages, ne s'y trouvent pas. C'est du brigandage.

II porta ses investigations sur un grand nombre de sujets, et se montra négatif à peu près sur tous. Ainsi, dans son livre des deux Saints Denis ^ il répudia Taréopagitisme du fondateur de TEglise de Paris, et son opinion servit de planche à la tourbe des critiques pour passer sur l'autre rive : comment différer d*avis avec le savant Jean de Launoy?

Ainsiy dans la question de l'apostolat des saints Lazare, Marie et Marthe en Provence, il soutint la négative. De même sur l'antiquité de l'ordre du Carmel; de même sur la révélation du Scapulaire au bienheureux Simon Stock; de sorte que la fameuse huile sabbatine se trouve être une fausse bulle. De Launoy le soutint, et toujours ainsi, car il admettait jusqu'à l'extrême les conséquences de son dire.

Il toucha de la même sorte à plus de trente sujets et incidemment à plus de soixante. La nomenclature serait trop longue. Le recueil de ses œuvres forme dix volumes in-folio. Son Histoire du collège de Navarre et ceUe de la Diversité des fortunes d'Aristote devant l'Université de Paris sont ses seuls bons ouvrages. Ceux-là du moins ont obtenu l'approbation universelle.

De Launoy était le maître parmi les critiques, un objet d'admiration et de respect parmi les ignorants. On l'appelait communément le dénicheur de saints. Mais il ne fournit pas toute sa carrière en ce genre, car une maladie vint à moitié route amortir ses forces et diminuer son ardeur. Il mourut en <678, à soixante-quinze ans ^*'.

Alors un autre personnage remplissait un rôle plus utile à l'Eglise et jouissait d'une célébrité de meilleur aloi dans la ville de Caen et le diocèse de Bayeux, Jean-Baptiste Hue de l'Auné, né à Coutances, environ l'an <637.

Docteur en théologie de la faculté de Paris, il obtint en vertu de ses grades la cure de Notre-Dame de la ville de Caen en 1667. 11 était savant, et prêchait avec une grande distinction de langage et de manières. Les protestants de

(i) jMn de Launoy était-il anti-janséniste? U le disait ; cependant il écrivit contre le formulaire. Sa marotte était d'écrire contre tout ce qui se dit, tout 5e qui se fait, tout ce qui se croit. Malheureusement son arsenal de textes contraires à tout ce que les hommes admettent, était incomplet. U lui était même arrivé de se tromper et de copier le contraire de ce qu'il lisait' par exemple à l'égard d'un décret de Jean VII, prononçant que le mariage n'était pas dimooa par l'adultère. Jean de Launoy chercha dans la contradiction la réputation d'un grand savoir.

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cette Tille avaient alors pour ministres les Bochart, les Dubosc, les Morin. De TAuné, bon controversiste, assistait à leurs conférences, et ne laissait rien passer sans le relever de vive voix ou par écrit. A l'exemple du Prince des apdtres, il jetait partout ses filets de pêcheur et opérait de nombreuses conversions. Lorsque Tavertissement général aux protestants fut notifié en 4682, par ordre du roi, de TAuné fut chargé de le transmettre à ceux du diocèse de Bayeux; les discours qu'il leur adressa à cette occasion dans les consistoires de Caen, de Bernières et de Saint-Sylvain furent imprimés avec les réponses des ministres. Il reste de lui divers autres opuscules de controverse qui n'ont pas été réunis.

François de Nesmond, évêque de Bayeux, le choisit pour vicaire général. Il devint sous-doyen du chapitre en 4674, et archidiacre de Caen en 4680. Des dissentiments entre lui et François d'Armagnac de Lorraine, successeur de François de Nesmond , l'obligèrent de se retirer. Il acheva sa vieillesse au chAteaji de Mutrecy, près Caen, chez son frère, qui était seigneur de la paroisse, et y mourut, en 4722, à l'âge de quatre-vingt-* quatre ans; le chapitre de Bayeux fit rapporter sa dépouille à la cathédrale. Il fut inhumé devant la chapelle Saint-Exupère, sous un tombeau de marbre chargé d'une longue

épitaphe.

Le P. François Martin, cordelier, dans ses Ebges en vers des hommes célèbres de la ville de Caen , lui en a fait une plus courte et peut-être meilleure.

Calvin! asseclas num debellavil fluœas Acriter^ et mutes reddidil et stapidos?

Le diocèse de Coutances, qui fournissait de si vaillants défenseurs à la foi orthodoxe, en fournissait aussi, malheureusement, à l'hérésie, qui se firent un nom fameux : il sufiit de citer Benjamin Basnage, pour les calvinistes, et Jean Hamon, dans le parti janséniste.

Benjamin Basnage naquit à Carentan en 4580. Il fut député par les églises réformées de France vers Jacques I, roi d'Angleterre, et plus tard en Ecosse,

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au même titre, pour réclamer des secours contre la persécution de 4624, suivant le langage des gens du parti.

Basnage occupa durant cinquante-un ans le poste de ministre de la religion réformée à Sainte-Mère-Eglise. Il composa un traité de YEkti visible et invisible de FEglise, imprimé à la Rochelle en 4642, et mourut en 4652, laissant deux fils, Antoine Basnage, sieur de Flottemanville, et Henri Basnage, sieur de Beauval, qui acquirent également de la célébrité et furent pères d'une lignée de savants écrivains ; tous militants avec un grand zèle, mais gens de bien et dont on peut dire : taies cum fuerini, ulinam nostri fmssefU. La descendance de Benjamin Basnage n'habita pas le diocèse.

Jean Hamon, médecin besoigneux des pauvres, qu'il cherchait et soignait gratuitement, naquit à Cherbourg le 2 janvier 4648. Il se retira à Port-Royal en 4654 et y passa le reste de sa vie dans Tintimité des plus fameux jansénistes du temps et la pratique de la médecine. Il en fut chassé avec ses coreligionnaires, mais y rentra peu à près à titre de médecin. Il usait de grandes austérités et menait une vie d'anachorète. Puisse Dieu lui en avoir tenu

compte I

Le soin des malades n'occupait pas tous ses instants : Jean Hamon composa plusieurs ouvrages de piété, dont quelques-uns eurent une grande vogue, même hors du parti, parmi les gens sans défiance, tels que son traité de V Oraison continuelle. La lecture de celui-ci jeta la marquise de Sévigné dans une extase de bonheur quasi pareille à celle qui lui arriva, lorsque Louis XIV lui fit l'insigne honneur de danser avec elle. Du même ton qu'elle avait dit, le grand monarque I elle dit le beau livre I Elle en recommanda vivement l'usage à sa fille. Les deux femmes d'oraison ^^^ I

Les autres livres de Jean Hamon sont de petits traités ascétiques à l'usage des religieuses de Port-Royal, une Explication du CofUique des cantiques, les Gémissements d'un cœur chrétien f etc. Il mourut le 22 février 4687, à soixanteneuf ans.

Racine, le tragique, qui avait été son élève, demanda par testament à être

(1) Vayexêa UUre 705*).

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