‹ Histoire du diocèse de Coutances et AvranchesChapitre 155 sur 191 · COMPLÉMENTS · texte numérisé non relu

COMPLÉMENTS

iwwcwiiw».

L— SAINT VITAL, !•' Abbé de Savigny

(Sous la rubrique da 7 jainrier à Savigny, jour de la translation de ses reliques de la première

église du monastère en celle de Sainte-Catherine, en 1182.)

Cette vie a été écrite par Etienne de Fougères , évéque de Rennes, petit-fiU du fondateur de Savigny, retiré en cette même abbaye, où il termina ses jours l'an 1 1 78, le 23 décembre. C'est un long ouvrage^ que les Bollandistes seuls peuvent recueillir dans toute son étendue.

Après avoir esquissé légèrement les commencements de saint Vital, l'auteur le montre principalement dans sa vie de missionnaire, bien plus que dans sa vie d'abbé. Tout devient alors merveilleux ; merveilleux de ferveur et de zèle en vue de la conversion des ftmes; merveilleux de manifestations divines, qui viennent appuyer la parole du prédicateur, et lui donner raison contre tous les mauvais vouloirs, a Jusque-là , Vital n'a été qu'un homme , éminent entre tous, mais marchant dans les voies humaines ; dès lors, il apparaît comme un aigle qui plane dans la hauteur des cieux; comme un ange de Dieu ayant vertu et puissance. »

Dès le début , lorsqu'il supplie Raoul de Fougères de lui concéder dans la forêt de Savigny l'emplacement d'un monastère , c'est un enfant qui s'y oppose, malgré la volonté de la famille entière, qui consent de grand cœur à accorder, non-seulement remplacement, mais une étendue considérable tout autour. L'homme de Dieu n'est pas sitôt éloigné, que l'enfant obstiné tombe dans un état de maladie qui met son existence en danger. Vital revient, il prie, le malade est guéri ; il donne son consentement , le monastère se fonde ; plus tard, quand cet enfant aura atteint l'ftge d'homme^ il s'y fera lui-même religieux , et y accomplira une longue vie dans les exercices de la piété et de la pénitence.

Vital ne tardera pas à recevoir un religieux de l'abbaye de Cérisy, nommé

GeofTroi, dont il fera son assistant, ce qui lui permettra de se livrer sans ré* serve à son ardeur pour la prédication. Aussi, il s'y abandonne; il parcourt les contrées d*alentour ; à son entrée dans les bourgades, il sonne la cloche, le peuple se rassemble, il prêche longuement, oubliant la fatigue et lel)esoin de manger. Les populations correspondent à son zèle avec un grand empressement, et il les domine, il les entraîne, il commande en maître, et elles subissent le joug. On ne résiste point à ses ordres impunément , Dieu accomplit ses menaces. Il ne sert à rien de comploter contre sa vie : il n'a nul souci des complots; mais Dieu le garde.

Un jour, ce sont les usagers de la forêt de Savigny qui, se croyant lésés dans leurs droits, l'attendent au détour d'un sentier et lui lancent une multitude de traits. Il passe ; ils tombent à ses genoux. — Père, vous n'avez pas seulement détourné la tête? — Et il leur fait celte simple et sublime réponse. — Pourquoi? Je serai heureux de mourir quand Dieu voudra.

Une autre fois, ce sont des gens armés qui l'attendent au passage d'une rivière, pour le tuer, jeter le corps dans le torrent et fuir sur leurs montures. Il passe et ils restent immobiles. L'un d'eux, après avoir demandé pardon à Dieu de son mauvais dessein, peut se détacher et courir après lui. Il le ramène. Vital les exhorte au repentir; il les absout, et alors ils retrouvent la faculté de se mouvoir.

C'est que le saint missionnaire se créait un grand nombre d'ennemis par ses prédications et ses œuvres. Le temps était mauvais : l'ignorance était profonde, les mœurs, déplorables; la vengeance, une loi universellement acceptée: outrage pour outrage, sang pour sang. Or, il instruisait les populations, et révélait ainsi des devoirs dont l'existence n'était pas soupçonnée. Il retirait du libertinage le plus de femmes qu'il lui était possible, et leur donnait des secours, aûn de les empêcher de retomber dans l'iniquité. Les ennemis, il les réconciliait, parfois même de force, et Dieu semblait être à ses ordres. En une circonstance où il ne pouvait arracher le mot de pardon à quelqu'un qui avait été lésé et se montrait Apre à la vengeance : couchez-vous par terre , dit-il à l'insulteur repentant, étendez les bras en croix ; puis, mettant un glaive à la main de l'insulté, il lui dit : le voilà, tuez-le, si vous pouvez. Celui-ci leva le glaive, mais tomba à la renverse, en proie aux plus terribles douleurs. Je pardonne, dit-il enfin, et il fut soulagé. Nous allons citer tout è l'heure un autre exemple de cette vertu divine qui accompagnait les paroles du saint missionnaire ou sanctionnait ses menaces.

Vital se rendit à un concile d'Angleterre, auquel il était convoqué, mais auquel ses amis le dissuadaient de so rendre, parce qu'il avait tout à redouter de la malveillance des moines anglais, très-irrités contre lui, peut-être le concile de Londres de 1102, sur la discipline ecclésiastique; mais une telle considération ne pouvait le retenir. Il réunit les populations dans les églises, sur les places publiques, et prêcha ; il prêcha avec son zèle accoutumé et la liberté de parole qui lui était habituelle. Ce n'est pas que les moines ne cherchassent à le surprendre dans ses discours et n'épiassent ses œuvres, afin d'y trouver des griefs ; mais ceux qui avaient été chargés d'une telle surveillance» revenaient émerveillés et disaient à leurs collègues : allez donc aussi Tentendre.

Il parcourut de la sorte une partie des provinces de l'Angleterre, sans s'enquérir si son langage serait compris. Il parlait le roman, c'est-à-dire la

LES ACtES DES SAINTS. 453

hngue de Normandie, et le roman était en beaucoup de lieux une langue inconnue. Mais le miracle opéré par saint Pierre au jour de la Pentecôte se renouvelait : il était toujours et partout compris.

S'étant trouvé un jour, pendant ses courses apostoliques, à la rencontre d'une troupe de gens armés qui allaient accomplir un acte de vengeance, il essaya de les détourner de leur mauvais dessein ; mais ils refusèrent de l'écouter. Il les menaça, sans* plus de.succès, des vengeances divines. Or, à une faible distance, Tun d*eux fut renversé par sa monture, et tué sur place.

En attendant qu'on retrouvât le saint missionnaire, qui s'était déjà éloigné, une foule de personnes s'étaient réunies autour de ce cadavre gisant sur la route. Quand il revint, il leur adressa une courte exhortation ; puis, se mettant à genoux, il invita chacun à faire de même et à prier avec lui. A la tin de la prière, le mort tressaillit, il était revenu à la vie. J'étais condamné, dit-il, lorsque ce saint homme est apparu et m'a retiré de la compagnie des démons. Je ne veux plus maintenant qu'une seule chose, regagner mon paradis au moyen de la pénitence. Vital lui obtint l'entrée dans un monastère, où il accomplit au milieu des mortifications les plus austères le surplus de vie qui lui était accordé. — Ce ne sont pas des récils conservés de mémoire que nous suivons ici, dit l'auteur, mais des documents fidèles mis par écrit en temps convenable.

Le fervent missionnaire parlait en toute circonstance avec une liberté absolue , démasquant les iniquités et condamnant les vices devant les gens vicieux, rois, ou princes, ou grands du monde, sans craindre d'offenser ou de déplaire. Il était pour tous l'homme de Dieu , et tous étaient pour lui des chrétiens à instruire, à sauver. Personne n'aurait d'ailleurs osé paraître offensé , sa vie était si irréprochable , sa vertu si éminente , qu'il exerçait la domination.

Il parla avec cette même autorité et cette liberté devant le concile de Reims, auquel le pape Urbain II l'avait convoqué nommément en 1092. Il faut passer les Monts , dit le pontife, pour s'entendre adresser de pareilles réprimandes.

Le grand serviteur de Dieu mourut au monastère de Dompierre, où il avait été appelé par une affaire de son gouvernement, lexvides calendes d'octobre ^'^ l'an de Tincarnation du Seigneur '1132. C'était le lundi matin; il avait pu célébrer encore la messe la veille, malgré de grandes douleurs; ce jour-là, il s'était levé le premier, avait sonné la cloche du réveil et présidé aux premières matines. Il présidait ensuite aux matines de la Vierge, lorsque, après avoir répondu au lecteur qui lui demandait la bénédiction,.

Sanclsa Harisd Virginis iatercessio Nos angelorum adjungat coUegio,

il s'endormit dans le Seigneur.

Au même instant, une suave odeur de baume et de parfums remplit le monastère, et un saint moine, dans une contrée lointaine, eut une vision de ravissante beauté, celle d'une flme qui montait au ciel en compagnie des anges : il était en extase ; il la montrait à ses frères ; mais ceux-ci ne pouvaient rien voir; ils le prirent quasi pour un insensé. Cependant, quand ils connurent

(1) Le 15 Beptambre Itat.

451 HISTOIRE DU DI0CÈ8R D8 COOTAlfCBS ET AVRANCHES.

plus tard la mort de Vital, ils se sourinrent que la vision colDcidait avec le jour et le moment.

Les religieux de Dompierre transportèrent le saint corps jusqu'au Teilleul, où ceux de Savigny vinrent le recevoir. Il demeura exposé pendant trois jours à Tabbaye, et les moines célébrèrent pendant ce temps un service religieux digne d'un si grand et si saint personnage.

Pendant ce temps aussi, il s opéra des miracles : un pauvre paralytique se fit déposer un moment sous les trétaux qui supportaient la bière et se releva guéri. La même odeur de baume et de parfums se renouvela pendant la célébration du dernier office qui se fit avant la déposition dans le sarcophage. Et ce sarcophage était déposé de longue date en l'église paroissiale de Notre-Dame-de-^Savigny; il était si lourd, qu'on ne pouvait le remuer, disait-on; hé bieni gardez-le pour moi, avait dit Vital; on put le remuer alors, et il lui servit. Il fut inhumé dans l'église de la communauté contre la muraille du septentrion.

Il s'opéra auprès de son tombeau un grand nombre de guérisons miracu* leuses ; l'auteur en rapporte seulement cinq , qui eurent lieu en faveur des habitants du monastère.

« Outre l'église qui était destinée au service divin , saint Vital fit faire trois autres chapelles dans l'enceinte du monastère. La première, dédiée sous le nom de saint Méen, placée à la seconde porte vis-à-vis de la maison, servait pour les femmes, qui n'entrent pas dans nos églises. La seconde au levant, dans le cimetière du monastère. La troisième, qui subsiste encore, pour les lépreux. Cette chapelle et la maison adjacente se nomment le Lieu de Santé, ou le Désert.

« Saint Vital en éleva, hors de l'enceinte du monastère et en un lieu écarté do la forêt qui s'appelle encore la Prise aux Nones, une quatrième appelée aussi la chapelle aux Nones, à l'usage des religieuses qu'il y établit dès le temps de la fondation de l'abbaye. » (Chronique m, s. de Savigny, p. 89.)

Ce sont ces mêmes Nones qui furent transférées à Mortain lors de la fondation de la Blanche.

Page 1