II. - LE B. GEOFFROI, 2* abbé de Savigny
Àcies traduits et abrégés du latin d'Etienne de Fougères, évéque de Rennes (M,s.)
(Sons la rubrique du 7 janvier à Savigny» jour de la tranalatico de ses reliques
en PégUse Sainte-Catherine).
Le B. Geoffroi naquit à Bayeux, de parents d'une très-grande noblesse selon le monde ; mais plus grands peut-être encore devant Dieu, à cause de leur vertu. Son père s'appelait Alain ; il se livrait au métier des armes ; son château, fortifié à la manière du temps, était situé à l'extrémité de la ville, auprès de la porte de l'aquilon. Alain avait déjà quatre fils, destinés comme
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lui à porter les armes, et la mère était grosse d*ua ciaquième, lorsqu'un inceDdie des plus subits et des plus terribles, allumé par un dragon de feu, éclata dans la ville de Bayeux et la réduisit en cendres, du moins pour une grande partie. Le bourg de Saint- Vigor, les églises paroissiales, la cathédrale et jusqu'à l'église Sainte-Marie-Madeleine, qui était de l'autre côté de l'Aure, furent embrasés en un instant
La noble chAtelaine, après avoir considéré un moment les flammes du sommet de son donjon, descendit pour aider à ceux qui travaillaient à les éteindre. Elle recueillit parmi les débris de l'église Sainte-Marie-Madeleine une boite précieuse qui contenait des reliques des vêtements de la Très- Sainte^ Vierge , de sainte Marie-^Madeleine , de saint Georges, martyr, et de plusieurs autres saints, et la serra dans son giron. Il lui sembla que ce devait être une bénédiction pour l'enfant qu'elle portait dans son sein.
Cet enfant reçut au baptême le nom de Geoffroi, et grandit, en effet, en sagesse, en science, en grâces et en vertus en même temps qu'il croissait en âge. Tout était en lui véritablement merveilleux, la docilité, la bonne grâce, la sagesse, l'intelligence, la bienveillance envers tout le monde, la discrétion, la distinction dans les manières, la raison, la douceur, la réserve, la modestie, la beauté.
Âpres avoir été la merveille de l'enfance, sa jeunesse ne démentit pas de si beaux commencements. On ne vit jamais plus de dignité avec les gens nobles et les grands du monde, plus de douceur et de bonté envers les personnes d'un rang inférieur, plus d'affabilité envers les serviteurs et les pauvres, plus deeharité envers les malheureux.
Sa piété surpassait encore ses autres qualités ; il aimait la retraite, se livrait à la prière et à l'étude , pratiquait la mortification , veillait attentivement sur ses regards, afin de conserver la pureté de son cœur et l'innocence de son âme. Cette réserve et cette attention continuelle sur lui-même l'avaient rendu si intérieur et si recueilli, qu'il chantait habituellement le psautier tout entier, sans éprouver une seule divagation d'esprit ^*K
Il alla étudier à Paris les lettres divines et humaines; mais, au lieu de profiter de Téloignement, pour se livrer à la dissipation, il sut régler son temps de telle sorte que l'étude, l'assistance aux leçons de ses maîtres et les exercices quotidiens de la piété chrétienne remplissent toutes ses journées. Aussi, vu les heureuses qualités de son intelligence, dépassa-t-il promptement et de bien loin ses condisciples, et moyennant l'attention continuelle sur luimême dont il avait l'habitude, rapporta-t-il une âme pure de tout sentiment et de toute pensée désavouables.
En ces dispositions, il sollicita comme une insigne faveur son admission parmi les religieux de l'abbaye de Cérîsy, où la règle de saint Benoit s'observait avec exactitude. Toujours le premier dans les choses excellentes, sans y prétendre ni même le savoir, il fut aussi bien vite le premier entre ses confrères sous le rapport de l'humilité, de la piété, de l'aménité, de l'obéissance, de la ponctualité à accomplir les préceptes de la règle, non-seulement quant à la fornie extérieure, mais surtout quant à l'esprit qui vivifie les prescriptions de la lettre.
Il entendit parler du nouveau monastère de Savîgny, qui avait été fondé
(1) ut totum psalterium psalleret de consuetùdine ex integro absque mentis evagalione. Probablement les vingt-an psaumes assignés à chaque joar de la semaine.
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SOUS la même règle, mais dans des conditions d'une observance plas parfaite et plus sainte, et du bienheureux Vital, ce grand maître dans la vie monastique, dont renseignement et les exemples faisaient revivre Tesprit des temps primitifs. Il semblait que saint Benoit lui-même était revenu sur la terre^ Geoffroi demanda à son abbé la permission d'échanger Thabit noir de Cérisy contre Thabit gris de Savigny, et robtînt.
Il ne tarda pas à surpasser dans la piété et la sainte observance des cous* titutions tous ses nouveaux frères, mais en restant pour chacun un modèle aimable et vénéré.
Après beaucoup d'années accomplies de la sorte, quand le bienheureux Vital quitta la patrie de ce monde pour une patrie meilleure, ses frères l'élurent à l'unanimité pour abbé. Il refusa, il résista, mais enfin l'obéissance à une règle qu'il avait jusque-là si bien enseignée par ses leçons et son exemple, le contraignit à accepter le premier rang parmi ceux dont il aurait voulu demeurer toiyours le disciple.
Dieu l'avait prédestiné, dans les desseins ineffables de sa miséricorde et de sa bonté envers les hommes, à être, non le continuateur, mais le rénovateur et, pour ainsi dire, le second fondateur de l'œuvre si saintement fondée par le bienheureux Vital. Il était déjà son coadjuteur, et en même temps son fidèle imitateur, comme saint Maur l'avait été de saint Benoit. Qui anrait-on pu choisir de meilleur? n'était-il pas « le plus attentif à la gloire de Dieu, le plus fervent dans l'oraison, le plus recueilli à l'office, le plus éclairé dans les voies de Dieu, le plus fidèle observateur de la chasteté, le plus modcTc dans le boire et le manger, le plus abondamment doué du don des larmes, le plus saintement réservé dans la tenue, le plus sincère dans les paroles, le modèle le plus parfait de douceur dans la contradiction, de modestie dans le succès, le plus grave dans la conversation, le plus poli dans la discussion, le plus aimable à la récréation, le plus tempéré dans l'hilarité, le plus gracieux dans la bienfaisance, le plus régulier dans les observances monastiques, le plus prompt à Tobédience, le plus sage dans le conseil, le plus convenable devant les grands du monde? »
Le nouvel abbé de Savigny fut au mieux, en effet, dans les bonnes grâces des princes delà terre, et notamment de Henri I"', roi d'Angleterre, qui l'appelait son père et ne savait rien lui refuser. Les grands du royaume suivaient l'exemple du monarque. Aussi, fonda-t-il jusqu'à dix-huit abbayes, celles-ci filles, celles-là petites-filles de Savigny. Un grand nombre de lieux déserts se peuplèrent ainsi et devinrent le séjour des saints. S ils n'avaient jusque-là rien produit qui fût utile aux besoins de l'homme, ils produisirent désormais des moissons naturelles et des moissons de vertu. Et quelles phalanges de saints pour le ciel, qui, s'ils étaient demeurés dans la corruption du siècle, auraient péri corrompus et seraient devenus la pâture de Tenfer I
Quoiqu'il fût un grand fondateur de monastères, l'abbé de Savigny n'en voulait cependant établir de nouveaux que dans les conditions d'un avenir assuré, afin, disait-il, qu'on ne les vtt pas s'éteindre faute de ressources, et leurs membres retourner aux occupations du siècle, pour se procurer le pain nécessaire à la vie.
Il institua un chapitre général^ tenu annuellement à la maison-mère, dans lequel chacune des maisons particulières dût être représentée, afin de main* tenir entre toutes les liens de l'union et de la charité, de la part de toutes la
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subordination à une autorité commune, et de sorte qu'aucune ne fût exposée à s'aflhîblir et à périr dans l'isolement. Ce chapitre général se tint régulièrement jusqu'au temps de l'abbé Serlon, qui soumit la congrégation au bienheureux Bernard, abbé de Clairvaux. Elle prit alors l'habit blanc et la règle de Tins* titut de Giteaux .
Lorsque le B. Geoffroi eut ainsi réglé toutes choses en vue de la plus grande perfection de ses religieux et d*une plus grande extension de l'ordre fondé par saint Vital, il songea à enrichir sa communauté des saintes reliques qui avaient reposé sur le sein de sa mère, avant qu'il ne fût au monde. Son père lui en fit don, et il les apporta à Savigny avec le respect et les honneurs convenables.
Le bienheureux successeur du B. Vital rendit sa sainte «Ime à Dieu le vm des ides de juillet, l'an du Seigneur 1439, entouré de ses moines, des supérieurs des maisons qu'il avait fondées et couché sur la cendre.
Sa dépouille mortelle fut mise dans un sarcophage digne de lui. Elle repose jnaintenant en l'église de Savigny devant l'autel du bienheureux Nicolas , évéque et confesseur. Il s'est opéré beaucoup de miracles auprès de son tombeau ; des aveugles y ont recouvré la vue ; des paralytiques, l'usage de leurs membres ; des sourds, la faculté d'entendre, des malades, la guérison.
Suit dans le m, s. l'énoncé de six guérisons miraculeuses et d'une résurrection de mort. — La fin manque.
En 1244, Raoul de Fougères adressa au pape Innocent IV une requête aux fins d'obtenir une enquête sur la vie et les miracles des saints Vital e( Geoffroi, pour procéder à leur canonisation conformément aux règles établies. Deux moines de Savigny la portèrent à Rome ; mais l'affaire n'eut pas de suites.