CHAPITRE XXV. LITTÉRATEURS. PERBO!f NAGES GÂLftBIlBS
eoterré à ses pieds. Boileau lui consacra ce sixain, qui est bien, avec son ode sur la prise de Namur, ce qu'il a écrit de plus mauvais.
Tout brillant de savoir^ d'esprit et d'éloquence, Il coarut au désert chercher Tobscurité : Aux pauvres consacra ses biens et sa science, Et trente ans dans le jeûne et dans l'austérité
Fit son unique volupté
Des travaux de la pénitence.
Hamon aurait pu trouver plus près ce qu'il allait chercher si loin ; le séminaire de Yalognes était un petit Port-Royal, qui avait aussi ses solitaires érudits ^*\ Antoine le Yavasseur de Masseville, né à Montebourg en 4648, y composa son Histoire sommaire de Normandie, ouvrage assez savant pour le temps, dont la première édition parut en 1698. L'auteur vécut jusqu'en 1733.
A ces écrivains d'un grand renom, il en faudrait adjoindre une multitude d'autres d'un moindre rang, auxquels nous ne consacrerons qu'une note à la fin du livre, pour ne pas les laisser en oubli. Il en est deux toutefois à qui nous devons une notice pour la singularité, François Desrues et Michel de Saint-Martin.
François Desrues, né à la Lande-Dairou vers 1554, avait fait ses études en un des collèges d'Angers, nommé le Collège des Boursiers normands. Retiré à Paris, où il vécut du prix des leçons qu'il donnait et du bénéfice que lui rapportaient ses livres, il ne cessa point d'appartenir au diocèse de Coutances et signa constamment Desrues, P. coutançais. Il reste de lui un premier recueil intitulé les ÀraiquiUs de la France, qui n'est pas absolument à dédaigner, mais qui fut rejeté au dernier rang par le recueil éminemment supérieur d'André Duchéne, comme celui-ci devait l'être par la collection si incomplète encore de dom Bouquet. Plus un second, d'un tout autre genre, intitulé les
(1) n s'est élevé un grand nombre de réclamations contre cette accusation de jansénisme et contre la sentence de Tautoritë diocésaine ({ui ferma rétablissement. La loi réserve au condamné le droit de maudire ses juges, et aussi le droit de rappel. 11 semble que le reproche ne tombait que sur l'enseignement théologique donné aux élèves.
38 HISTOIRE DD DIOCiSB DE G0UTANCE8 BT AYRANGHB8.
Margtierius françoises, collectioD de compliments et de phrases arrangées pour la conversation, dans le genre que Scudéry mit à la mode et que Molière a tourné en ridicule dans sa comédie des Prédetises. Pour excuser la légèreté d'un pareil ouvrage, qui semble avoir inauguré le genre prétentieux dans la littérature française, il faut se souvenir que l'auteur n'avait que sa plume pour moyen de vivre, et ajouter qu'il prit bien son temps et choisit bien son sujet, puisque le livre eut jusqu'à neuf éditions. Il est si commode d'acheter de l'esprit à la boutique et de mettre en sa mémoire les mille improvisations qu'on peut avoir l'occasion de faire I L'auteur mourut en 1633.
Le célèbre Michel de Saint-Martin , sieur de la Mare du Dezert , marquis de Miskou, naquit à Saint-Lo le l^mars 1614. Il était fils d'un négociant enrichi dans le commerce avec les colonies, qui avait acheté des titres de noblesse.
Michel de Saint-Martin était, dit-on, d'une telle difformité quand il vint au monde, que ses parents hésitèrent à le faire baptiser, doutant que les prêtres voulussent le considérer comme un être humain ; le charitable Jean du Bois se décida à le prendre pour filleul. Un tel récit est peut-être exagéré; mais il resta d'une laideur si ridicule, que ceux qui le voyaient pour la première fois» ne pouvaient réprimer un besoin de rire ; ce qui le mortifia toujours beaucoup.
Il reçut la prêtrise', il se fit recevoir docteur, il devint , en 1 654 , recteur de l'université de Caen', il écrivit pas mal de brochures sur les questions littéraires ou scientifiques agitées dans le temps, tout est maintenant oublié, et même un long ouvrage sur le Gatwemement de Rome et une Vie de son charitable parrain.
Le pauvre homme était trop laid, pour ne pas être ridicule ; trop fat, pour ne pas aimer à paraître ; trop riche, pour ne pas faire le généreux ; trop candide, pour ne pas se croire un personnage devant ceux qui le flattaient, de sorte qu'il devint un plastron contre lequel se décochèrent tous les traits de la malignité publique.
Il couchait en un cabinet qui se chauffait par-dessous, portait cinq paires de bas de chausses, trois bonnets et une perruque par-dessus, aimait à voyager et craignait les vents coulis. Il acceptait comme bonnes les histoires