‹ Histoire du diocèse de Coutances et AvranchesChapitre 161 sur 191 · VIII. -Actes de SAINT ORTAIRE · texte numérisé non relu

VIII. -Actes de SAINT ORTAIRE

Traduits des Bollandistes.

(Sous la rubrique du âl mare.)

Ortaire était issu de parents nobles. II fit ses délices , dès la plus tendre enfance, de fréquenter l'église. II se plaisait au monastère. Il aimait les moines ; mais d'un amour beaucoup plus tendre encore Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Dès l'âge de douze ans , lorsqu'il se livrait à l'élude des lettres , selon la portée de son enfance, il se sentit inspiré de la grâce divine, dit adieu à ses parents et se voua à la vie monastique. Il y fit en peu de temps de si grands progrès , qu'il devint l'objet de l'admiration de tous les frères. Personne ne le

pauvres une partie des aliments qu pour sa subsistance; il lui arriva souvent de se dépouiller de son vêtement, pour couvrir leur nudité.

Le diable, jaloux de tant de vertu, assaillit le bienheureux jeune homme d'un grand nombre de tentations ; mais il remportait la victoire à force de jeûnes et d'oraisons. Vaincu de ce côté et ne pouvant le faire tomber en péché, le diable s'en vengeait d'autre façon : quelquefois il lui livrait des combats corporels et le laissait couvert de meurtrissures et de plaies; quelquefois, il lui apparaissait sous des formes étranges ou hideuses , pour l'effrayer.

466 HISTOIRE DU DIOCtoE DE CODTAPfCES ET AVRANGHES.

Mais venons à ce qui concerne l'abbaye de Landeltes. L'abbé de ce monastère étant sur le point de mourir, le bienheureux Ortaire reçut en songe Tordre d'aller lui donner la sépulture. Lorsqu'il fut près d*arriver, il villes chœurs célestes descendre au-devant de la sainte âme, puis remonter avec elle vers les cieux au sein d'une allégresse ineffable. L'homme de Dieu se rendit directement à la cellule où le corps du saint abbé gisait inanimé ^*K Les frères célébrèrent l'office des morts. Ortaire accomplit les funérailles.

Après s'être acquitté de ce devoir, et sur le point de regagner son monastère, il apprit que déjà les moines, usant de leur droit de se choisir un abbé , l'avaient élu d'une voix unanime. 4 cette annonce, il s'enfuit, jugeant le fardeau trop lourd pour ses épaules, et se cacha dans les anfractuosités d'une falaise, à six milles du monastère. On le chercha inutilement. Les moines résolurent donc de procéder à une nouvelle élection , sans plus tenir compte de celle-ci. Mais, pendant qu'ils délibéraient, incertains sur le choix, une voix céleste se fit entendre : Dieu a choisi Ortaire; il prie en ce moment dans la grotte de la falaise ; c'est là que vous le trouverez. Des frères furent aussitôt députés vers lui, et Ortaire, connaissant la volonté divine, accepta virilement le fardeau.

Il était alors âgé de cinquante ans. La dignité d'abbé lui fournit l'occasion de s'élever encore à un degré de sainteté beaucoup plus grand. Il évitait soigneusement tout entretien avec les femmes , pensant que c'était la semence des vices. Il était d'une telle abstinence, qu'on n'estime pas à plus d'une once par jour la quantité de pain d'orge, préparé de ses mains, dont il se contentait. Il ne buvait que de l'eau, et encore en moindre quantité un jour sur trois. Il portait pour vêlement un sac et un cilice, et par-dessous, sur la chair nue, une chaîne en guise de ceinture.

Sa sainteté fut démontrée par des miracles. Une jeune fille, de famille noble, qui était atteinte d'une paralysie des mains et de la débilité des jambes, vint se jeter à ses pieds en le priant de la guérir. Il se prosterna devant Dieu et pria, puis après, il lui fit aux mains et aux jambes des onctions avec de l'huile bénite ; Teffet de la prière ne se fit pas attendre ; Notre-Seigneur avait accordé d'avance la guérison. Plus tard, il délivra si bien une femme rongée de lèpre, qu'il n'en resta pas même de traces sur ses membres.

De tels miracles accrurent la renommée du saint homme, son nom devint populaire dans toute la contrée, et il y devint lui-même en telle vénération, que beaucoup de personnes dirent adieu au monde^ et allèrent se ranger sous sa discipline.

Ortaire était animé d'une tendre dévotion envers la Vierge Marie. Il lui éleva une belle chapelle auprès de son monastère, et ce fut désormais le lieu des miracles qu'il accomplit. Il y rendit la vue à des aveugles, l'ouïe à des sourds, la faculté de marcher à des boiteux ; il y guérit, en un mot, un grand nombre d'infirmes par l'invocation du nom de Jésus-Christ.

Il racheta une multitude de captifs au moyen des oblations de ceux qui y faisaient des vœux.

II n'était pas moins animé du zèle du salut des Ames, et, dans son zèle, il convertit à la foi beaucoup d'infidèles.

(i) Ces détails rAppellent les laures de rOrient, formées de cellules distantes les unes des autres, ayant pour centre commun Toratoire et la cellule de l'abbé. 11 en fut de même plus tard à Saint-Sever.

pratiquant ces vertus et en accomplissant ces œuvres, que le bienlire atteignit l'Age de la vieillesse, rrivé à sa quatre-vingt-dix-huitième année, il reconnut que le était venu, il se rendit à son oratoire consacré à la Très-Sainte v convoqua ses frères , et de là , au milieu des prières com- .js douleurs de Tagonie, son Ame s'envola dans le sein de aes calendes de mai.

^rème exhortation qu'il y adressa aux moines avant de mourir, eut .. objet la pratique de la charité, de la piété et des autres vertus. Il en laissait lui-même l'exemple, appuyé du souvenir des nombreux miracles qu'il avait opérés.

Il fut inhumé dans ce même oratoire.

Quant à exposer en détail les miracles que le Seigneur daigna opérer ensuite par l'intercession de son serviteur, ce serait trop long. Qu'il nous suffise de dire, d'une manière générale, qu'un grand nombre de démoniaques ont été délivrés à son tombeau, et que tous les infirmes qui y sont allés prier avec piété et la ferme volonté d'être guéris, s'en sont retournés exaucés.

II se fait ce même jour, xvii des calendes de mai (1 i avril), un grand concours de pèlerins à la dite chapelle, et chacun sait que les goutteux qu'on y transporte reçoivent le soulagement par l'intercession de saint Ortaire.

Notes.

Ici se termine la légende. Elle fait partie d'un office de saint Ortaire, écrit sur parchemin et tellement antique que la façon dont il est disposé ne ressemble à rien de ce qui fut usité au moyen Age. Elle en forme la deuxième et la troisième leçon. Le P. Daniel Papebroch juge cet office de la plus haute antiquité. Il aurait pu ajouter que le latin est d'une pureté qui annonce le iv® siècle au plus tard : on ne le parlait pas si bien au v*. Le même Père a recueilli quelques compléments dans le reste de l'office ; les voici.

Enflammé de l'amour de Jésus-Christ par-dessus toutes choses, le bienheureux Ortaire dit adieu à sa famille et se retira de bonne heure dans un monastère par l'inspiration du Saint-Esprit. 11 se jeta humblement aux pieds de l'abbé en lui demandant l'habit. Convaincu de la sincérité de son cœur, l'abbé le reçut au nombre des moines, et l'instruisit comme un bon père instruit son fils.

Le bienheureux Père Ortaire, revêtu du saint habit de la religion, s'élevait chaque jour davantage dans le divin amour, et surmontait au moyen du jeûne les concupiscences terrestres.

Le très-saint homme Ortaire, glorieux confesseur du Seigneur, inondé de la rosée céleste, foula aux pieds les concupiscences de la terre. Il eut le courage de surmonter tous les assauts du malin esprit. Il s'accoutuma à garder un silence absolu, sauf les cas où la nécessité l'obligeait de le rompre.

Il mandait tous les pauvres par lettres, et leur donnait l'aumône en secret. Jamais un pauvre ne s'en est retourné d'auprès de lui sans emporter une aumône.

Voici l'homme sans pareil qui n'a jamais commis un péché de parole, et qui n'a jamais eu lieu de se repentir d'une mauvaise action.

Voici l'homme admirable que les hommes et les démons envieux ont

assailli au désert, sans pouvoir le vaincre. Aussi le Seigneur lui a fait part de son héritage, et Ta placé au premier rang à la table du festin céleste.

Vous êtes bienheureux, Ortaire, confesseur de Dieu ;

Parce que vous vous réjouirez avec les saints et triompherez avec les anges éternellement.

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