GHAPITRB XXIV. SECONDE MOITIE DU DIX-SEPTIÈMR SIÈCLE
Froulay de Tessé, fils de René de Froulay, comte de Tessé, et de Marie de Sourdis, neveu du cardinal François de Sourdis et de Henri de Sourdis, archevêque de Bordeaux. Le nouveau prélat reçut la consécration épiscopale le20 janvier 1669, à Paris, de la main de François de Harlay de Champvallon, archevêque de Rouen. Il prit possession de son siège le 13 avril suivant, sans cérémonie. D'un esprit humble et modeste, d'un caractère timide, aimant peu à se produire, Gabriel-Philippe de Froulay apportait à son diocèse vingt années de paix, d'édification et de bonnes œuvres.
Lors de la démission de Léonor de Matignon , le diocèse de Coutances hérita d'un prélat d'humeur moins pacifique. Né à Paris de parents négociants, Claude Auvry avait su conquérir les bonnes grâces d'Urbain VIII et du cardinal de Richelieu ; il se maintint également dans celles de Mazarin. Il avait en expectative l'évêché de Saint-Flour, lorsqu'il fut pourvu de celui de Coutances le 27 juillet 1646. Le pape lui accorda ses bulles gratuitement, i titre gracieux et en reconnaissance de ses bons offices ; ce qui constituait un don de deux mille cinq cents florins, ou plus de cinq mille livres en principal, sans compter les frais de chancellerie, qui s'élevaient en proportion des revenus de l'évêché. Un évêque de Coutances ne payait pas moins de treize mille deux cent trente livres.
Claude Auvry fut sacré le 15 février 1647, à Pontoise, par Dominique de Tye, archevêque d'Auch. Il fit précéder son arrivée à Coutances de quelques douceurs envers la ville, telles qu'une diminution des tailles, accordée par le gouvernement, une exemption des logements militaires et le transfert de prisonniers espagnols dont les bourgeois avaient la garde. Enfin, il prit possession le 1 5 septembre.
Nous entrerons dans quelques détails à cette occasion, afin de donner une peinture fidèle des mœurs et des usages du temps ; elle nous est fournie par Hilaire de Morel, conseiller clerc au présidial, dans son Triomphe de l'Eglise de Coutances^ récit homérique et détaillé de la cérémonie.
Selon les' anciens us et coutumes , les évêques arrivaient incognito à THôtel-Dieu et y passaient la nuit. Au sorir de la maison des pauvres, ils se rendaient pédestrement à la chapelle Saint- Floxel , où ils faisaient leurs
4 HISTOIRE DU DIOCÈSE DB GOUTAlfCBS ET AVRANGHES.
dévotions, pour invoquer la protection du premier martyr du diocèse. De là» ils se rendaient les pieds nus à la cathédrale, accompagnés du clergé des deux paroisses, et les cérémonies de la réception commençaient au portail ' du monument.
Claude Auvry s'affranchit de cet humble cérémonial. Il arriva par Bayeux. Quatre chanoines députés par le chapitre Tattendaient à la limite du diocèse, terminé de ce côté par la paroisse Sainte-Croix ; Tun d'eux, le sieur le Pileur, lui adressa là une harangue, pour lui donner la bienvenue. Le sieur de Costentin, gouverneur de Coutances, était allé deux lieues à sa rencontre à la tête d'un corps de cavalerie ; il le harangua pareillement. Plus près de la ville, une députation des officiers de la vicomte et de l'élection l'attendait et lui adressa deux harangues étudiées en l'école de Minerve, comme dit Hilaire de Morel. A une lieue de la ville, le sieur de Saint-Simon, maire de Coutances, accompagné des échevins et d'une partie des notables, l'attendait et le harangua à son tour. La milice bourgeoise, nommée les escouades des quartiers, était à un quart de lieue « tambours battants, mèches allumées, enseignes déployées. » A l'entrée de la ville, le prélat descendit de son carrosse et prit un cheval de parade ; messieurs du présidial l'attendaient là, pour lui adresser une harangue par la bouche du sieur d'Agon. Six chanoines, députés du chapitre, accompagnés du clergé des paroisses et des couvents, l'attendaient devant l'église Saint-Nicolas; le sieur Cartel, chanoine, alla quelques pas à sa rencontre et lui fit une harangue.
Ce n'est qu'après avoir surmonté les flots de cette éloquence , que le prélat put mettre le pied en une église ; « il entra dans celle de Saint-Nicolas, la chapelle Saint - Floxel , dite maintenant Saint -Maur, étant pour lors occupée. »
Le chapitre attendait l'évêque à la porte de la cathédrale ; à son arrivée, le sieur de Franquetot, grand chantre, lui présenta le livre des évangiles à baiser et lui demanda sous le serment la conservation des droits, privilèges, honneurs, libertés, coutumes, statuts de l'Eglise, de la cathédrale et du chapitre; il le promit, en posant la main sur le saint livre, après que le dit sieur de Franquetot eut touché ces divers points dans une harangue. Le