‹ Histoire du diocèse de Coutances et AvranchesChapitre 3 sur 191 · CHAPITRE XXIV. SECONDE MOITli DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV. SECONDE MOITli DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE

clergé attendait à l'intérieur. Après la prestation du serment, les portes furent ouvertes, le chapitre entra par celle du milieu ; Tévéque, par celle de Saint-Lo, appelée de ce nom, parce que la pierre sur laquelle reposaient les pieds de ce saint pontife, lorsqu'il guérit miraculeusement la femme aveugle, est conservée dans le seuil; l'évéque s'y agenouilla.

Un trône lui était préparé dans la nef; il y monta, entonna le Te Deum, après lequel il donna sa bénédiction. Le sieur de Franquetot alla aussitôt le chercher, l'introduisit dans le chœur, en lui tenant la main droite, le mena à l'autel, qu'il toucha et baisa, pour prendre possession de sa cathédrale. Ses oflSciers lui mirent ensuite ses chausses et ses souliers de cérémonie, et le grand chantre le conduisit à son trône épiscopal.

Tandis qu'il y était en prières , les chanoines , réunis dans la salle capitulaire , procédaient à sa promotion aux honneurs du canonicat et en rédigeaient l'acte. Quand ce fut fait, le grand chantre vint l'en informer, accompagné de trois chanoines, l'emmena au chapitre, où il lui fit signer l'acte, le revêtit des insignes canoniales, reçut sa profession d'orthodoxie et son serment de fidélité envers TEglise-Romaine, le ramena au chœur et le mit en possession de sa stalle de chanoine ^^\ qui est la première à la droite du trône épiscopal. Les chanoines vinrent tour à tour et par ordre lui donner le baiser de paix. Ensuite, ils lui présentèrent en corps le pain et le vin : signe d'union, de fraternité et de participation aux mêmes biens.

Alors, prenant le premier rang, il se rendit de lui-même à la salle capitulaire, où ses chanoines le précédèrent, et à l'entrée de laquelle le sieur de Mortain lui adressa une harangue latine. Il y répondit dans la même langue, reçut les chanoines au baiser de paix, leur présenta à son tour le pain et le vin et revint à sa stalle de chanoine, d'où il assista à la messe canoniale.

Pçndant la messe, « la musique joua les plus jolis airs du monde, et les mousquetaires firent retentir les alentours de la cathédrale de l'escopetterie la plus agréable qui se soit jamais entendue. » Après la messe, il sortit par la porte latérale dite de Saint-Georges, et fit son entrée en son palais.

(1) C'est toujours le cérémonial de la réceptioa d'un chanoine.

6 HISTOIRE DC DIOCÈSE DE GOVTANGBS BT AVRANGHBS.

« La yiUe fit présenter à sa table, par ses quatre échevins, le pain et le vin. Après le dîner, la musique; elle joua l'excellent Ingredere, couehé en neuf parties. En ce jour, il régala d'importance les sieurs du chapitre ; le lendemain, il festoya messieurs du présidial. »

Le sieur de Gonneville, qui avait tenu Tétrier, lorsque Tévèque descendit de cheval, le servit à table, suivant les aveux de sa terre. La haquenée de révêque et le gobelet d'or dans lequel il avait bu, lui étaient dus pour cet office ; il les reçut, et les rendit aussitôt avec la plus grande courtoisie.

Les sieurs de la Pommeraye marchèrent devant l'évéque, pour lui faire ouvrir le passage le long des rues et à l'entrée de son palais. Ils lui présentèrent sur le seuil deux couteaux et quatre fers à cheval, service obligé de leur seigneurie.

Après avoir donné des fêtes, Claude Auvry en reçut à son tour ; les jours de tribulation ne s'annonçaient pas encore.

Au jour de l'arrivée , des mâts de cocagne se dressaient sur les places publiques, les rues de la ville étaient jonchées de verdure et de fleurs, les maisons étaient pavoisées, les portes de la ville, les églises, les édifices publics, les puits, la fontaine Saint-Nicolas étaient couverts de banderoles, on ne voyait partout que des devises, des couronnes, des guirlandes, les armes de la ville accompagnées de celles de l'évéque, des chiffres, des anagrammes : av ciel vivra, ou bien vir cvi diva lavs. Telles étaient, sans en compter beaucoup d'autres, celles du nom de Claude Auvry, qui, ce jour-là, s'appelait, gros comme le bras, Monseigneur d'Auvry.

Au départ de Léonor de Matignon, la ville avait fait descendre ses armes, et elles avaient été portées enveloppées d'un crêpe à la maison de ville ; c'est ainsi qu'elle les enterrait.

Il faut ajouter que le nouveau prélat avait acquis dans la fréquentation des deux cours les plus polies du monde, la cour de Rome et la cour de France, une urbanité de formes et de manières, rehaussée encore par sa bonne mine, qui lui gagnait dès l'abord la confiance et l'amour. Il exerçait un véritable prestige.

Claude Auvry prit en main l'administration du diocèse avec un zèle et une

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