‹ Histoire du diocèse de Coutances et AvranchesChapitre 20 sur 191 · CHAPITRB XXV. LITTERATEURS. — PERSONNAGES CELEBRES · texte numérisé non relu

CHAPITRB XXV. LITTERATEURS. — PERSONNAGES CELEBRES

et d'di>servatk>ns contradictoires. Boissier, juge au présidial de Coutances, et de Saint-André, médecin dans la même ville, écrivirent sur le sujet des livres fort sensés, mais qui ne résolvaient pas la question principale.

Enfin parut une ordonnance délibérée en conseil du roi à la date de 1672, qui enjoignait de surseoir à toute exécution, à toute information nouvelle et d'ouvrir les portes des prisons à ceux des accusés qui .n'étaient pas retenus pour autre cause, avec promesse d'une déclaration générale sur la matière.

Le parlement de Normandie présenta de vigoureuses remontrances ; mais la cour n'y eut pas égard. La déclaration promise ne parut qu'en 1682 : la poursuite des crimes de droit commun y était seule maintenue, la question de magie, écartée.

Plusieurs des condamnés obtinrent une commutation de peine, quelquesims furent graciés nominativement. Charlotte le Yavasseur eut une grâce plénière et fut reçue par le maréchal de Bellefond au chAteau de l'Ile-Marie, où elle vécut encore plusieurs années.

À partir de ce moment, on ne parla plus de sorciers dans les pays de Carentan* et de la Haye-du-Puits ; mais on y parle encore de ceux-ci. Le souvenir de le^rs orgies n'est pas effacé.

Et Marie Besvalléesl Quel jugement faut-il en porter, après les grandes contestations qui surgirent quand elle eut cessé de vivre ? Abstenons-nous, pnisqu!elle n'eut point déjuges, et contentons-nous de raconter; d'autant plus que, dans la discussion, il fut bien moins question d'elle que du P. Eudes, qui se posait comme le marteau des jansénistes, et que les jansénistes voulurent écraser en se servant d'elle comme d'un marteau.

Marie Desvallées naquit à Saint-Sauveur-Lendelin, en 1590, de parents fort pauvres. Lorsque fut arrivé l'Age de gagner sa vie en qualité de domestique, elle fat prise, à dix-neuf ans, d'une maladie aussi étrange que terrible. Une vieille femme qui jouait le rdle de sorcière et qui fut brûlée vive à Coutanoes quelques années plus tard pour d'autres méfaits, lui avait jeté, disait-on, un sorL

L'évèque Nicolas de Briroy l'appela et la fit exorciser pendant la Semaine- Sainte de L'année 1612; il fut constaté qu'elle était démoniaque : elle

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répondait pertinemment en français à toutes les questions qui lui étaient adressées en langue latine, en langue grecque ou en langue hébraïque. Elle était d'ailleurs d'une grande piété, d'une patience et d'une résignation admirables. Elle se réjouissait même de souffrir les plus grands maux, puisque telle était la sainte volonté de Dieu. Un morceau de pain et quelques verres d*eau, sans jamais rien de plus, composaient son aliment quotidien.

Elle ne pouvait se confesser, le seul mot la jetait en des convulsions terribles. Elle ne pouvait communier : sa bouche, sa tête, ses membres éprouvaient d'affreuses contorsions.

Si c'était un rôle, elle devait le jouer jusqu'à l'Age de soixante-six ans , qu'elle mourut.

Sa vie était irréprochable, de telle sorte que pendant tant d'années, au milieu d'épreuves subites, imprévues, multipliées, affreuses, de douleurs atroces, de pièges tendus à sa bonne foi, jamais personne n'eut lieu de lui reprocher un défaut ni même l'apparence d'un péché.

Elle allait jusqu'à dire qu'elle ne saurait pécher, Jésus-Christ ayant échangé de volonté avec elle ; ce qui constitue un blasphème selon la lettre, mais voulait dire dans sa pensée, qu'elle voyait en toutes choses la volonté de Dieu et qu'elle n'avait d'autre souci que de s'y conformer. Cette grâce d'une indifférence absolue aux maux temporels et d'une conformité parfaite avec la volonté divine, elle l'avait sollicitée avec ardeur pendant deux années comme l'unique don de Dieu, et croyait l'avoir obtenue.

Du reste personne, même ses adversaires, car elle en avait beaucoup, et sa vie était manifeste, n'avaient la moindre faute à lui reprocher; il faut le redire.

Pendant les intervalles que lui laissaient ses crises affreuses , elle vaquait aux soins du ménage de deux ecclésiastiques, qui l'avaient acceptée par charité , et allait prier ensuite devant l'autel du rosaire à l'église des Dominicains.

Elle jeûnait tous les jours et portait un ciUce.

Elle endura mentalement pendant douze années le supplice de la damnation : c'est-à-dire les ardeurs d'un feu dévorant et un sombre désespoir. EUe l'avait elle-même demandé à Dieu pour le salut des pécheurs.

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