CHAPITRE XXVI. DIX-HUITIÈUE SlfcCVE
Pannentier, coré dlquelon, inculpé publiquement au synode de Pâques, en 1722, d'être opposé à la bulle Unigenùus, et menacé d'une lettre de cachet, répondit avec audace qu'il ne craignait pas la persécution et qu'une lettre de cachet ne le ferait pas changer d'avis. Il n'en changea pas et mourut paisible dans sa cure en 1748.
L'évéque n'était pas si stupide cependant que certains voulaient bien le dire, car il aimait la société et n'y était point déplacé ; il tournait assez bien une lettre et rédigeait lui-même ses mandements.
n ne se départit pas de la guerre qu'il avait déclarée dès le début au jansénisme ; il ne reçut jamais un ordinand aux ordres sacrés ni un prêtre aux fonctions du saint ministère, sans leur avoir imposé la signature du formulaire.
Léonor II fit beaucoup bâtir et beaucoup détruire. Il fît enclore d'une haute muraille le bois du Parc , qui avait plus d'une lieue de pourtour. Il fit construire , pour servir de communs à son palais , ces solides édifices qui ont été appropriés plus récemment à l'usage du secrétariat et au dépôt des archives diocésaines.
Il fit démolir le château de la Motte, devenu impropre à l'habitation, pour cause de vétusté, et dès lors les évéques de Coutances n'eurent plus de maison de campagne. Il traita là cathédrale un tant soit peu de la même façon. Sous prétexte de grandes réparations, qu'il fit opérer à la couverture et dans les combles aux murs qui la supportent, il laissa détruire • un grand nombre de précieux ornements, dont les amateurs déplorèrent vivement la perte, entre autres la multitude des gargouilles historiées et symboliques dont l'édifice était paré tout à l'entour.
Alors disparurent aussi les sept statues des Tancrède^'\ qui étaient placées dans des niches au-devant des contre-forts de la muraille du côté du nord.
(1) La suppression de ces statues était très-regrettable; cependant, eUes ne remontaient pas à Geoffroy de Mootbray; les dessins qui en restent, accusent au plus tôt le règne de Charles VI. On vient de les remplacer par des statues neuves et un peu meiUeures ;^mais le dessin des niches, principalement des piédestaux et des tabernacles ne vaut rien, parce qu'il n'est pas en rapport avec le style de Fédifice.
56 HISTOIRE I^U DIOCÈSE DE CODTANGBS BT AVRANGHES.
Cinq autres avaient été enlevées, dit-on, de plus vieille date du portail du même c6té. On établit en glacis les piédestaux qui les avaient supportées, sous prétexte d'empêcher les eaux pluviales d'y séjourner et de s'infiltrer dans la muraille. On aurait pu atteindre le même résultat sans rien détruire et avec une moindre peine.
L'œuvre principale de l'épiscopat de Léonor II, et l'œuvre principale aussi de l'épiscopat de César le Blanc fut la refonte des liturgies et des bréviaires diocésains à l'instar et sur le modèle du nouveau rite parisien.
Assurément le nouveau, maintenant ancien bréviaire de Paris était une œuvre littéraire de grande valeur. La poésie, la sévérité, souvent exagérée, des légendes, l'agencement et la distribution des ofQces, la sobriété mesurée de leur longueur, la beauté et la variété des homélies laissaient peu à désirer. On peut même dire que sa récitation était un devoir attrayant. A côté de cela des défauts capitaux, tels que la division du seul et unique saint Denis l'Aréopagite en deux saints Denis, inconnus l'un à l'autre, une certaine odeur de jansénisme qui s'en dégageait, plus encore peut-être par ce qui y manquait que par ce qui y était, une superbe indépendance, presque un oubli, de Rome Qt de ses prescriptions, et pour auteurs des hymnes sacrées, des écrivains vivants ou morts notoirement dans l'hérésie. Mais une tache, un mal plus capital encore, c'était la désapprobation non moins notoire du chef de l'Eglise, qui, s'il n'alla pas jusqu'à la censure, fut retenu par la crainte de se heurter à une désobéissance et de provoquer un schisme.
Tel fut cependant l'exemple que Léonor II et César le Blanc s'empressèrent
de suivre, avec moins de vues d'avenir que d'entraînement présent, car ils
auraient dû penser qu'un successeur traiterait un jour leurs beaux ouvrages,
comme ils traitaient ceux de leurs prédécesseurs. Une fois affranchi du joug
de Rome, chacun fait ce qu'il veut, et croit toujours faire mieux en faisant
autrement.
César le Blanc mourut le 12 mars 1746, après une prélature de vingt-six
années. Léonor II de Matignon lui survécut onze ans, et mourut le
29 mars 1757, à l'Age de soixante-quatorze ans.
César le Blanc eut pour successeur Pierre-Jean-Baptiste Durand de Missy,