CHAPITRE XXVI. DIX-HUITIÈME SIÈCLE
attendit le soir, afin de rentrer secrètement, et se tint enfermé le lendemain dans son palais.
Nous relatons ces faits, moins pour raconter les tribulations du bon et timide prélat , que pour montrer Tesprit public du temps , qu'une partie da clergé ne partageait que trop à sa façon^ et les voies par lesquelles la révolution s'avançait à grands pas, devant commencer par la constitution civile du clergé, préchée dès lors sur tous les tons par les jansénistes, par les parlementaires, par la séquelle philosophique, entrevue de loin par beaucoup de prêtres, qui devaient pourtant la répudier, quand le moment serait venu.
Les trente-quatre évoques de la Déclaration avaient dit au pape : Nous sommes l'Eglise de France, et voici nos conditions ; les curés disaient maintenant aux évéques : Nous sommes les successeurs des soixante-douze disciples, par conséquent d'institution divine comme vous, ôtez-vous un peu de devant notre soleil. La révolution allait bientôt ajouter : Et moi je suis le Peuple ; or, la voix du peuple est la voix de Dieu ; donc c'est moi qui gouverne, et je choisirai parmi vous qui je voudrai.
Les soi-disants chanoines Augustins de l'hôtel-Dieu , qui s'étaient faits tels, pour peu qu'ils le fussent, n'étaient pas devenus plus accommodants qu'au temps d'Artur de Cossé et de Léonor I de Matignon. Ils oubliaient qu'ils n'étaient là qu'à titre d'aumôniers et à la discrétion de l'évéque, leur fondateur et leur supérieur. Quand il fut question d'établir des dépôts pour les enfants trouvés, selon le vœu du gouvernement, l'évéque leur transmit cette charge, ne pouvant s'adresser à d'autres qu'à eux. Mais ils la répudièrent avec hauteur, en désignant les religieuses à titre de leurs mandataires. Or, les religieuses n'avaient été substituées en leur lieu que pour un prix convenu et un objet déterminé; rien ne les obligeait à accepter cette surcharge.
Le prélat songea alors à terminer la lutte par un coup d'autorité ; il aurait fallu savoir aller jusques au bout. Il obtint une lettre de cachet ainsi conçue : « De par le Roi. Chers et bien-aimés, étant informés de l'état de votre communauté et de celui de l' hôtel-Dieu de Coutances, nous vous mandons et
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ordonnons de plus recevoir à Tavenir aucuns sujets au noviciat et à la profession religieuse parmi vous. Si n'y faites faute, car tel est notre bot) plaisir. Donne à Versailles le 36 avril 1772. Signé Louis. »
Cette lettre n'ayant pas rendu les chanoines plus accommodants, l'ëvèque résolut de les supprimer définitivement. En conséquence, il convoqua, par lettres du 3 juin 1 775, les officiers du présidial en son palais, pour en délibérer. Après l'exposé de la cause , il recueillit les voix par ordre et publiquement. Les trois premiers qui opinèrent, furent d'avis de surseoir à la mesure jusqu'à production de mémoires contradictoires, et en attendant de supplier l'évoque d'obtenir la révocation de la lettre de cachet. Le quatrième rejeta purement et simplement les prétentions du prélat et demanda de même la révocation de la lettre. Tous les autres le suivirent, les premiers s'y rallièrent, de sorte qu'il n'obtint ni une voix, ni une parole d'approbation.
La lettre de cachet fut révoquée par une. nouvelle, du 7 février 4 776.
Dans l'intervalle, les chanoines présentèrent au roi un mémoire justificatif, signé d'un grand nombre de personnes notables, constatant que « l'hôtel-Dieu avait été fondé en 1212; que l'évâque Léonor I de Matignon ayant porté plainte en 1 642 contre les religieux, sous prétexte qu'ils ne remplissaient pas leurs devoirs envers les pauvres et les malades, leur suppression avait été résolue; qu'il fit venir en 1643 des religieuses Augustines pour les remplacer, mais qu'ils revinrent contre cette mesure par voie d'opposition ; le litige se termina en 4646 par un concordat entre l'évéque, les religieuses et eux, suivant lequel ils cédaient aux religieuses une habitation et des revenus, et celles-ci demeuraient chargées du soin des pauvres et des malades. »
En définitive, les religieux firent construire un grand bâtiment, dans lequel les enfants trouvés furent recueillis et remis aui soins des religieuses.
A Avranches , Pierre-Augustin Godard de Belbeirf , qui siégeait alors , n'était pas dans de meilleures conditions.
A Pierre-Jean^ Baptiste Durand de Missy avait succédé Raymond de Durforl-Léobard, aumônier du roi, qui garda son titre deux ans, lança un mandement dans son diocèse à l'occasion de la mort du dauphin et n'y mit pas les pieds. Il fut transféré à Montpellier en 4766.
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Et renpkioé par Joseph-François de Malide, fils de Louis de Malide, eaphaine aux gardes françaises, dont les débuts firent naitre les plus belle$ espérances, et qui prit à cœur de les justifier, mais dont Tépiscopat devait être de trop courte durée. Il visita soci diocèse avec un zèle attentif, ne se conteirtant pas d'inspecter les églises et de se faire rendre compte des choses qui concernaient le culte divin, mais allant aussi aux écoles, inter* rogeant maftres et élèves et remédiant aux abus..
U continuait de se montrer en toutes choses un bon et vigilant pasteur, Tami des pauvres, le père de ses prêtres, l'exemplaire de son troupeau, lors* qu'il fut transféré, en 4 774, à Tévéché de Montpellier, vacant par la mort de Rajmond de Durfort.
Pendant sa prélature, b collège d'Avranches devint la propriété de la ville : les bâtiments élevés par Jean Hantraye menaçaient ruine; les PP- Eudiste$ an étaient devenus propriétaires pour une notable portion, en acquittant les dettes contractées par Hantraye ; mais ils reculaient devant la grandeur de la dépense qu'il aurait fallu Caire pour les relever. La ville les désintéressa et se iihargea deTentretien, à condition d'y avoir la haute surveillance. Elle fit payer annuellement vingt sous de plus par année aux élèves, afin de se dédommager, et les Sudistes y contiouèrent leur enseignement comme par le passé. Quelques années plus tard^ la ville entreprit la oonstruction du collège actuel snr les pkms et sous la direction du célèbre René le Berryais , dont nous parlerons plus amplement ; l'évoque y contribua par ses encouragements et en provoquant des dons et des souscriptions. C'était alors Pierre^Augustin ^Godard de Belbeuf.
Pierre-Augustin, né le 8 mai 4730, fils de Pierre Godard, marquis de "Belbeuf, et de Augustine-Hélène le Pelletier, nommé en remplacement de loseph-¥rançQis deHalide, était archidiacre du Yexin, au diocèse de Rouen, lorsqii'ii fut promu au siège d'Avranches, au mois de janvier 1774. Il fut préconisé par le cardinal de Bemis, ambassadeur de France, dans le consistobe du 28 février, proposé dans celui du 13 avril, et sacré le 15 mai suivant dans la chapelle de Notre-Dame-de*Lorette, à Issy, par Jean-de-Dieu- •Raymond de Boisgeiin, archevêque d'Aix, assisté du nouvel évéque de Montr
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pellier et de Yves-Alexandre de Marbeuf, évêqued'Autun. II prêta serment de fidélité le 17 juin, et à cette occasion, Louis XVI, qui venait de monter sur le trône, lui donna Tabbaye de Bonne val-Saint-Florentin, au diocèse de Chartres, qui valait quatre mille cinq cents livres. Les revenus de l'évêché d'Avrancbes étaient évalués à vingt-cinq mille livres. Il prit possession de son siège par procureur le 21 juillet et personnellement, avec la solennité accoutumée, le 20 septembre.
Ce prélat ne devait faire que des apparitions de quelques mois chacune dans son diocèse, suivies d'absences qui duraient des années entières, parfois deux ou trois ans. Il donnait les saints ordres, quand il s'y trouvait de passage en temps opportun, autrement les ordinands se rendaient à Coutances ou à Dol, mais plus souvent à Dol. Cependant il s'en présentait en nombre considérable : l'ordination de PAques de l'année 1 778, qui eut lieu à Dol, fut excessivement nombreuse, et Charles-Bernard Collin de Contrisson» évoque des Thermopyles, in partibus in/idelium^ ancien haut-doyen d'Avrancbes, en célébra une seconde peu après, par ejUra tempora^ dans la chapelle môme de l'évêché. L'évoque, il est vrai, ne restait étranger à rien de ce qui se passait dans le diocèse.
Tandis que Pierre-Augustin Godard de Belbeuf encouragait de loin ses diocésains à la construction de leur collège, en 1780, son collègue de Coutances fondait à grands frais dans les dépendances de l'ancienne abbaye de Montebourg deux ateliers, l'un de blonde, pour les femmes, l'autre de tisseranderie pour les hommes. Celui-ci, ouvert en 1779, était disposé pour six cents ouvriers. L'un et l'autre étaient en pleine activité, quand la Révolution vint les ruiner.
Il fit construire la maison de la Madeleine auprès du Pont-de-Soulles, pour recevoir les filles pénitentes ; mais la Révolution ne lui laissa pas le temps de compléter l'établissement ; d'ailleurs, les deux ou trois religieuses qu'il y avait appelées dès le commencement pour le diriger, secondèrent mal son zèle.
Le vent de la révolution soufllait à pleines voiles ; la révolution était faite dans les Ames ; toutes les aspirations appelaient une rénovation de la patrie française ; une réforme , ou plutôt une refonte de toutes les institutions :