‹ Histoire du diocèse de Coutances et AvranchesChapitre 27 sur 191 · CHAPITRE XXYI. DIX-HUITIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXYI. DIX-HUITIÈME SIÈCLE

mœurs et usages, législation, gouvernement, droit ecclésiastique, tout était à refaire. Quand le roi serait en tutelle, les évoques en curatelle, les maîtres les obligés de leurs valets^ quand il n'y aurait plus de riches que par la permission des pauvres ; quand les dîmes seraient restituées aux curés , disaient ceux-ci ; quand on ne paierait plus de dîmes, disaient les laboureurs; quand le gouvernement serait riche et les impôts abolis, alors le monde serait bien mieux.

Enfin, Louis XVI convoqua les états-généraux, pour chercher avec eux la solution de ces difficiles problèmes ; c'était en 1 788 ; on dut voter par bailliages. Les électeurs du bailliage du Cotentin, qui comprenait les pays d'Avrancbes et de Mortain, se réunirent à Coutances en 1789, au mois de mars. Les séances générales des trois ordres, clergé, noblesse et tiers-état, se tinrent dans la nef de la cathédrale. L'évéque se fit excuser de ne pas assister à la première ; il y fut élu président de l'ordre du clergé; aussitôt il se rendit à ce poste. L'ordre du clergé tint ses séances dans l'église du séminaire; il y en eut dix, qui occupèrent cinq journées. Les six premières furent consacrées à arrêter le cahier des doléances. Long et sans ordre, ce cahier embrasse toutes sortes de matières; voici les vœux les plus importants : le clergé réclame dans l'ordre ecclésiastique la tenue annuelle des synodes diocésains, la réunion des conciles provinciaux, l'unité de rite pour toute la France ; il demande que les évéques ne puissent plus emprisonner les prêtres, sans en déduire la raison; qu'il soit apporté de la réserve dans la concession des monitoires, que le déport soit supprimé, que les dîmes soient restituées aux curés à portion congrue, ou du moins leur traitement élevé À mille cinq cents livres, qu'il n'y ait plus qu'un curé par paroisse, que

les curés soient maintenus dans l'ancien droit de choisir leurs vicaires, qu'ils soient de droit présidents des fabriques et des bureaux de charité.

Dans l'ordre mixte, le clergé réclame la répression de la licence de la presse et la mise à exécution des édits contre les protestants.

Il demande dans Tordre civil et politique la suppression de la gabelle, l'établissement de justices de paix, la responsabilité des ministres du roi, le retour périodique des états-généraux et, au préalable, une constitution pour la

France I L*assemblée attache une telle importance à ce dernier point, qu'elle impose aux députés qu'elle élira, la condition de ne s'occuper d'aucun autre objet, jusqu'à ce que la future constitution soit votée.

Le cahier des doléances fut clos et arrêté le S4 mars dans la deuxième séance. Le 26, le Lubois, curé de Fontcnay, fut élu le matin, et Bécherel, curé de Saint-Loup, le soir. Le lendemain ce furent, au scrutin du matin, le Rouvillois, curé de Carantilly, et à celui du soir, Ange-François de Talaru, évêque de Coutances. Pierre-Augustin Godard de Belbeuf, présent aux délibérations et aux scrutins, ne fut pas admis à Thonneur que son collègue de Coutances partageait si tardivement avec les curés. On peut juger par un tel résultat, non de la valeur des prélats, mais du peu de sympathie de leurs clergés. Les événements marchèrent comme chacun sait. La première constitution qui fut faite, ce fut la constitution civile du clergé. Et le clergé se trouva ainsi constitué, malgré ses résistances, par les laïques de la grande assemblée, protestants, jansénistes, parlementaires, voltairiens, encyclopédistes, francsmaçons. Les députés de la noblesse et du tiers-état appartenaient pour plus des trois-quarts à quelqu'une de ces catégories.

Lorsque fut venu le moment de se lier par des serments envers cet ordre de choses, le moins catholique et le moins romain que possible, les prélats en référèrent au Souverain-Pontife , qui désapprouva tout d'abord , et plus tard porta des censures.

Ange-François de Talaru, après le refus du serment, revint à Coutances et, dans la prévision des événements qui devaient suivre, pourvut aux affaire? pendantes, s'empressa de conférer les ordres à ceux des séminaristes qui se trouvaient en Age de les recevoir, quel que fût d'ailleurs le temps de leurs études, et enfin se retira devant l'intrus, Bécherel lui-même, nommé par l'assemblée populaire. C'était en <791 . Recherché ensuite parle gouvernement révolutionnaire, à titre d'insermenté, il passa sur la terre étrangère en 1792. L'Angleterre fut le lieu de son exil.

Quand la nouvelle de l'élection schismatique accomplie à Coutances fut parvenue à Paris, le légitime évoque rédigea une protestation en forme d'instruction pastorale, qu'il envoya en manuscrit à la ville épiscopale. Riea

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