CHAPITRE XXVI. DIX-HUITIÈME SIÈCLE
n'est plus doctrinal, plas ferme, plas rempli de la charité et de la douceur éTangéiique que cette courte et remarquable pastorale. L'intrus y est signalé 'à la nullité des œuvres qu'il accomplira, s*il ose pousser plus avant sa téméraire entreprise envers un troupeau que TEglise ne lui donne point, et dont le légitime pasteur entend ne se séparer ni à la vie ni à la mort, quelles que puissent être les épreuves ou les persécutions.
« Après avoir levé nos mains vers le père des lumières dont coule tout don parfait nous déclarons, que nous sommes et serons toujours jusqua notre mort ou jusqua ce que lautorité légitime de leglise nous en ait dépouillé le vrai et seul evesque de Coutances que celuy quune autorité purement temporelle vient de mettre à notre place est un usurpateur et un intrus et quil na et ne peut avoir aucun pouvoir dans tout ce qui concerne la juridiction spirituelle »
Il est permis de douter que cette instruction ait reçu une suffisante publicité ; car on n'en montre pas de copies, et l'authentique s'est retrouvé entre des mains qui ne se levèrent point pour l'orthodoxie ^^K Mais il parait toutefois qu'elle fut connue des schismatiques ; l'évêque intrus y fait de temps en temps allusion et en répète les termes.
L'élection de Bécherel eut lieu le 22 février ; la protestation est datée de Paris le 18 mars; l'intrus prit possession le 3 avril.
Pierre-Augustin Godard de Belbeuf, après une de ces longues absences qui lui étaient ordinaires, rentra dans son diocèse en 1789, au mois d'octobre. Il célébra Tordination de Pâques le 20 mars 1790, samedi avant le dimanche de la Passion; ce devait être la dernière à Avranches, et elle fut encore très-nombreuse. Sa dernière signature sur les registres de sa chancellerie «st du 19 avril suivant. Il était encore à Avranches à la mi-juillet; mais il n'y était plus au mois de septembre; car les ordinands reçurent des lettres démissoircs pour divers diocèses. Il n'y devait plus revenir. Lui aussi fuyait devant Je même intrus; Bécherel réunissait en sa main les deux diocèses sous le nom d'évêché de la Manche. L'Angleterre fut pareillement le lieu de son exil.
(t) Cet autograplie est maintenant aux archives diocésaines.
Un grand nombre de prêtres avaient aussi cherché un refuge sur cette terre hospitalière. Non pas tous; il en resta beaucoup, qui, plus généreux et plus îélés pour le salut de leurs frères , s'étaient décidés à affronter la tempête, en faisant le sacrifice de leur vie; ils continuèrent l'œuvre du saint ministère au milieu des populations demeurées catholiques. Combien eurent le bonheur et la gloire de souffrir le martyre? Nous le dirons.
Les deux prélats, dont la présence en leurs diocèses n'était ni absolument nécessaire ni possible , laissèrent à quelques - uns des demeurants des pouvoirs de vicaires-généraux, afin de pourvoir aux nécessités que les temps
pourraient amener.
Il faut dire que les exilés ne supposaient pas en partant, que la tourmente
dût être si dure ni si longue. Aussi un certain nombre d'entre eux, honteux de leur pusillanimité, et sachant que leurs frères combattaient en France le bon combat du Seigneur au péril quotidien de leur vie, rentrèrent, nonobstant la sentence de mort prononcée contre les émigrés : ainsi appelait-on ceux qui avaient fui la patrie , pour se soustraire aux lois révolutionnaires.
La multitude des ordinations des dernières années et surtout les ordinations précipitées de la fin se trouvèrent être un malheur public, car l'intrus j trouva aussi le moyen de recruter un clergé : beaucoup de ces jeunes prêtres, ceux principalement dont l'éducation cléricale n'était pas complète , se laissèrent entraîner, soit par l'exemple, soit par la cupidité, soit manque de discernement entre le bien et le mal, et acceptèrent les titres qui leur furent offerts, et dont la plupart n'étaient pas plus vacants que les évêchés.
Tous équivoquaient sur le sens des condamnations portées contre eux^ sur l'absence des formalités qui n'avaient pas, disaient-ils, été gardées & leur égard; tous espéraient que le pape reviendrait à eux : n'étaient-ils pas rentrés dans les saintes voies de la primitive Eglise? Ils le prétendaient du moins. Aucun n'entendait se passer du-pape ni être schismatique : seulement ils précédaient le suprême pasteur dans la route par laquelle il était en conscience obligé de les suivre : ils en remontraient à saint Pierre.
Il y avait pourtant une différence à établir entre eux. Ceux qui avaient conservé leurs titres, n'avaient pas perdu leur juridiction; ils pouvaient dono