CHAPITRE XXIV. SECONDE MOITIÉ DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
sagesse dignes des plus grands éloges, si l'accomplissement d'un devoir pouvait mériter des éloges. Il continua au P. Eudes la confiance dont l'avait honoré son prédécesseur , et le chargea en plus de la fondation et de la direction d'un séminaire diocésain. Le P. Eudes aussi continua d'évangélis^ chaque année deux ou trois des principaux centres de population. Il donna à Coutances, en 1651, une seconde mission qui produisit de très-grands fruits, et qui concourut avec la fondation de rétablissement définitif dont l'évêque lui avait accordé la direction par un acte du 8 décembre 1650. Les missionnaires, ainsi appelait-on les compagnons du P. Eudes, choisirent pour fonder leur maison l'emplacement occupé maintenant par le lycée, et la chapelle du lycée est leur ouvrage. Les édifices ne furent pas sitôt achevés, qu'ils furent détruits par un incendie ; mais ils sortirent des ruines presque aussitôt pareillement.
Le P. Eudes était un homme merveilleux, quoique sans défiance et ayant gardé toute sa vie la simplicité et la bonne foi de l'enfance, il savait communiquer à ses compagnons le zèle dont il était animé ; les ressources nécessaires à ses œuvres lui venaient comme d'elles-mêmes ; il savait proportionner les moyens au but qu'il désirait atteindre. En 1663, voulant renouveler la ville de Saint-Lo et le pays d'alentour, si profondément bouleversés par le protestantisme, il y donna une mission de deux mois de durée accompagné de cinquante ouvriers évangéliques.
Lorsque vinrent les guerres de la Fronde, l'évêque se départit de sa dignité et de sa prudence ordinaires ; on le vit parcourir les rues à cheval, et armé disait-on, dispersant les rassemblements et veillant à la conservation des deniers du gouvernement et au maintien de l'autorité : il croyait devoir ce concours au cardinal Mazarin, son bienfaiteur et son ami. Mais le duc de Longueville, gouverneur de Normandie, qui était du parti de la Fronde, ayant été informé de ses agissements, donna ordre à Matignon, son lieutenant, de s'assurer de la personne de téoêque. Claude Auvry le sut , peut-être par les bons oflSces de Matignon lui-même ; il se réfugia aussitôt auprès du^cardinal. La trésorerie de la Sainte-Chapelle étant venue à vaquer sur ces entrefaites , celui-ci l'en pourvut.
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Coutances subit le joug des frondeurs ; Cherbourg , Yalogaes , Saint-Lo également, mais plus tard, et suivant les retours d'une guerre tantôt contraire tantôt favorable ; la misère populaire était plus grande qu'il ne s'était vu de longtemps, par le fait même de ces troubles malheureux et des dévastations que les deux partis exerçaient tour à tour. L'évèque revint en son palais après six mois d'absence, et ne s'ingéra plus dans les querelles des partis.
Mais il avait perdu l'amitié de son chapitre, d'une bonne partie de ses diocésains, la plus importante peut-être, de ses chanoines de la Sainte-Chapelle, du métropolitain, François de Harlay ; car Mazarin était universellement haL Ce sort est assez ordinaire aux plus grands ministres.
Lorsque Claude Auvry arriva à Coutances, le palais épiscopal, élevé à la hAte, n'était point achevé et les ressources étaient épuisées. Il dut le terminer à ses frais. La cathédrale manquait depuis longtemps d'un entretien suffisant; de plus, elle souffrit dans les années 1650 et 1651 par l'effet des tempêtes des dommages estimés à la somme de cinq mille livres. L'évèque fit débiter du merrain dans les bois de l'évêché ; le chapitre lui contesta le droit d'abattre des arbres ; par contre, il prétendit charger le chapitre des réparations de la cathédrale; de là jes procès compliqués, plaides en première instance et en appel, avec la même issue de frais compensés. Les domestiques de l'évèque, prenant fait et cause pour leur mattre, causèrent un grand tumulte à la cathédrale un jour de Noël. Il en résulta entre l'évèque et le chapitre une explication plus aigre que douce, et par suite un nouveau commencement de procès.
Le clergé du diocèse rendait plus de justice à son évêque. Claude Auvry avait gagné la confiance et l'amour de ses prêtres, il en était le protecteur avoué; au point de vue sacerdotal, sa conduite et ses exemples pouvaient servir de modèle aux meilleurs. Aussi l'élurent-ils d'une voix pour leur représentant à l'assemblée de Gaillon, qui devait s'ouvrir le 25 octobre 1655.
Mais l'archevêque de Rouen ayant su qu'il avait célébré une ordination à Paris, en l'absence de l'évèque, sans doute à bon droit, car l'évèque de Coutances était trop savant pour ignorer un point si considérable de la