‹ Histoire du diocèse de Coutances et AvranchesChapitre 5 sur 191 · CHAPITRE XXIY. SBGONDE MOITIE DU DIX-SEPTIEME SIÈCLE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIY. SBGONDE MOITIE DU DIX-SEPTIEME SIÈCLE

discipUne, trop vertueux et trop sage pour le mépriser, le frappa d*une sentence d'interdit.

Il devint dès lors inhabile à siéger dans une assemblée ecclésiastique.

Un courrier, porteur d'une signification d'appel, partit aussitôt pour Rome, et revint à temps avec une autre sentence, qui déclarait la première nulle et sans valeur.

Ainsi abreuvé de dégoûts, Claude Auvry, qui n'était pourtant pas au terme de ses chagrins, quitta le diocèse et se retira auprès de celui qui en était la cause première, au palais Mazarin.

C'est de là qu'il data dorénavant ses mandements et ses lettres, jusqu'au mois de septembre 1658, qu'il donna sa démission en faveur d'Eustache le Clerc de Lesseville, moyennant l'échange de l'abbaye de Saint-Crespin de Soissons et la retenue d'une pension de douze mille livres sur les revenus de Tévêché.

Si nous jugeons ces négociations de dignités ecclésiastiques avec les idées des gens de ce temps-là, c'était légitime et ne ressemblait pas môme de loin à la simonie, puisque c'était la pratique admise. Il parait que Dieu a jugé autrement, puisqu'il a détruit un pareil ordre de choses.

Claude Auvry vécut encore longtemps, car il mourut à Paris, subitement, le 9 juillet 1687, à l'Age de plus de quatre-vingts ans ; mais non sans avoir eu une autre querelle avec ses chanoines pour un lutrin : celle que Boileau a immortalisée aVec tant de perfidie et de méchanceté. Ce n'était rien, on ne s'en serait pas souvenu l'année d'après ; en quôte d'un sujet de médisance, le satirique saisit celui-ci et en fit une épopée remplie de fiel à l'adresse de l'EgUse.

La baronnie de Saint-Lo, ce cauchemar perpétuel des évoques de Coutances depuis la cession qu'en avait fait Artur de Cessé , avait appelé l'attention de Claude Auvry; il ne tint pas à lui qu'elle ne rentrAt dans le domaine épiscopal. Il prit des lettres royaux de relèvement et plaida contre les Matignon en résiliation de marché, pour cause d'insuffisance du prix d'échange. S'il n'atteignit pas complètement son but, il obtint du moins un supplément de trois mille livres de revenu, en place desquelles la famille de Matignon céda les trois belles fermes de Toumières, Caten ville et Bonfossé.

Tout en dotant la mense épiscopale de cette augmentation de revenu , Claude Auvry commit pourtant une faute pareille à celle qu'il reprochait à son prédécesseur, mais moins grande. Le manoir épiscopal de Valognes était peu de chose, surtout parce qu'il était mal ou point entretenu. 11 le fieffa par acte du S6 décembre 4614, moyennant cent cinquante livres de rente, an sieur François de la Luthumière , prêtre , pour y fonder un établissement ecclésiastique en faveur des séminaristes indigents , des prêtres qui désireraient vivre dans lajretraite ou ayant besoin de secours dans la vieillesse ou la maladie. François de la Luthumière y dépensa des sommes considérables , tant de sa fortune que des dons de sa famille et de ses amis. Mais à vingt ans de là, révéché fut obligé de jeter l'interdit sur le prétendu séminaire , qui se trouva être en fin de compte une succursale de Port-Royal. On en acquit trop tard la conviction. Dès lors l'établissement devint uniquement une maison d'étude et de retraite. Masseville y composa son Histoire et son Nobiliaire de Normandie.

Le palais épiscopal de Valognes, aliéné par Claude Auvry, s'élevait sur les terrains concédés aux évêques de Coutances par la duchesse Gonorre le jour de la pose de la première pierre de la cathédrale. Le collège épiscopal actuel occupe le même emplacement et contient une partie des édifices de l'ancien séminaire : tout est donc revenu à sa première destination ; sauf la portion précédemment aliénée par Artur de Cossé.

En se retirant, Claude Auvry légua à son diocèse un évêque excellent , et de plus un prélat d'une grande distinction. Eustache le Clerc de Lesseville était fils de Nicolas le Clerc de Lesseville, seigneur de Tun et d'Eucquemont, et de Catherine le Boucher de Yiarmes. L'aïeul d'Eustache le Clerc avait été anobli par Henri lY, en récompense de son dévouement et des sacrifices pécuniaires qu'il s'était généreusement imposés pour lui venir en aide. Eustache était alors tbéologial de Notre-Dame de Pans , après avoir été curé de Saint-Gervais. Il fut préconisé le 1 9 février 1 659 , se disposa immédiatement à la réception de Tordre épiscopal ^t fit son entrée à Coutances aussitôt après , dès avant la fin du carême, sans apparat ni cérémonie. Le reste de son trop court épiscopat ne démentit pas de si bons commencements.

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