CHAPITRE XXIY. SECONDS MOITIÉ DU Da-SEPTliME SIÈCLE
n ayait déjà économisé de grandes sommes , tant sur les revenus de son évèché , si diminués cependant, que sur ses propres revenus à lui-même , en vue de dégager la baronnie de Saint-Lo , et il espérait y parvenir prochainement, lorsqu'il fut frappé d'apoplexie le 8 déceinbre 1 665, à Paris, où il s'était rendu pour assister à l'assemblée du clergé. Il fut inhumé aux Grands-Augustins, dans le caveau de sa famille.
Eustache le Clerc de Lesseville fit réimprimer la liturgie diocésaine , avec des corrections et des amendements qui la rendaient meilleure. En supposant que le droit de retouche fût compris dans le décret du Concile de Trente qui autorisait les diocèses ayant des liturgies particulières vieilles d'au moins deux siècles à les conserver, on aurait dû s'en tenir là et se contenter d'cgouter ce que Rome jugeait elle-même à propos d'ajouter, ou demander son approbation pour le surplus. Agir comme on a fait depuis à Coutances et à peu près partout, sous l'impulsion la première venue, c'était rendre nécessaire le retour pur et simple à la liturgie romaine.
L'éyêque ne fut pas lui-même l'auteur de la réforme liturgique , mais il en 4^nfia le soin à un de ses archidiacres du nom de Jean-Vercingétorix de Gourmont, ecclésiastique aussi éminent par sa science que par ses vertus.
Le diocèse s'enrichit d'une nouvelle maison religieuse en 1662, celle des Augastines hospitalières qui se fonda dans la paroisse Sainte-Anne de Tire.
En 4664 , Eustache de Lesseville procéda avec une grande solennité à la levée du corps de saint Gaud. Cette sainte relique, tombée dans l'oubli, s'était révélée par plusieurs miracles. Des voix merveilleuses s'étaient fait entendre au euré de Saint-Pair, nommé Jacques Chenu\ lui demandant d'ofirir à la » piété des fidèles le trésor caché que son église renfermait. L'évêque , après un mûr examen , s'y détermina. Le chapitre d'Evreux y envoya une députation, de même celui de Coutances et l'abbaye du Mont-Saint-Michel. La cérémonie, favorisée par un temps superbe, qui fut universellement regardé comme miraculeux, car il se fit pour deux jours seulement au milieu d'une longue saison de pluies, eut lieu en présence de plus de vingt mille personnes, absi que le procès-verbal en fait foi. Lors de la première visite , faite par
12 HISTOIRE DU DIOCitSB DE COUTANGBS ET AYRANGHES.
révéque Richard de Brii » le saint corps avait été trouvé entier, mais présentant les apparences d'un commencement de décomposition et exhalant la plus suave odeur. De cette fois , on ne trouva plus que des restes de chair adhérents à des ossements vermeils , qui nageaient dans une liqueur onctueuse , semblable à une huile blanche, et répandant un parfum dont les assistants ne se lassaient pas de respirer la douceur. L'église, les alentours, en furent embaumés pour longtemps. Partout où. il se répandit , il opéra des guérisons merveilleuses; beaucoup d'infirmes se firent apporter ou conduire sur les lieux et furent guéris.
Après la reconnaissance qu'il en avait faite, Richard de Brix s*était contenté de laisser , suivant l'usage antique , une ouverture au-dessus du sarcophage , pour descendre les objets que les fidèles désiraient faire toucher. Cette ouverture avait été fermée par prudence, afin de dissimuler le saint dépôt à la rage des profanateurs, au temps des guerres de religion. Eustache de Lesseville fit placer les reliques dans une chAsse qui demeura exposée à la vénération des fidèles dans le chœur même de l'église, contre la muraille du nord , au-dessus du lieu de la sépulture.
A la mort d'Eustache de Lesseville, la cour offrit l'évèché de Coutances à Henri-* Louis de Loménie, retiré depuis deux ans à l'Oratoire et que sa famille désirait en voir sortir, mais qui n'accepta pas; ensuite à Charles-François, son frère puîné , qui accepta.
Charles-François, déjà abbé de Saint-Eloi de Noyon, de Saint-Médard de Soissons et de Saint-Germain d'Auxerre, était connu dans le monde sous les noms de comte de Montbrun et d'abbé de Brienne. Il était fils de Henri-Louis de Loménie, comte de Brienne et de Montbrun, baron de Pougy, et de Louise de Béon. Comme l'évèché de Coutances était surchargé de pensions, le roi y adjoignit l'abbaye de Saint-Cyprien de Poitiers ^^^
Charles-François de Loménie fut nommé le 5 décembre 1666, préconisé le
(1) SuivdDt dom Beaunîer, les rerenus des bénéflces étaient estimés ainsi à la ehambre ecclésiastique en i 724, un an après la mort de Tévéque : évéché de Coutances, vingt miUe Mrres; abbayes de Saint-Eloi, dix-huit mille; de Saint-Médard, vingt-deux miUe ; de Saint-Cyprien, neuf mille; de Saint Germain, huit mille. Total cinquante-sept mille livres.