GUAPITRE XXIX. LA REVOLUTION, L ÉGLISE CONSTITUTIONNELLE
Les meneurs de TAssemblée ameutèrent la populace, l'excitèrent à la yen-» geance, et le 3 mai le pape fut brûlé en effigie par un attroupement furieux, convoqué do tous les points de la capitale et des faubourgs ; le palais rojal fut trop petit pour les exécuteurs de cette haute œuvre, la place de devant et les rues d'alentour, trop petites pour les curieux.
L'émigration des prêtres prend de jour en jour de plus grandes proportions ; c'était alors le moment des peurew. Tout devenait en effet menaçant pour le clergé : l'évasion si maladroitement conçue et si mal conduite du roi et de sa famille; le rassemblement armé des princes et des nobles à la frontière; le bref du pape qui vient de féliciter Louis XVI de son heureuse évasion, après qu'il eut été arrêté à Yarennes et ramené comme une victime à Paris ; la division du clergé et les prédications des assermentés, qui justifiaient leur conduite par des calomnies et des récriminations : rien ne manquait de ce qu'il faut pour annoncer un sombre avenir et jeter l'épouvante.
De leur côté, des ministres anglicans firent afficher au coin des rues de Londres et des villes principales cet avis : « Une nuée de célibataires s'abat sar l'Angleterre ; épotix et pères de famille^ prenez garde à celles qui vous sont chères. »
Mais nos vénérables confrères se firent aussitôt connaître à de meilleurs titres, et gagnèrent de prime-abord une sympathie qu'ils surent garder parmi le peuple hospitalier qui les accueillait.
Cependant les faibles ressources des fugitifs, déjà ruinés pour le plus grand nombre par la privation des revenus de leurs bénéfices, ne tardèrent pas à être épuisées , car les pensions promises ne furent point payées ; plusieurs se firent instituteurs, maîtres de langues ; un plus grand nombre en appelèrent i leur industrie et à leurs bras. Aucun ne se livra à une occupation malséante, et il n'a pas été dit qu'un seul ait manqué à la probité ni à l'honneur. Le gouvernement accorda des secours aux nécessiteux, aux vieillards, aux infirmes. Aucun ne s'est jamais plaint d'avoir connu la faim; et tous, au retour, rapportèrent un profond sentiment de gratitude envers cette généreuse nation.
Le 47 avril, l'Assemblée avait décrété itérativement la destitution des T. il. 17
430 HISTOIRE DU DIOCÈSE DE GOUTAfCCBS ET AYRANCHES.
prêtres insermentés, et invité le roi à convoquer de suite les assemblée» primaires, afin de pourvoir à leur remplacement par la voie de Télection.
13 septembre : Le roi accepte purement et simplement la constitution.
L'Assemblée prescrit le serment civique « sans restriction ni réserve » h tout fonctionnaire public : « Liberté, égalité. » « Les ecclésiastiques qui ne^ l'auront pas fait, seront réputés suspects de révolte contre la loi, de mauvaises intentions contre la patrie, et à ce titre confinés daqs les lieux que l'Assemblée désignera pour leur asile ou leur prison. »
Ce serment, d'apparence si bénigne, était, dans la pensée des législateurs, l'acceptation de tout ce qui avait été fait et décrété jusqu'alors. Les insermentés ne s'y laissèrent pas prendre. D'ailleurs le mot de serment leur était devenu odieux.
Le 30, l'Assemblée nationale, dite constituante, termina ses séances, et fut remplacée le lendemain par l'Assemblée législative. Celle-ci fut pire que sort aînée.
Le 20 mars 1792, premier usage de la guillotine. L'inventeur a vécujusqu'en 1814.
26 mai : Décret de déportation contre les prêtres, évoques, curés ou vicaires qui n'ont pas prêté le serment constitutionnel ; contre ceux qui, n'y étant pas astreints, n'auront pas prêté le serment civique et ceux qui, ayant prêté l'un ou l'autre, l'auront rétracté. Il leur est accordé vingt-quatre heures, après la promulgation du décret, pour se mettre en règle ou sortir du district ; trois jours pour sortir du département ; un mois, pour sortir du royaume ; avee obligation de prendre des passeports indiquant le lieu d'exil. Sinon, la gendarmerie conduira le fugitif de brigade en brigade. Dix ans de détention contre ceux qui rentreront.
26 août : Nouvelle publication du décret précédent avec aggravation : « Tous les ecclésiastiques non assermentés , séculiers , réguliers , prêtres, simples clercs minorés ou frères-lais, » y sont compris; avec ce tempérament en faveur des clercs et des frères-lais, « s'ils occasionnent des troubles par quelque acte extérieur. »
Cayenne est le lieu de déportation générale^ savf pour les infirmes et les-