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CHAPITRE XXIX. LA RÉVOLUTION, l' ÉGLISE CONSTITUTIONNELLE

vieillards, qui resteront provisoirement dans les maisons de détention, et avec eux les assermentés qui n'ont pas remis leurs lettres de prêtrise.

Plusieurs, de plus en plus effrayés, allèrent demander des passeports; mais l'exhibition les trahissait aux yeux de la populace. Les plus prudents s'entendaient avec un confrère réfugié à Jersey, qui envoyait un bateau les recueillir au bord de Ja mer en lieu et à heure de nuit convenus. Encore fallait* il éviter les chemins battus, les passages gardés, la maréchaussée, les gardes civiques, les colonnes mobiles, les bleus, les gabeloux, la rencontre des patriotes. Arrivé à la grève, un bateau très-ostensible côtoyait le rivage et se faisait suivre par les employés de la gabelle ; quand ils étaient loin, un bac imperceptible venait vous prendre.

81 avril i 793 : Tout prêtre rentré, après avoir été déporté, sera conduit en prison et mis à mort dans les vingt-quatre heures.

Tout prêtre dénoncé par vingt citoyens, sera déporté.

4 2 août et 1 7 septembre : Seront mis en état d'arrestation tous les gens suspects.

Seront réputés suspects, ceux qui ne pourront justifier de leurs moyens d'existence ou de l'acquit de leurs devoirs civiques, ou qui ne pourront présenter un certificat de civisme, et seront transférés dans des édifices nationaux désignés par les administrations départementales.

21 et 22 octobre : Ceux des ecclésiastiques déportés qui rentreront et ceux qui, sujets à déportation, seront appréhendés sur le territoire de la patrie, même conquis, seront livrés à l'exécuteur desjugements criminels dans les vingt-quatre heures. La déposition conforme de deux témoins suffira pour la condamnation.

Tout prêtre accusé d'incivisme est sujet à la mort par la guillotine. La même accusation soumet à la déportation les vieillards et les infirmes demeurés dans les lieux de détention.

Les ports désignés pour la déportation sont ceux de Rochefort, Lorient, Bordeaux et Nantes.

L'embarquement ne devait commencer que vers le milieu de mars 1 79i .

Il nous faut retourner de quelques pas en arrière , pour compléter cet exposé succint de la législation révolutionnaire à l'égard du clergé.

6 avril 1792 : Suppression par décret du costume ecclésiastique, du costume religieux itérativement et des congrégations.

Déjà beaucoup de propriétés ecclésiastiques avaient été vendues , et il était entré peu d'argent dans les caisses de FEtat : les acquéreurs lui donnaient en paiement ses assignats discrédités.

19 juillet : Décret de vente des propriétés ayant appartenu aux ci-devant abbayes, couvents, maisons religieuses et des palais épiscopaux; quelques municipalités réclamèrent les leurs , pour les employer à leurs propres usages; ce furent les plus sages. Déjà les gens mieux avisés disaient, on va trop loin^ cela ne durera pas.

1 0 août : La république est décrétée et la royauté abolie.

Le 18, nouveau décret de suppression des ordres religieux, des congrégations laïques de piété ou de charité, même des confréries de dévotion, et ordre de procéder sans délai à la vente de leurs biens.

Seulement les religieuses attachées aux hospices furent autorisées à y continuer leur service auprès des malades; mais en leur propre et privé nom, sans aucun costume ou marque qui pût rappeler leurs cinlevant vœux de religion.

Le décret du 26 août, qui devait enfin, croyait-on, débarrasser la France de la question religieuse, fut suivi d'une suprême, excesssive et brutale recherche des prêtres dans Paris. Les barrières restèrent fermées du 26 au 31 . La fouille fut générale. L'Abbaye , les Carmes , le Séminaire Saint-Firmin se remplirent jusqu'à entassement.

Dans le département de la Manche, chaque nouveau décret avait amené de nouvelles captures. Le château de Torigny, le séminaire des Eudistes, à Coutances, le château de Sainte-Marie-du-Mont , l'abbaye du Mont-Saint- Michel regorgeaient de nobles, de prêtres, de religieuses. Plusieurs prêtres se laissèrent surprendre à Paris, où ils avaient cherché un refuge.

Les détenus de Torigny et de Sainte-Marie-du-Mont étaient les moins à |)laindre. Ceux du Hont-Saint-Michel avaient quasi assez d*aliments, par le fait de la vie commune, où la part des vieillards et des infirmes vertissait au i)énéfice des plus jeunes; mais, du reste, ni linge, ni vêlements de rechange,

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ni livres , ni bréviaires. Ceux de Coutances étaient plus mal ; la place manquait. Une grande charrette allait et venait d'Avrancbes à Coutances en passant par Granville; elle prenait et laissait des détenus. Une seconde allait de Coutances à Paris, en passant parle Rocher-de-la-Liberté, c'est-à-dire Saint-Lo , et par Torigny ; le voyage durait quinze jours , aller et retour. Le roulier s'appelait Yimart, il était aubergiste à Coutances. Comme le convoi était mal gardé et souvent pas du tout, il arriva que quelques détenus plus alertes sautèrent de la charrette et gagnèrent les champs. Cela ne faisait pas le compte du roulier, qui n'était payé qu'après livraison et sur la présentation d'un reçu : il prit le parti d'attacher ses prisonniers les uns aux autres et à la charrette , et quelquefois les jambes par dessous.

Ceux qui furent conduits à Rochefort en vue de la déportation, devinrent les plus malheureux : un grand nombre y périrent par l'efTet des privations, du défaut d'air et de mouvement, de la vermine qui les rongeait et de la malpropreté des fonds de cale où on les entassait sous clef pour la nuit. On crut à une épidémie.

A Paris, on prit un moyen plus expéditif de se débarrasser de tant de monde : ce fut de massacrer en masse les détenus, les 2 et 3 septembre 1792 aux Carmes et à l'Abbaye; les 4 et 5 au Séminaire Saint- Firmin.

Un décret du 9 envoya à la Monnaie tout ce qui restait d'argenterie à l'usage des églises. Bientôt ce fut le tour des cloches, pour fondre des canons, dont on ne put faire usage ^^\ puis du plomb des toitures et des tombeaux, pour fondre des balles.

Le 21 septembre, l'Assemblée prononça définitivement l'abolition de la royauté et l'inauguration delà république. Ce jour concourant avec Téquinoxe, devint le jour initial d'un nouveau calendrier, et l'année prit le nom de première de la Liberté.

Le 23 octobre intervint un décret qui interdit sous peine de mort aux

(1) Preiqae tous cassaient, dod par la maavaise qualité de la matière, mais par le vioe de la foDte : on fondait des canons à réquisition , comme on charriait des cailloux» et on les coulait sur une tige.

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émigrés le retour sur le sol français ; ce décret ?isait les prêtes aussi bien que les nobles. Ainsi se préparait la redoutable année 4793. Dès lors et de longue date, il n'y avait plus de prêtres ostensibles.

Quelques-uns, mais en petit nombre, avaient cessé toutes fonctions et repris le costume et les travaux laïques ; ceux-là, on les laissa labourer tranquillement leurs champs, selon les lieux ; car les municipalités étaient souveraines. Un impie forcené, accosté de quatre ou cinq mauvais sujets, même repris de justice, faisait la police, jusque et compris le coup de fusil. Avoir tué un réfractaire, ou un aristocrate, autant d'ennemis de la patrie, était un acte méritoire, digne d'une mention élogieuse au district.

Les départements étaient divisés en districts, comme maintenant en souspréfectures.

En tout cas, les tués ne se plaignaient pas de la méprise , et les populations terrifiées subissaient la loi.

La remise des lettres de prêtrise fut réclamée par ces énergumènes, qui s'intitulaient d'eux-mêmes patriotes, à la plupart des prêtres devenus marchands ou laboureurs ; quelques-uns accomplirent cet acte d'apostasie» mais en petit nombre.

La multitude des prêtres fidèles habitait pendant le jour dans des cachettes, changeant de domicile deux ou trois fois la semaine et vaquant pendant la nuit à la célébration du saint sacrifice, au soin des malades, au baptême des petits enfants , à la confession et autres œuvres du saint ministère. Dans les plus petites paroisses, il y eut au moins deux ou trois asiles disposés à l'usage des prêtres cachés ; dans les grandes, à proportion. Les signaux, les mots de passe, les signes de reconnaissance, tout était convenu ; au vu, au su et au grand dépit des patriotes, des colonnes mobiles et des bleus, ainsi appelait-on les soldats de la république, qui multipliaient les visites, les surprises et trouvaient rarement celui qu'ils cherchaient. Des gens qui affectaient un grand patriotisme» et à ce titre remplissaient des fonctions municipales, n'en étaient pas moins pour les prêtres des amis dévoués et sûrs.

Il arriva plus d'une fois que Jean éclaira ceux qui le cherchaient, e\ les conduisit de la cave au grenier, pour faire la fouille ; plus d'une fois, que la

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