CHAPITRE XXIX. LA REVOLUTION, L EGLISE CONSTITUTIONNELLE
victime entrevue, presque appréhendée, glissa des mains qui croyaient 1» tenir, et s'entendit tirer de ces coups de feu dont la balle s'égare, parce que dans la précipitation le fusil a été mal épaulé.
Quelques-uns pourtant furent atteints, plusieurs appréhendés et massacrés surplace. Ainsi, Georges- Louis de Gouvets, chanoine de Rouffignj, caché dans la paroisse du Petit-Celland, fut tué en fuyant ; il est inhumé dans le ci-» metière du lieu. Ainsi, René Prevel, prêtre, des Biards, appréhendé pendant qu'il revenait de porter à un malade les derniers secours du saint ministère» fut massacré sur place avec des circonstances horribles.
Joseph-René Déloget, d'abord curé constitutionnel de Cormeray, puis ré* tracté et exerçant son ministère secrètement en cette paroisse, fut dénoncé» pris par les bleus à Saint- James, conduit dans le cimetière de cette paroisse et fusillé sans autre forme de procès.
Combien d'autres, dont la mémoire est perdue sur la terre, et dont Dieu a inscrit les noms au livre de viel
Le nombre des prêtres cachés daAs le département égalait presque, s'il ne le surpassait, le nombre des curés et des vicaires qui y exercent maintenant le saint ministère. Ainsi, il y en eut constamment deux au Yal-Saint-Père, François- Anne Legard la Fosse et René -Jean Thorel ; celui-ci finit par être pris, et emmené prisonnier au Mont-Saint-Michel. II y en eut jusqu'à la fin cinq à Saint-Jean-de-la-Haize, savoir : les PP. Hilarion et Cyrille, des capucins d'Avranches, les abbés Tivien, dit Petit-Jean, et Hulin, vicaire de Subligoy, ainsi qu'un prêtre de Domfront nommé Thomas de Brougiard. Le cri d'alarme était hâ, hâ, hâ, les cochons sont dans le courtil <*^ 1 à l'apparition d'une compagnie suspecte de gens armés, il retentissait , et se répétait de proche en proche par toute la paroisse. Il était rare alors que quelque bon patriote ne se trouvât sur la voie, pour inviter les braves défenseurs de la patrie à se rafraîchir de quelques verres de cidre, afin de donner le temps de disparaître à ceux qui y avaient intérêt.
Combien de portes dont les clefs étaient perdues, et qu'on ne put parvenir
(1) Dang le langage du pays, le courtil est le jardin légumier.
à forcer I Combien de coups de sabre donnés dans des tas de foin, od ils >^ firent parfois des blessures I
A Yessey, il y eut constamment quatre prêtres cachés dans la paroisse et souvent un cinquième; toujours deux à Saint-Nicolas-des-Bois, deux à Tirepied, et de même dans un grand nombre de paroisses; nous ne pouvons tout compter.
Les villes en recelaient un bien plus grand nombre : Torigny n'en eut. jamais moins de vingt , parfois vingt-cinq ; l'un d'eux, nommé Chenu, fut pris par les bleus et massacré dans le cimetière; Saint-Lo, douze, dont un, l'abbé Gosset, de Carantilly, vicaire de Notre-Dame, allait administrer ses malades au bras d'un gendarme ; Coutances, une douzaine ; Granville, plus de vingt ; Avrancbes, une dizaine, dont un, l'abbé Hamelin, vicaire général de l'évêque, et administrant le diocèse en son nom, fut caché durant cinq ans dans une maison de la rue du Pot-d*Etain.
Plus de vingt jeunes lévites déjà engagés dans les ordres, tant du diocèse de Coutances que de celui d* Avrancbes, allèrent, au plus fort de la tourmente» recevoir la prêtrise en Angleterre, ou à Paris de la main des évêques cachés. L'un d'eux, Constant Boudard, de Saint-Jean-de-la-Haize, la reçut en Angleterre au mois de septembre 1795, et revint avec les pouvoirs de vicaire général délégué dans le diocèse d' Avrancbes ; il parcourut dès lors le pays, et se réfugiait dans sa famille. Un second, l'abbé Dary, l'avait reçue précédemment à Paris ; il revint exercer le ministère à Mortain, et personne ne fut mieux accueilli et plus connu dans le pays que le citoyen François, excepté des chercheurs de prêtres. Ce vénérable ecclésiastique fut depuis curé de Romagny; il a contribué pour une grande part à la fondation du séminaire de l'Abbaye- Blanche et du couvent de Mortain.
Ces détails particuliers, placés ici comme indices de l'esprit général du pays, nous ont fait perdre de vue les traits principaux de l'histoire ; retournons donc de quelques pas en arrière.
Les anciens diocèses supprimés par la loi civile, de nouveaux diocèses créés par la même loi, la constitution civile du clergé votée et rendue exécutoire, rien n'était terminé ; tout commençait plutôt, puisqu'il fallait en venir à