‹ Histoire du diocèse de Coutances et AvranchesChapitre 7 sur 191 · CHAPITRE XXIV. SECONDE MOITIE DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV. SECONDE MOITIE DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE

12 décembre 4667, sacré le 19 février 4668, dans Téglise des Carmélites de Saint- Denis, fondée par sa famille; il fit son entrée à Coutances le 28 octobre suivant.

Ce prélat était un des champions les plus déclarés des doctrines gallicanes, il le fit bien voir en 1699 à l'assemblée de Gaillon, convoquée pour recevoir les bulles d'Innocent XII condamnant vingt-trois propositions du livre des Maximes de Fénelon, en faisant mettre au procès-verbal les deux réserves suivantes : 1^ que l'assemblée n'entend pas déroger au droit qu'ont les évêques déjuger en première instance des matières de la foi, et 2^ sauf les libertés de l'Eglise gallicane.

Il établit dans le diocèse une sévère régularité ; il était sévère lui-même, et, à ce titre, il fut beaucoup moins aimé que son prédécesseur, si plein de douceur et de mansuétude.

Les statuts qu'il publia en 1 676 réglèrent ainsi l'administration diocésaine : 1^ Un synode général le mercredi de la Quasimodo, auquel les prêtres sont convoqués en plus grand nombre possible , pour entendre les ordonnances et recommandations de la bouche de l'évêque. 2^ Une calende dans chaque doyenné, le plus tôt possible après le synode, dans laquelle chaque curé rendra compte de l'état de sa paroisse au spirituel et au temporel. La foi, les mœurs, les habitudes religieuses des paroissiens; l'entretien de l'église, les ressources et moyens; la maison curiale; les revenus et tout ce qui concerne le matériel du culte, tel était l'objet du compte-rendu. Le doyen, président de la calende et ayant, au besoin, droit de visite, prenait note de tout. 3^ Un synode des doyens le premier mercredi d'octobre, dans lequel ceux-ci agitaient entre eux les questions relatives à la vie et aux mœurs des pasteurs et des prêtres en général , la tenue des églises , l'état des chapelles particulières, et convenaient de ce qui devait être porté à la connaissance de l'évêque.

Les conférences ecclésiastiques n'existaient pas encore, mais le prélat se proposait de les établir et invitait, en attendant, les prêtres à se réunir d'eux* mêmes à jours fixes , par doyennés , pour traiter ensemble des matières religieuses.

14 atSTOIRE DU DIOCÈSE DE GOUTANGES ET AVRANCHKS.

Tandis que le culte catholique se réorganisait de la sorte, le protestantisme aux abois s'agitait d'autant plus que le nombre de ses adhérents diminuait chaque jour. Les minorités sont toujours bruyantes. Le temple de Saint-Lo fut démoli en vertu d'une ordonnance royale du mois de juin 1685, vu le petit nombre de ceux qui le fréquentaient. Et pourtant le nombre des protestants à Saint-Lo et dans les paroisses du ressort était encore considérable, plus grand que l'ordonnance ne le supposait. On le vit bien lors de la révocation de l'édit de Nantes, le 22 octobre suivant, par la multitude de soumissions qui se produisit dans tout le pays, pour échapper à la sentence d'exil.

Messire Michel le Manicier, lieutenant du bailli du Cotentin, nommé commissaire ad hoc, fut chargé de tenir registre des conversions qui lui seraient déclarées, et de délivrer des sauf-conduits pour l'étranger à ceux qui refuseraient de se convertir. Quelques-uns prirent des sauf-conduits pour les lies anglaises, un plus grand nombre firent leur déclaration, mais un plus grand nombre encore ne bougèrent pas.

Les actes de cette soumission forcée ne pouvant être considérés comme des actes de conversion, l'évéque résolut de donner une grande mission en la ville de Saint-Lo, afin d'affermir les catholiques et d'offrir aux néophytes l'occasion, la raison et les moyens d'un retour sincère et consciencieux à la foi de leurs ancêtres.

Il en fit lui-même l'ouverture le dimanche de la Trinité de l'année 1 686 et parut plusieurs fois en chaire pendant la mission ; il prononça le sermon de

clôture, qui fut admiré. Le prélat possédait un grand talent oratoire, aidé d'une voix puissante.

Son zèle produisit des fruits abondants ; le nombre des conversions causa même un embarras momentané, car il fallut offrir un asile et des ressources à un grand nombre de personnes qui se trouvèrent répudiées par leurs familles à cause de leur conversion. L'évéque y pourvut au moyen d'une association dite de l'Union chrétienne, qui s'occupa de procurer le travail et le pain nécessaires aux ouvriers. Déjà auparavant, dès 4662, une dame Polaillon avait fondé un asile de ce même nom, dit aussi des Nouvelles converties, en faveur des personnes du sexe qui voudraient embrasser la foi

Page 1