‹ Histoire du diocèse de Coutances et AvranchesChapitre 61 sur 191 · CHAPITRE XXIX. LA REVOLUTION, L EGLISE CONSTITUTIONNELLE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX. LA REVOLUTION, L EGLISE CONSTITUTIONNELLE

la pratique. Or, sur les cent trente-cinq prélats qui gouvernaient TEglise de France , quatre seulement firent défection ; tous les autres refusèrent le serment réclamé, et par conséquent l'acceptation des lois nouvelles : lois qui avaient été faites contre eux, sans eux, par. une autorité incompétente, sans l'aveu du pontife romain, à l'encontre de son autorité, et qu'il répudiait. L'Eglise catholiquese gouverne elle-même et ne peut, sans cesser d'être catholique, accepter une immixtion étrangère. Tout le monde cependant ne voyait pas encore bien clairement le schisme et la persécution au terme de ces innovations.

L'évêque d'Avrancbes , Pierre Godard de Belbeuf , qui devait se montrer si récalcitrant aux volontés de l'Assemblée nationale et qui plaçait son titre épiscopal au-dessus des atteintes du chef de l'Eglise, fit cependant à l'origine un faux pas de nature à égarer son troupeau dans la mauvaise voie.

Il concourut à la fédération commémorative de la prise de la Bastille, et y prêta solennellement le serment de fidélité, avec des réserves, sans doute ; mais en pareil cas l'importance de l'acte principal fait oublier la circonstance accessoire. Toutes les milices des pays d'Avranches et de Mortain y avaient envoyé des députations , les trois ordres , clergé , tiers et noblesse y étaient représentés , la magistrature également. Dès le matin , les clairons et les cloches , les tambours et les canons annonçaient dans un joyeux et charivarique concert la grande fête du jour. La foule se réunit immense, palpitante de curiosité.

Les milices citoyennes se concentrèrent sur la place Baudange autour d'un autel élevé à la patrie : réminiscence du paganisme ; acte idolfttrique, mais non intentionnel. Le corps municipal et le conseil général de la commune s'y transportèrent. De là le cortège se rendit à la cathédrale, où le clergé des paroisses de la ville et le chapitre, l'évêque en tête, l'attendaient.

Après le chant du Veni Creator, l'évêque pontifia, et après la messe, le cortège reprit le chemin de la place Baudange. Là, sur les degrés de l'autel de la patrie, où chacun devait monter à son tour, l'évêque prononça les paroles suivantes :

« C'est avec empressement, messieurs, que je m'uais à vous et à la France entière pour le grand acte de la fédération commune. Je serai fidèle au serment que je vais prononcer dans tonte l'étendue de la soumission qu'un sujet doit à la puissance souveraine; mais je dois vous déclarer, comme évêque, que l'honneur et la religion m'imposent la loi de ne point comprendre dans ce serment tout ce qui est du ressort de la puissance spirituelle, de cette puissance qui vient de Dieu, et qui sera éteracllement, comme lui, au-dessus du pouvoir des hommes.

» Dieu loul-puissanl, vous qui tenez dans vos maîos les cœurs et les pensées des nations et des souverains, faites que ce jour soit désormais aussi précieux que mémorahle dans les fastes de la paii, du bonheur et de la gloire de l'empire français. »

Il dit et prêta avec une pieuse exaltation le serment de fidélité à la nation, à la loi et au roi.

Trois énormilés inouïes depuis le commencement du monde. La nation, être nouveau et capricieui , débutait fort mal , et c'était se taire son serviteur ; la loi s'annonçait comme détestable ; il est vrai que les décrets que nous avons mentionnés n'étaient pas encore sanctionnés par le roi, mats ils ne pouvaient manquer de l'être et ils le furent. I! faut bien savoir que Louis \VI est mort sans rétractation, du moins publique, sous le poids de cette criminelle sanction et des censures qu'elle comportait. Le roi, c'était un serment abusif; car, de capitaine devenu timonier, il ne pouvait être l'objet d'un serment, n'étant plus l'arbitre absolu de ses actes.

Quoi qu'il en soit, un tel exemple ne pouvait manquer d'être funeste ; i! le fut ; car des registres étaient ouverts dans toutes les municipalités, sur lesquels chaque citoyen français était convié à aller consigner son adhésion. Beaucoup de prêtres j allèrent, suivant en cela l'exemple de l'évéque ; beaucoup aussi n'y allèrent pas, et dès lors il y eut une profonde division dans le sein du même clergé et un grand scandale pour le peuple, soumis & la double direction de patriotes par-ci, d'aristocrates par-là.

L'évéque eut bientêl lieu de voir et de se repentir. Il ne larda pas i partir pour l'exit ; mais avant , il adressa & son clergé, sous la date du mois de

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