CHAPITRE XXIX. LA REVOLUTION, l'ÉGLISE CONSTITUTIONNELLE
décembre 1790, une protestation énergique contre les décrets de rAssemblée nationale.
Quoique absents et ayant laissé des grands vicaires et d'autres prêtres munis de très-amples pouvoirs, afin de parer aux chances diverses des événements, les évoques d'Avranches et de Coutances continuèrent à gouverner leurs diocèses. Le recours à leur autorité n'était ni plus difficile ni moins prompt en Angleterre qu'à Paris.
Lorsque vint le moment de les remplacer par élection , l'administration civile, après avoir pris l'avis du gouvernement, proposa la candidature de François Bécherel , curé de Saint-Loup , qui s'était laissé élire aux étatsgénéraux en concurrence avec son évêque, ou plutôt en antagonisme ; car il avait gagné un procès contre le prélat sur une question de dlme, et ses confrères crurent devoir s'associer ainsi à sa cause. Après un tel début, on peut aller loin. Il accepta malgré les supplications de ses collègues d'Avranches et de Coutances.
François Bécherel, fils d'un riche fermier de Saint-Hilaire-du-Harcouet, était né le 8 mars 1732. Il tenait par sa mère aux meilleures familles du pays; notamment à la famille d'Estanger, de Mortain.
C'était un gros homme de bonne mine, de talent médiocre, ni savant, ni ignorant , qui n'avait jamais dû songer à être évêque et auquel personne n'aurait jamais songé.
Il fut élu le 22 février 1791 par deux cent quatre-vingt-deux suffrages, contre cent quarante-neuf donnée à Urbain-René de Hercé , évêque de Dol ^*'. C'était certainement une manœuvre du parti aristocratique ^*^ pour
(I) Ne flattons pas ces gens-là, ils écrivent : « monsieur Hcrcé, prêtre, ci-devant évêque de DoUes. <• (Prot'iïs-verbal du scrutin de ballottage.)
(S) Appelé à prêter serment devant la municipalité de Dol le il mars 1790, René de Hercé se posa avec une énergie apostolique en adversaire résolu du serment et de la constitution civile. Incarcéré, maltraité, outragé à Laval en i792, il accepta un passeport et se relira en Angleterre. Rien n*est d'un langage plus nel et d'une fermeté plus inébranlable que les instructions qu'il adressait de la terre d'exii à son clergé. Par un induit, le pape le nomma vicaire apostolique de la Bretagne.
Il prit part à Texpédition de Quiberon, fut fait prisonnier, conduit à Vannes avec beaucoup de ses compagnons et iusillé avec eux sur la place de la Garenne, après les avoir préparés à mourir chrétiennement.
liO HISTOIRE DU DIOCÈSE DE CODTANCES ET AVRAKCHBS.
faire échouer l'éleclion, et il est probable que le vaillant évéque de Dol n'en eut jamais coanaissance.
Il faut trois évoques pour en sacrer un ; or, ils étaient quatre jureurs '''. L'un d'eux, il est vrai, répondit agréablement : Je jure, mais je ne sacre pas. Restait toujours te nombre suffisant.
Il prit possession de son siège le 3 avril. La nouveauté, le zèle du parti révolutionnaire, tes agissements des agents du pouvoir y attirèrent une grande foule, surtout très-bruyante.
Coutances étant alors le chef-lieu du département, Béchere! j établit de toute nécessité son titre et son séjour. Voilà ce que messieurs d'Avranches avaient gagné à leur belle fédération; ils en furent atterrés d'abord, puis, réflexion faite, ils envoyèrent une députalion à l'Assemblée porter d'instantes réclamations : les députés ne rapportèrent que le reste de la somme qui leur avait été allouée pour le voyage '*'.
Les curés qui n'avaient pas prêté serment à la constitution civile du clergé et ceux qui l'avaient rétracté, étant réputés démissionnaires, il se trouvait beaucoup d'emplois h donner, et à pourvoir à beaucoup déplaces, qui n'étaient pas vacantes canoniqucment, qui ne l'étaient pas même elTectivement, car la plupart des curés et des vicaires étaient demeurés dans les presbytères; dans la paroisse, quand une municipalité trop démocratique les avait chassés du presbytère, et exerçaient leurs fonctions bon gré mal gré, mais toujours au gré du plus grand nombre des paroissiens. Il ne faudrait pas croire que ce fût la meilleure partie du clergé qui s'exile , ni la moins bonne : des appréciations personnelles en décidèrent; beaucoup d'expatriés revinrent. Ceux qui restèrent en exil, se targuaient du titre de confesseurs de la foi; ceux qui bravèrent la persécution furent des serviteurs plus utiles, et sans eux la France serait devenue schismatique. Ceux qui partent avant la bataille, deviennent des soldats inutiles. Nous les avons vus à leur retour;
(1) Loménie de Biienne, cardiDal-archevéqua de Sens; Do Jareote, ëvéque d'OrléuiB; de Sevinei, évfque de Virien, et Talleyrand de Périgord, évéqne d'Aulun. (3) FnlgeDce Girard, Jnnuairt tfAvranthtM, unée IS4>.