CHAPITRE XXX. LA PERSÉCUTION
Le tribunal de Coutances se composait des citoyens Loisel, président; Lemenuet^ accusateur public, et Michel, greffier. Lemenuet ajouta plus tard à son nom celui de la Juganière.
Le 20 avril, François Bécherel, ci-devant évêque^ Louis-Charles Bisson, ci- devant vicaire -.épiscopal, Louis- Gabriel le Monnier et Michel -Simon Desheules, ci*devant vicaires de la cathédrale, furent écroués à la maison d'arrêt.
Bécherel fut très-heureux de se voir tiré de ce mauvais pas le 1 4 septembre, par rintervenlion d'un sien neveu, qui était adjudant de place à Coutances. Il fut élargi nonobstant t absence des preuves de son civisme. Ces preuves auraient consisté dans la remise de ses lettres d'ordre ; or, il refusa avec une constance qui pourrait passer pour de l'héroïsme en une meilleure cause.
II faut noter toutefois que cette remise des lettres d'ordre ne consistait pas dans une tradition de la main à la main. La tradition devait être accompagnée d'on acte par lequel le traditeur reconnaissait avoir enseigné jusque-là sciemment des superstitions et des mensonges, en demandait pardon et s'obligeait à ne plus enseigner rien de pareil, à détruire même autant qu'il dépendrait de lui l'effet des vaines croyances qu'il avait abusivement propagées.
Le l*' juillet furent écrouées trois religieuses de la communauté de Carentan, Renée Caillemer, Marguerite - Elisabeth Morel des Frênes et Angélique le Galois ; Françoise Belval , domestique , Jacques le Clerc , jardinier, et Jeanne Saint, femme Charles Adam, de Carentan, pour avoir commis un vol au préjudice de la nation , en faisant disparaître de la sacristie de la chapelle du couvent les vases sacrés, afin de les soustraire à la profanation.
Le 27 juillet 1794 inaugura une favorable réaction par la chute de Robespierre , suivant l'expression vulgairement adoptée ; les prisons se rouvrirent, pour laisser sortir et rendre à la liberté celles des victimes politiques qui attendaient leur tour de monter sur l'échafaud, ou de partir pour la déportation.
Cependant il y eut encore quelques arrestations sous divers prétextes de
1K0 HISTOIRE DU DIOCiSB DE GOUTANGBS ET AVRAlfCHES.
personnes religieuses ou ecclésiastiques ; ainsi, le 27 septembre, Catherine Guillet, Catherine Bazire, Madeleine Guillet du Long-Pray, Françoise Ruelleau du Demaine, Elisabeth Hébert du Val, Marie Lavalley, Marguerite Hébert et Michelle Gauthier, ci-devant religieuses du Bon-Sauveur, furent acconduites en la maison d'arrêt deCoutances sous l'accusation de soustraction frauduleuse, au préjudice de la nation, de meubles et effets faisant partie du mobilier de là dite communauté. Deux mois plus tard, elles furent réinstallées dans la maison de détention du Rocher-d^-la-Liberté. Ainsi s'appelait la ville de Saint-Lo en style révolutionnaire.
Mais ce ne sont pas là les victimes les plus à plaindre, ou plutôt à glorifier ; il y eut nombre de martyrs : ainsi l'abbé de Brigeat de Lambert, chanoine, doyen du chapitre d'Avranches, vicaire général de l'évéque et officiai, né à Ligny, au diocèse de Toul, conduit à Ro.chefort en vue de la déportation, et mort en l'ile Madame , où il s'était fait l'infirmier de ses confrères atteints en si grand nombre de la contagion. Il en mourut lui-même un des derniers, âgé de soixante-dix ans, à la fin de l'été de l'année 1794.
Jean-Baptiste Corbet, de Carantilly, dit le P. Gratien, capucin de la maison de Forges-Ies-Eaux, envoyé à Rochefort le 18 mars 1794, mort à quarante* deux ans, le 16 juillet, sur le ponton les Deux- Associés ^ enterré à l'Ile d'Aix.
Joseph-Gilles Férey, né à Besneville, chapelain d'Anneville-sur-Seine , au diocèse de Rouen, envoyé à Rochefort le 13 mars 1794, mort sur les Dei(a?-i1«soctes le vingt-neuvième jour de ce terrible mois d'août qui fit tant de victimes, enterré à l'Ile Madame.
Pierre Duprey, natif du diocèse de Bayeux, maître d'école à Coutances, mourut à Rochefort , le 23 janvier 1793, sur le navire le Bonhomme-Richard.
Jean-François Vallée , né à Marchésieux en 1733, dit en religion frère Marin, conversdu couvent des Capucins de Rouen, mort à Rochefort, sur les Deux-Associés, le 27 juillet 1794, enterré à l'île d'Aix.
François Bourdet, né à Beaufrêbe, diocèse de Rouen, clerc du trésor de la paroisse Saint-Lo-de-Rouen, mort sûr les Deux- Associés^ le 6 août 1794, enterré à l'Ile d'Aix.
Pierre Benjamin Ferrand, natif de la paroisse Saint-Lo-de-Rouen , prètne