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CHAPITRE XXX. LA PERSECUTION

réfractaire, il ne Tétait pas, car la loi l'exceptait du serment à cause' de son Age. Conspirateur, Taccusation était absurde : sept prêtres détenus dans la prison de Saint-Lazare auraient conspiré contre la république et arrangé entre eux le rétablissement de la royauté. Ils payèrent de la vie une accusation pareille.

Pierre Hébert, curé de Courbevoie, né à Brainville, était du nombre de ces dangereux conspirateurs « contre Tunité et Tindivisibilité de la république. » « Ne pouvant, dit Taccusateur public, fonder Tesclavage des peuples que sur rimposture, le mensonge et les prestiges du fanatisme, il avait voulu rétablir le règne de la tyrannie et de la superstition, pour opprimer de nouveau le peuple sous le double joug du pouvoir et du mensonge. »

Pierre le Forestier, né au Mesnilbus en 1 755, chapelain de Thôtel-Dieu de Paris, fut condamné parle tribunal révolutionnaire le 25 septembre 1794, et exécuté le même jour sur la place de Grève.

Pierre Thomas, né au Mesnil-Rainfray le 3 mars 1729, chapelain de l'hôpital de Château-Gonthier, mis en réclusion à Laval, y fut décapité avec treize de ses confrères le 21 janvier 1794.

Pierre-François-Louis de Mons de Caranlilly, né à Carantilly en 1760, chanoine de Coutances, et Marie-Louis de Cussy, chanoine et archidiacre, né à Coutances en 1736, comparurent le 21 juillet 1794 devant le tribunal révolutionnaire séant à Paris, furent condamnés à mort comme ennemis du peuple, et emmenés de la salle du jugement au lieu de l'exécution.

Cinq eurent la têt0 tranchée dans le département de la Manche : Jean- François Pestel, François le Moine, Laurent le Bœuf, Gabriel Aumont et le P. Toulorge.

Jean-François Pestel, de la Beslière, curé jureur, secrètement rétracté, secrétaire de la mairie et exerçant ses fonctions ecclésiastiques en cachette, fut arrêté sur dénonciation, et guillotiné à Granville ^*^ le 26 avril 1794.

François le Moine, de Créances, et Laurent le Bœuf, de Montgardon, arrêtés

(1) Le représentant Lecarpenlier y avait institué une commission militaire, qui prononça irente-sept condamnations capitales, et en plus celle de Louis XVI, représenté par un mannequin.

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le 10 octobre 1793, furent décapitlés à Coutances le 23 octobre 1794. On lit cette froide notice à la suite de leur écrou : « Les nommés le Bœuf et le Moine ayant satisfait à la sentence contre eux prononcée au tribunal criminel, le concierge est valablement déchargé. Ce deuxième jour du deuxième mois de la deuxième année de la république. » Le Bœuf était vicaire de Yaudrimesnil, et le Moine, vicaire de Créances.

Il est pourtant deux autres victimes dont la mort fit une plus grande sensation et a laissé plus de souvenirs, l'abbé Gabriel Aumont, d'Àvranches, et le P. Toulorge, de Blanche-Lande.

Gabriel Aumont, né à Ducey, était chapelain de la cathédrale d'Avranches. Il fut surpris à Ponts au moment où il terminait l'administration du sacrement d'extrême-onction à une mourante, du nom de madame Guerin-Vaugrente, « étant encore nanti de la botte aux ci-devant Saintes-Huiles, » comme porte le procès-verbal. Il se défendit devant la cour avec plus de constance, d'obstination, peut-être, que de dignité, semblable à l'infortuné qui tombe au fond d'un abîme et s'accroche instinctivement aux moindres épaves comme à des moyens de salut ; mais en vain. Il fut condamné et exécuté le lendemain, 18 juin 1794.

Le P. Pierre -Adrien Toulorge montra beaucoup plus de dignité et de résolution, la dignité d'un martyr des premiers temps. Ce saint religieux avait été le missionnaire de la contrée. Les populations avaient pour lui le respect et la vénération qu'une parole fervente, un zèle mesuré, mais de tous les jours, et une vie irréprochable pouvaient mériter. Il avait tant d'iimis dévoués, que ce

n'était un embarras ni pour lui ni pour eux de trouver des asiles assurés pendant la persécution. Il continua donc d'exercer le saint ministère avec un dévouement sans bornes.

Puis enfin, cédant à la tentation d'imiter l'exemple de tant de bons prêtres qui avaient préféré la sécurité d'un exil sans bénéfice aux œuvres périlleuses de l'apostolat, il passa à Jersey, sans aller plus loin. Quinze jours de réflexions et de regrets le ramenèrent au milieu de ses fidèles amis ; il reprit le cours de ses œuvres.

Une femme de Neufmesnil le dénonça et le fit prendre.

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