‹ Histoire du diocèse de Coutances et AvranchesChapitre 8 sur 191 · GHAFITRE XXIV. SECONDE- MOITIÉ DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

GHAFITRE XXIV. SECONDE- MOITIÉ DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE

cattiolique et auxquelles la conversion créerait des embarras du côté de leur famille. C'est cette œuvre que Tévêque amplifia dans de grandes proportions. Plus le protestantisme diminuait en nombre , plus il devenait remuant ; tous ceux qui avaient fait acte de soumission après la révocation de Tédit de Nantes, n'étaient pas devenus catholiques, nous venons de le dire; plusieurs manifestaient leurs sentiments et leurs haines par des placards menaçants , affichés sur les places publiques ou aux murs des églises , quelquefois même à l'intérieur. On trouva celui-ci, en 1687, en différents quartiers de la ville de Saint-Lo.

Annus adhuc superest que Christ! sacra vigebit Relligio, nec erit papa, nec Ignatios :

Encore un an d'attente pour la religion du Christ, puis il n'y aura plus de pape ni de Jésuites. Vain espoir ; fausse prophétie. Il faut convenir que le gouvernement s'y prenait de façon à irriter, bien plus qu'à convertir : le temple de Saint-Lo n'avait pas été seul démoli par ordonnance, en 1685, ceux du Chefresne et de Gouey le furent pareillement ; celui de Sainte-Mère- Eglise l'avait été dès 1680. Les matériaux étaient attribués aux hôpitaux les plus voisins.

En même temps que les temples se démolissaient, les hospices rainés par les protestants se relevaient; ceux de Saint-Lo, de Valognes, de Cherbourg, de Saint-Sauveur-le-Vicomte durent de grands bienfaits à l'évéque et au zèle d'un P. Chaudran, jésuite, qui fut dans le diocèse la providence des pauvres.

Les aspirations chrétiennes s'élevaient en ce moment vers ce but : soulager les pauvres pour l'amour de Jésus-Christ. Charles-François de Loménie, s'inspirant de la pensée du fondateur de l'Hôtel-Dieu, fonda lui-même, à titre d'annexé à cette maison, un asile en faveur des nécessiteux de la ville de Coutances ; il fit construire des bâtiments pour les recevoir et une chapelle. U institua une confrérie de demoiselles qui s'engagèrent* à subvenir à leurs besoins, les unes s'appliquant à les servir dans Tasile, les autres allant recueillir des secours à domicile. Lorsque fut tombée la première ferveur de

16 HISTOIRE DU DIOCÈSE DE GOUTAIfCBS ET AVRAlfCHES.

rinstitudoD, les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul, vouées par vocation à la même œuvre, remplacèrent les demoiselles de charité.

Il y avait eu dans le diocèse un grand nombre de maladreries, qui toutes avaient rendu de bons services au temps de la lèpre. Plusieurs étaient totalement disparues, ne laissant qu'un nom et un souvenir ; quelques-unes, les mieux rentées en revenus ou en domaines, se trouvaient réunies à des monastères ; de beaucoup, il restait une chapelle en ruines. On en comptait encore qui avaient un chapelain titulaire, mais depuis longtemps sans malades, et presque toujours avec si peu de revenus, qu'il n'y trouvait pas la subsistance. L'Etat prit la mesure de réunir aux hospices ce qui restait. C'était la seule marche à suivre, on aurait dû s'en aviser plus tôt : personne n'y perdait rien, et les hospices y gagnaient quelque chose. Il fallut , bien entendu, une information et une ordonnance spéciale pour chacune, afin de ne léser aucuns droits. Les préliminaires furent assez longs. Enfin , un arrêt

du conseil du roi du 24 février 1 696 réunit à l'hôpital de Torigny les biens et rentes des maladreries de Torigny, de Condé-sur-Yire , de Sept-Vents, de la Ferrière-Hareng et de Tessy. Des arrêts du 6 juillet réunirent à THôtel- Dieu de Yalognes celles de Yalognes, de MontfarvillCy de la FoUiè et l'Hôtel- Dieu de Barfleur; à l'hospice de Saint-Lo, celles de Saint-Lo et de la Madeleine, au même lieu; à l'Hôtel-Dieu de Coutances, celle de Saint-Michel, au pied de la lande d'Orval.

Si le zèle de Charles-François de Loménie n'eut pas toute l'initiative dans ce genre d'œuvres de bienfaisance, il sut les encourager de sa parole et de son exemple. Nous avons signalé à Saint-Lo le charitable Jean du Bois. Dès 1639, les habitants de Cherbourg avaient entrepris le rétablissement à frais communs et au moyen de l'aumône de leur antique Hôtel-Dieu. L'œuvre ne fut ni trop longue ni trop difficile : la chapelle était achevée et fut dédiée en 1644.

La ville comptait dès lors parmi son clergé un de ces prêtres selon le cosar de Dieu qui ne vivent que pour accomplir des bonnes œuvres ou contribuer à leur accomplissement, Barthélemi Picqueray; le bienheureux Barthélemi, comme parle le peuple. Né à Cherbourg en 1609, il voulut demeurer avec ses

Page 1