DÉVASTATION DES MONUMENTS
lors de la réouverture du temple paroissial de Coulances pour les solennités patriotiques , il semble que le citoyen Bécherel commît Tinfamie d'y reparaître aux premières fêtes de la décade. Du moins le comité lui délivra ce certificat de civisme dans un rapport adressé aux représentants Bouret et Fremanger, à la date du 22 ventôse ^*^ an II, \2 mars 1794 : « Tévêque lui-même a donné Texemple de la soumission dans cette importante cérémonie. Il s'est montré dans nos fêtes patriotiques de manière à faire croire qu'il ne tenait plus aux mômeries ; nous lui devons cette justice. »
Est-il donc vrai qu'il mérita un tel éloge? Toutefois, s'il marcha à reculons jusqu'à la dernière limite^ il ne la franchit pas, puisqu'il se laissa mettre en prison, plutôt que de rendre ses lettres d'ordination.
Il faut aussi lui savoir gré d'avoir sauvé les reliques de la cathédrale, notamment celles des saints Marcoulf, Lo, Romphaire, Gaud , Justin, Basilide, Cyrin, Nabor et Nazaire, qui reposaient en une belle châsse d'argent, dont le comité jugea à propos de faire hommage à la patrie et qu'il envoya à la monnaie. Bécherel, aidé de quelques membres de son clergé, les recueillit avec
(1) Les mois révolutionnaires correspondaient aux mois vulgaires dans l'ordre suivant : 22 septembre, 1" vendémiaire — 22 octobre, l'' brumaire — 21 novembre, l" frimaire — 2! décembre, i" nivôse — 20 janvier» l" pluviôse — 19 février, 1* ventôse — 21 mars, f germinal — 20 avril, l** floréal — 20 mai, i*' prairial — 19 juin, l" messidor — 19 juillet l'* thermidor — 18 août, 1'' fructidor. Plus cinq jours complémentaires, dits aussi tansculotides ; six, dans les années bissextiles.
les précautions d'usage en pareil cas» les enferma dans un sac de soie verte et les envoya plus tard en lieu sûr dans une tille voisine. C'était le 30 jan* vier 1793. Il devait les rendre au culte en grande pompe et avec solennité le 26 juillet 4795, en un moment de calme, convenablement replacées dans des châsses de bois doré, qui avaient appartenu à l'église Saint-Pierre.
La cathédrale fermée, le chevet changé en écurie ^*^ et grenier à foin, le chœur en un entrepôt de grains, et le transept en un temple de la raison ^'^ avec un haut théâtre dans un des bras, surmonté d'une statue de sainte Marthe, transformée en déesse de la liberté et accostée de deux piques coiffées de bonnets rouges, devant laquelle, personne, même les chrétiens et surtout les chrétiennes, ne manquait de faire la révérence, les églises Pierre et Nicolas semblablement fermées et remplies de paille et de foin ^*\ la religion n'était pas abolie pour cela : les femmes de la ville, et même plusieurs citoyens, allaient à la messe dans les églises des paroisses d'alentour. Irrités de cette persistance delà superstition, tant eUe est vivace, et alarmés pour le ^alut de la patrie, les membres du comité révolutionnaire en écrivirent au gouvernement, qui ordonna la fermeture des dites églises.
Les églises fermées, restèrent les granges, certains champs écartés et ombragés de grands arbres, où l'on dressait des autels quand il faisait beau ; il ne manquait ni de prêtres, ni de missels, ni de calices d'étain, ni de pierres sacrées enveloppées et cousues dans des sacs de toile. Des vedettes placées convenablement auraient averti l'assemblée; des surveillants tournaient à
(i) Les chevaux de l'état-major de Tarmëe de Sepher y passèrent la nuit.
(2) Les trois travées du bas de la nef, à partir des clochers, étaient isolées, parce que la voûte menaçait ruine. Le dimanche de la Quinquagésime 1790,1a cathédrale fut foudroyée pendant la grand'messe au moment du Pater. Une poutre de la toiture fut perforée ; la voûte lézardée, llne flamme bleue courut le long du fil de la sonnette de l'orgue et fondit quelques tuyaux. Le prêtre resta seul à Tautel et acheva seul la messe. Une femme perdit la vie, écrasée sous les pieds de la foule.
Les choses restèrent en Tétat jusqu'en 1805,' qu'un maître maçon, du nom de Doublet* refit la voûte lézardée à la sollicitation des habitants, et la fit bien puisqu'elle dure.
En 1853, la voûte du bas-côté du nord fut lézardée par un tremblement de terre. La secousse fit dévier de son axe le maitre-autel.
(3^ L'église Saint-Pierre fut changée en un grenier à foin ; l'église Saint-Nicolas devint une écurie.