CHAPITRE XXXI. DÉVASTATION DRS MONUMENTS
lèles, qui avaient cru devoir mettre les choses saintes en Ueu de sûreté, soit par effet de vol et de pillage, soit par des municipalités révolutionnaires, qui firent vendre à Tencan la chaire, les bancs, les autels, les confessionnaux. Il y eut des fonts baptismaux achetés pour servir d'auges à des pourceaux. Les cloches furent descendues et durent être transportées aux chefs-lieux des districts. Le plus grand nombre y furent en effet transportées; mais quelques maires, mieux avisés, réclamèrent la conservation de la principale, là oti il y en avait plusieurs, pour la célébration des fêtes patriotiques; d'autres s'excusèrent sur le mauvais état des chemins ou sur Tabsence des moyens de transport, tous les chevaux de la localité ayant été requis pour le service de larmée.
Il fut transporté à la fonderie de canons établie à Saint -Lo dans les bâtiments de l'ancienne communauté du Bon - Sauveur , mille neuf cent quatre-vingt-cinq cloches, dont cent cinquante-neuf du district du Rocher-dela-Liberté, cent quatre-vingt-dix-huit du district de Coutances, cent quatrevingt-quatorze du district de Valognes, cent quatre-vingt-trois du district de Carentan, cent du district de Cherbourg, cent cinquante-quatre du district d'Âvranches, quarante du district de Mortain; plus neuf cent cinquante-sept de diverses provenances, dont cinquante-sept d*Alençon, sept cent soixante de Caen, quarante de Falaise, quarante-cinq de Fresnay-sur-Sarthe , huit d'Argentan, quarante-sept de Domfront.
Non-seulement les cloches, mais aussi les meubles , les ornements en cuivre, Tétain, le bronze, tout ce qui pouvait se jeter à la fonte et se transformer en canons, tout était de bonne prise. Un membre de la société populaire ayant fait observer à ses collègues « qu'il existait dans la ci-devant abbaye de Cérisy un tombeau de cuivre qui pouvait procurer à la Nation deux à trois cents livres de cuivre et environ cent livres de fer, » il en fut référé au district, et le district manda & la municipalité de le transporter à Saint-Lo ainsi que la grille de fer qui se trouvait entre le chœur et la nef de la même église.
Aussi, le compte que nous suivons mentionne, outre les cloches, quarantecinq mille trois cent vingt-six livres de cuivre et vieux canons, seize mille
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huit cent trente-une livres de fer , quatorze mille sept cent quatre-vingt-huit livres de métal , mille trente-quatre livres de fer et métal , cinq cent trenteune livres de plomb et étain ^^K
Le 30 nivôse an II, le représentant Bouret (des Basses-Âlpes), en mission à Cherbourg , donna Tordre de dévaster Téglise. Le premier jour suffit à peine à une foule furieuse pour le bris du linge, des ornements sacerdotaux, des autels, des statues, des orgues et du mobilier. Le lendemain, le marteau des maçons mutila les ornements qui ne pouvaient s'enlever sans la destruction des murailles. Il en fut de même par ordre dans tous les Lieux à l'égard des armoiries des seigneurs. Tout ce qui pouvait rappeler l'ancien régime, écussons, fleurs de lis, titres nobiliaires fut gratté ou piqué avec un soin minutieux jusque sur les tombeaux.
A plus forte raison, la croix ne pouvait trouver grâce : celles des carrefours et des cimetières furent abaUucs, brûlées quand elles étaient de bois ; rompues en plusieurs bouts, quand elles étaient de pierre.
On vit des ouvriers monter sur les toits des églises et casser à coups de marteau les petites croix qui surmontaient les pignons; parfois spontanément, le plus souvent par ordre des municipalités et à prix d'argent. Il en coûta quatre-vingts livres dix sous, plus le prix d'une lime de une livre douze sous pour l'abattage de celles de rhôlel-Dieu, des chapelles des Augustines, de la Mission, des Capucins et de l'église Saint-Nicolas, à Coutances. La besogne demanda quarante-six journées de main-d'œuvre et fut faite sous la direction d'un couvreur du 4 au 29 mars 1794, en conformité d'un arrêté du représentant Jean-Bon Saint-André à la date du 2 frimaire an II.
Il s'accomplit à cette occasion une multitude de punitions divines, qui fortifièrent les bons dans la foi et firent grincer les dents aux méchants, sans les convertir. Chaque contrée fut témoin de plusieurs, suivant que l'impiété s'y porta à de plus nombreux excès. Tous ces signes furent très-remarques ; il sembla que Dieu punissait l'insulte plus encore que la profanation. Un second
li) Voy. Ephrcm Uouêl, Le Bon-Sauveur de Saint Lo, br. io-S*, 1876. Saiot-Lo.