CHAPITRE XXXI. DÉVASTATIOIf DES MOrfUMElfTS
Lactance • aurait pu recueillir la matière d'un autre livré sur la mort funeste des persécuteurs ^*\
Pendant cet intervalle si long et si rempli de douleurs et d'épreuves, Ange- François de Talaru réunissait autour de lui ceux des prêtres les plus pauvres et les plus nécessiteux de son clergé qui partageaient son exil ; il les assistait de ses dons, jusqu'à se priver parfois lui-même du nécessaire. Il mourut à Londres le 20 mars 4798, à l'âge de soixante-douze ans, après trente-trois ans d'épiscopat et six ans d'exil. Il fut inhumé dans le cimetière de Saint-Pancrace, et les prêtres du diocèse firent poser sur sa sépulture un monument destiné à perpétuer le souvenir de leur pieux attachement et de leur exil commun ^*\
La nouvelle n'en vint à Coutances que le 12 juin,' à cause de la guerre qui existait alors entre l'Angleterre et la France et qui rendait les communications difficiles. La missive était adressée à l'un des grands vicaires les plus actifs et les plus dévoués de Tévêque défunt, l'abbé Létard, curé d'Azeville ; une indiscrétion en fit connaître le contenu à Coutances.
Il y avait encore en cette ville sept chanoines ajant fait partie de l'ancien chapitre, insermentés, ignorés d'un certain public, mais en relations les uns avec les autres; ils se concertèrent et procédèrent le 16, selon les formes canoniques à l'élection de deux vicaires capitulaires pour l'administration du diocèse. L'abbé Létard, informé le dernier, s'adressa au cardinal de la Rochefoucault, métropolitain, résidant à Munster, pour obtenir la continuation de ses pouvoirs, ce qui lui fut accordé , et ce qui était de tout point illégal, puisqu'on l'état, le gouvernement du diocèse n'était pas dévolu au métropolitain, comme il le croyait. La cause fut portée au tribunal du Souverain-Pon-
(1) Nous ne pouvons donnek' les détails, parce que ce serait rappeler d'amers souvenirs dans beaucoup de familles.
(i) Hic jacet révérend issi mus D. D. Angélus cfo ToXatu de Chalmaxelf épiscopus Constantiensis in Norman nia.
Hune pro fi de exulem Anglia suscepit bénigne fbvit et securo atque in pace mori et requicaccre donavit.
Obiit 20 à die martis anno 1798 œtatis suâe 72 episcopatus 33 exilii 6.
^Spiritu magno vidit ultima et consolalus est lugentes).
• (Eccli XLViii, 27.)
fCJerus Gonstaotiensis coexulans posuit.) Ce moDument n'existe plus.
166 HISTOIRS DU DIOCftSE DE GOUTANGBS BT AVRANGHES.
tife, qui jugea en faYeur du métropolitain ; mais la sentence était subreptice, parce que le principal considérant reposait sur un faux énoncé, savoir que les chanoines électeurs étaient frappés d'incapacité vu leur serment : or, ils n'en avaient point prêté.
Le curé d'Azeville lança plusieurs mandements dans le même sens. Le P. Thomas Bosvy, eudiste, réfugié en Angleterre, y répondit par une lettre pleine de sens et de doctrine, dans laquelle il lui démontrait que ses prétentions étaient de tout point mal fondées, et qu'ainsi il ne lui appartenait pas d'exercer les fonctions de grand vicaire.
Ce triste conflit de juridiction durait encore, lorsque le Concordat vint mettre un terme aux contestations.
Après la chute de Robespierre, il y eut des alternatives d'audace de la part des deux clergés tant assermenté qu'insermenté, et des alternatives de tolérance et de répression de la part du gouvernement, qui, parfois semblait ne rien voir, et parfois s'en tenir à la lettre des plus mauvaises lois. Les prêtres reparaissaient ou rentraient dans leurs cachettes selon les moments. Dans les lieux oit il existait plusieurs églises, le clergé insermenté en avait au moins une; dans ceux où il n'y avait qu'une église, on s'arrangeait de façon à se succéder les uns aux autres* Les premiers quittes remportaient leur mobilier, pour faire place. Triste temps, triste mobilier I Des églises, il ne restait plus que les quatre murs ; le mobilier consistait en une table servant d'autel, quelques nappes et deux ou quatre chandeliers faits d'une cheville enfoncée dans un billot ; ce que les catholiques appelaient, quand il s'agissait de leurs adversaires, des maillets pour ficher la vache à Colas ^^K Ils avaient peut-être tort, car leur mobilier à eux-mêmes n'était pas plus riche. La vache à Colas, c'est l'hérésie, du nom d'un des sept premiers diacres, qui fut aussi le premier des hérésiarques. Il y avait contestation, par là même ferveur, et les offices étaient passablement suivis, même de la part des constitutionnels. Dans les relations de la vie civile on se supportait, quoique sans se rechercher.
(1) Hcher une vache, c'est ficher dans an champ le pieu auquel elle est attachée.