CHAPITRE nXI. DÉVASTATION DBS M0IIUMB1IT
Dès le commencement de l'année 1 795 , l'église constitutionnelle essaya de se ressusciter et de reprendre sa suprématie. Une lettre encyclique, signée du trop fameux Grégoire, de Gratien, archevêque de la Seine^Inférieure ; Desbois, évéque de la Somme ; Saurine, évéque des Landes ; Roger, évéqut de l'Ain, datée du 45 mars 1795, adressée à tous les membres du clergé constitutionnel, les appelait à reprendre leur œuvre interrompue. François Bécherel, éoSque de Coukinces, ainsi eut-il l'audace de signer, y adhéra le second. Une deuxième encyclique, du 43 décembre de la même année, ne porte pas son adhésion, mais ce n'était pas repentance. L'essai ne réussit pas ; il fallut se recacher encore.
Dans le moment d'un second calme, ils reparurent et eurent même l'outrecuidance d'indiquer un concik natwnaL L'assemblée s^ouvrit le 1 5 août 1 797, en l'église Notre-Dame de Paris ; il y sista trente-un évêques constitutionnels, cinquante-deux prêtres députés des diocèses et onze prêtres députés des presbytères : ils appelaient de ce nom la réunion des douze prêtres qui formaient en temps ordinaire le conseil obligé de l'évêque, et en temps de vacance du siège, le gouvernement du diocèse. François Bécherel se rendit accompagné de Pierre le Grand, son vicaire général, député du diocèse, à ce pseudo-concile. Il y prêta les mains au sacre du citoyen Asselin, élu évéque du Pas-de-Calais, la cérémonie eut lieu le dix-septième dimanche après la Pen« tecôte, et célébra la messe de clôture le 45 novembre. Pendant l'office, le citoyen la Combe, curé de Saint-Paul de Bordeaux, lut la lettre adressée au pape par la SaifUe-Âssemblee^ pour lui faire part de la clôture des travaux. Les impudents 1
De retour, François Bécherel reprit l'exercice de ses fonctions. Il officia dans la cathédrale au mois de janvier 4798, monta en chaire et s'efforça de faire comprendre à ses paroissiens, en y mêlant force affirmations de ses sentiments patriotiques, que la statue de la liberté qui trônait toujours sur le théâtre, et qu'il n'avait pas eu le crédit de faire enlever, n'était ni une déesse, ni une idole ; c'est bien ce qu'il avait de mieux à dire : il faut savoir s'arranger aux circonstances.
L'évêque de la Manche eut la satisfaction de voir monter deux de ses
468 UISTOIRB DU DlOCfcSB DE GOUTANGES ET AYRANCHES.
grands Ticaires sur le siège du Calvados; Hnchemin^ caré de PérierSt et Bisson, curé de Saint-Louet ; l'autre Bisson, grand vicaire, se maria et fit tige de postérité.
Julien-Jean-Baptiste Duchemin, né à Tinchebray, promu à la cure de Saint-Michel-de-Graignes en vertu de ses grades, puis à celle de Périers par Ange-François de Talaru, vicaire épiscopal de Bécherel et supérieur du séminaire, élu en 4797 au siège du Calvados, reçut l'institution canonique du dit Bécherel le 29 décembre, pendant la vacance du siège métropolitain. Il vécut encore deux mois et mourut. Il mourut au comble du désespoir de ne pouvoir se confesser à un prêtre catholique ^'^ ; son entourage y mit obstacle.
Louis-Charles Bisson, né à Geffosses le 40 octobre 4742, curé de Saint- Louet-sur-rOzon, premier vicaire épiscopal de Bécherel, élu évêque constitutionnel du Calvados en 1798, souscrivit à la démission qui lui fut demandée en 4802 par le premier consul, après la signature du Concordat. Il eut l'audace de continuer ses fonctions jusqu'à l'arrivée de l'èvÔque catholique et se retira ensuite, comme Achille, sous sa tente. Il dit la messe dans ses appartements, sans reparaître en public, jusqu'en 1820, qu'il mourut, à Bayeux, où il n'avait cessé de résider. On ne saurait dire s'il se rétracta ; mais il n'entretint de liaisons qu'avec d'anciens constitutionnels comme lui ; le curé de la cathédrale lui fit un office sans pompe^ et quelques vieux libéraux, ainsi qu'on parlait dans ce temps-là, lui érigèrent, par souscription, un très-modeste monument.
Il faut expliquer le sens des mots qui eurent une acception de circonstance : on qualifiait de libéral, en j820, le parti de la révolution, alors humble et doux, mais républicain en politique, athée en religion ou tout au plus voltairien.
Bécherel tint un premier synode les 6, 7 et 8 août 4799. Il y fut décidé que le mariage est valide indépendamment de la présence du prêtre, et de la sorte la prescription du concile de Trente est renvoyée au pays des chimères; que le mariage entre parents du second degré, et du premier au second ne
(i) NoD enim invenit pœnitentiee locum , quanquam cum lacrymis inquisisset eam. (Hebr. XII* 17.)