CHAPITRE XXXI. DÉVASTATION DES MONUMENTS
législation, en envoyant le texte aux municipalités, les avertissait qu'il n'y avait plus de différences ni de classes, parce que la constitution civile du clergé ne pouvait plus être considérée comme une loi.
Mais l'Assemblée, bientôt alarmée et provoquée d'ailleurs par les réclamations itératives des jureurs, décida que les lois précédentes n'étaient pas révoquées et que les prêtres émigrés ou censés tels, déportés ou condamnés à la déportation subiraient les peines qui y sont édictées, s'ils venaient à être pris sur le territoire de la République. Il fallut donc disparaître une seconde fois ou payer d'audace, en s'exposant au martyre.
Les assermentés eux-mêmes furent soumis à des rigueurs sans pareilles le 29 septembre suivant : il ne leur fut plus permis de célébrer leur culte dans les édifices à ce destinés, sans avoir, au préalable, signé une formule de soumission et obéissance aux lois de la République, sans observations ni restrictions. Si publiquement, à moins qu'en présence d'un agent de police, chargé de tenir procès-verbal. Si en particulier, en présenc^e de plus de dix personnes.
Vingt mille prclres détenus dans les prisons, furent rendus à la liberté en vertu d'un décret du 4 décembre 1796 ; mais leur ministère demeura asservi à d'innombrables vexations.
Lorsque le Corps Législatif eut été renouvelé dans un tiers de ses membres en mai 1797, il parut un éclair de liberté plus grande. Ce ne fut que pour un moment , car le Directoire reprit les plus mauvaises traditions de la Convention, et la paix ne fut enfin rendue à l'Eglise que par l'avènement de Napoléon au pouvoir.
Lorsque les habitants de la Corse levèrent l'étendard de la révolte contre les Génois, ils ne s'attendaient pas à voir leur île passer sous la domination de la France par suite des événements que la guerre ferait naître. Lorsque Louis XYI accepta la cession de l'île consentie par les Génois , il n'entendait pas se ménager un successeur , qui ramasserait dans le sang et la boue le sceptre de la France. Lorsque l'Assemblée nationale réunit la Corse par un décret le 30 novembre 1789, elle ne songeait pas davantage à se donner un maître. Dieu seul voyait l'avenir et le préparait. L'homme s'agite et Dieu le
172 HISTOIRE DU DIOCÈSE fE COUTANCES ET AVRAItCHES.
mène, a dit le grand évêque de Meaax ; jamais la justesse de cette parole ne fut plus évidente que dans la circonstance. Nul autre en France n'aurait osé entreprendre de rétablir la religion catholique par un acte personnel et spontané ; nul autre n'aurait su mener l'entreprise à terme et lui assurer on avenir durable.
Beaucoup d'écrivains se sont demandé si le premier consul agissait sous l'impulsion d'une conviction religieuse, ou si dès lors il ne songeait pas à se préparer un trdne. Nous croj^ons au sentiment religieux, puisé dès l'enfance au sein d'une pairie éminemment cbrélicnne, et au besoin de remettre l'ordre dans une société si profondément troublée. Mais qu'importent les arrières motifs? Napoléon fut le salut de la France et de la religion, il faut lui en savoir gré.