CHAPITRE XXXII. LE NOUVEAU DIOCÈSE DE GOUTANCES
Thémînes, ancien évêque de Blois, qui leva résolument le drapeau de la révolte, en déclarant que le pape avait failli, que TEglise concordataire était schismatique, et qu'il fallait s'éloigner d'une pareille chaire de pestilence. Ses idées étaient déjà passablement dérangées, car il avait, tout des premiers, fait la remise de son siège entre les mains du pape. On le vit mieux encore, lorsqu'il écrivit en 1820 à Louis XVIII « qu'étant resté seul fidèle entre tous les évêques de France, il était obligé de prendre le titre et le caractère de métropolitain de l'Eglise de Paris, pour éclairer le troupeau que la Providence lui confiait, et le roi lui-même, dont le salut était à sa charge. »
Les préférences politiques étaient pour plus de moitié dans ces résistances : le pape ne pouvait, disait-on, négocier avec un gouvernement illégitime; et du moment qu'il négociait, il consacrait l'usurpation et dépouillait ainsi la Maison de France d'un droit inaliénable. Les maximes gallicanes venaient par surcroît apporter à cette thèse un appoint important. L'évêque de Blois les proclamait « non plus gallicanes, mais évangéliques, célestes et l'héritage que le Père commun a laissé à tous ses enfants. » Or, suivant ces maximes, le pape n'était que le frère aîné des évêques, le premier entre ses égaux : seul, il pouvait se tromper ; il n'aurait donc pas dû conclure un arrangement sans les consulter, et la convention était nulle en droit. En fait, il s'était trompé; les réclamants le lui disaient sur tous les tona. Il aurait fallu exiger le retour du roi ou l'attendre, et rétablir l'ancien ordre de choses.
Beaucoup de prêtres parmi les exilés abondaient dans ce sens, s'agitaient, écrivaient, en remontraient même aux évêques, préférant l'exil à un retour auquel il n'y avait plus d'obstacles. Ce qui ne les empêchait pas de venir sur le continent, visiter leurs familles, distribuer leurs écrits, discuter, troubler les âmes, maudire le pape et Bonaparte.
Ces manœuvres ne manquèrent pas de produire un effet déplorable , principalement parmi les familles les plus religieuses, celles qui s'étaient montrées les plus ferventes et les plus dévouées pendant les mauvais jours. Un grand nombre, après avoir applaudi au rétablissement du culte chrétien, se séparèrent et recommencèrelit à tenir des conventicules comme au temps de la persécution, sous la conduite de quelques rares ministres, qui, dans
d'autres conditions, n'auraient nullement eu leur confiance. On appela ces nouveaux sectaires du nom de bétournés, bflniéristes, la petite église, ou diversement suivant les lieux et du nom plus général d'anticoncordataires. La secte s'éteint faute de ministres, les derniers survivants se rattachent aux évéques jansénistes de la Hollande.
Le premier évêque présenté par Bonaparte à l'agrément du Souverain- Pontife se nommait Claude-Louis Rousseau. Ce prélat était né à Paris, en 1736, de parents négociants, riches et honorés. Doué d'un grand talent oratoire, il prêcha le Carême à la cour en 1774 et reçut en récompense un titre de chanoine de Chartres et la petite abbaye de Lyre. Il émigra des premiers, renoua ses Haisons avec les princes en Angleterre et prononça devant eux et devant une nombreuse réunion d'amis fidèles le panégyrique de Louis XVI et de Marie-Antoinette.
Rentré en France en 1799, il se lia d'amitié avec le ministre Portails, qui le fit connaître au premier consul.
Le nouveau diocèse était formé du diocèse d'Avranches en entier, moins la petite paroisse de Bois-Benâtre, de quarante-cinq paroisses du diocèse de Bayeux, du diocèse de Coutances, moins trente-cinq paroisses réunies au diocèse de Bayeux, et les deux enclaves de Saint-Lo et de Saint-Jean-sur- Renelle, réunies au diocèse de Rouen ^^\
Il n'appartient qu'à l'histoire générale d'absoudre le premier consul des inculpations contradictoires et haineuses que lui attira le grand acte de la restauration du culte catholique sous l'égide de la loi. Nous voulons dire seulement qu'il se plaça résolument entre Cyrus, agent inconscient des desseins de Dieu, quand il termina la captivité, et Constantin, invité par une vision céleste à clore l'ère du vieux paganisme.
Tel qu'il était, le Concordat ne satisferait pas les aspirations des catho-
(I) ParoÎMes réunies au diocèse de Bayeux : le doyenné du Val-de^Vire, formé de dix-huit paroisses, et dix-sept du doyenné de Montbray.
Paroisses réunies au diocèse de Ck>uUnces : les cantons de Saint-Clair et de Torigny, plus Beuyrigny, Domjean, Fourneaux, la Chapelle-Heuzebrocq , Saint- Louet-sur-Vire« la Barre-de- Scmilly, la Luzerne» Rampan, Sainte-Suzanne-sur-Vire et les cinq enclaves du Cotentin, savoir : Sainte-Mère-Eglise, Lieusaint, NeuviUe, VierviUe et Chef-du-Pont.