‹ Histoire du diocèse de Coutances et AvranchesChapitre 79 sur 191 · CHAPJTRK XXXII. LB NOUVEAU DIOCÈSE DE COUTANCES · texte numérisé non relu

CHAPJTRK XXXII. LB NOUVEAU DIOCÈSE DE COUTANCES

liques, qui avaient conservé bon souvenir de l'état religieux sous l'ancienne monarchie ; mais tel qu il était, il serait fort difficile de le faire accepter au parti dominant, qui croyait toujours avoir brisé tout lien d'attache avec une religion quelconque, et au parti janséniste , si puissant dans les premières assemblées, et qui rejetait Rome à l'arrière plan. Tel quel, ce fut un acte d'audace ; mais le jeune consul connaissait ses forces et s'était posé l'audace pour règle de conduite.

La convention fut tenue secrète jusqu'à l'acceptation parle Corps Législatif; or, il refusa. Il fallut le dissoudre et en convoquer un second. Celui-ci accepta après des discussions acerbes et pleines de dépit : le consul tranchait déjà du dictateur. Enfin il fut permis de la promulguer le 27 germinal an X. (5 avril 1802.)

Bernier, curé de Saint-Laud-d' Angers, docteur en théologie, plus janséniste que gallican, ami du premier consul , un des plénipotentiaires qui avaient rédigé la convention , fut chargé d'y ajouter des articles dits organiques, en vue de l'organisation du culte sous la protection de l'Etat ; mais il les rédigea de façon à donner à celui-ci une immixtion et une prépondérance contraires aux plus saintes lois de l'Eglise. Le pape protesta en vain.

Telles sont les difficultés généijÛes que le nouvel évêque aurait à surmonter, et il y en avait de locales, tout aussi difficiles, plus épineuses peut-être ; - or, il était impérieux et, par tempérament, impatient de toute contradiction.

D'églises il ne restait que les murs ; de propriétés et de revenus ecclésiastiques, que le souvenir ; c'était le point le moins embarrassant. L'affaire capitale consistait à réunir en un seul clergé et à faire marcher d'accord trois clergés peu sympathiques, dont un était en butte au mépris des deux autres. Le clergé constitutionnel devait avoir une part proportionnelle dans la nouvelle distribution des emplois ; telle était la volonté du gouvernement.

Le clergé de l'émigration rentrait avec des prétentions qu'il ne croyait pas de faveur, mais de justice ; ses membres s'attribuaient individuellement le titre de confesseur de la foi. Ils l'avaient confessée en évitant le danger du martyre; ils revenaient au nombre de quatre cents. Le clergé militant, qui avait

fourni les martyrs, subi remprisonnement, la persécution , la torture , la rie des travestissements, des cachettes, des dangers de toute sorte, qui avaient chaque mois, chaque semaine, éclairci ses rangs, attendait dans la patience, sans rien demander, et presque désabusé de l'espoir de quelque stabilité dans le nouvel ordre de choses.

Le clergé de l'émigration ne s'était jamais bien rendu compte sur la terre étrangère de ce qui se passait en France, et de l'état des esprits. Il parut à Londres, en 1800, un livre.de quatre cents pages, souscrit du nom du docteur Vasse, professeur de théologie en l'université de Caen, curé de ***, intitulé : La conduite à tenir par le cierge' fidèle dans les principaux points du ministère qu'il aura à exercer lors de sa rmtrée en France, qui montre que les soi-disant confesseurs de la foi s'attendaient, deux ans avant la promulgation du Concordat, à rentrer en France comme chez eux, et à discuter du moins les conditions, si non à les poser. L'auteur parle encore « de ceux qui se sont emparés de nos titres )> et les traite comme il se proposait de le faire, et comme ils l'avaient mérité.

D'autre part, le clergé militant accusait les prêtres émigrés de lâcheté, et les comparait aux pasteurs mercenaires qui, loin de donner leur vie pour le troupeau, s'enfuient à l'approche du loup. Cette appréciation était partagée par le clergé italien et par le clergé espagnol, et le blâme prit une telle universalité et une telle importance, que le clergé émigré se trouva obligé de justifier sa conduite par un écrit apologétique, fondé sur cinq raisons^ qui parut en Espagne, sous l'anonyme ^*\ dès <793.

Quoi qu'il en soit de la légitimité de motifs que nous n'avons pas à discuter ici, le clergé émigré fut une ressource providentielle pour le nouveau diocèse, dans l'organisation duquel les constitutionnels devaient reprendre le plus grand nombre des emplois, et les auraient repris presque tous, tant les rangs du clergé militant étaient éclaircis; que seraient devenues les populations sous la direction exclusive de tels pasteurs, dont les trois quarts n'étaient retractés que par supposition et de convention ? Le clergé demeuré fidèle à la

(1) Voy. l'abbé Guillon, Les martyrs de la foi, tom. I, à la fin, n** 25.

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