‹ Histoire du diocèse de Coutances et AvranchesChapitre 80 sur 191 · CHAPITRE XXXH. LE NOUVEAU DIOCÈSE DE CÔUTANGES · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXH. LE NOUVEAU DIOCÈSE DE CÔUTANGES

foi, toujours honorable, et en effet très-honoré, devint un contre-poids, un exemplaire, une autorité.

Plus de monastères, plus de collégiales, plus de prébendes ni de bénéfices, plus ou pas encore de chapitres, des desservants amovibles et encore sans traitement en place des curés ; plus de dîmes, ni d'aumônes, ni de propriétés, des édifices délabrés rendus quant à Tusage seulement. Cet état déplut à beaucoup de prêtres émigrés, qui ne rentrèrent pas ; plusieurs de ceux qui étaient rentrés, s'en retournèrent. L'altier grand chantre, Jacques-Louis d'Hauchemail, fut du nombre '-^K Ils ne pardonnaient pas h Pie VU d'avoir fait abandon des biens d'Eglise vendus révolutionnairement : ils ne comprenaient pas que le premier consul n'était pas responsable de la vente et qu'il ne lui aurait pas été^ possible de les faire restituer. Ils parlaient et agissaient comme si le pape avait dicté les conditions, au lieu de les recevoir. En lisant le mot de serment dans le Concordat, leur conscience se révoltait, le mot était devenu si odieux I C'était pourtant la. formule qui avait été en usage à l'égard des rois de France; mais celui-ci n'était pas un roi, c'était un aventurier, un étranger, un fils de la Révolution.

On ne saurait dire si l'esprit de la partie virile de la population était plus généralement mauvais; mais la portion active, remuante, celle qui s'impose, tout ce qui avait participé aux événements accomplis, était toujours détestable.

Les populations du Mortainais et de l'Avrancbin, généralement meilleures que celles du Cotentin, avaient été aussi plus favorisées. L'administration révolutionnaire siégeait à Coutances, et il y avait rivalité, presque antipathie, entre les deux diocèses. L'évêque intrus était sorti du milieu d'elles, et si nul n'est prophète en son pays, celui-là, que rien ne rendait recommandable, devait y jouir d'un crédit d'autant moindre. L'évêque légitime n'avait cessé de veiller sur elles et de les diriger par ses émissaires. Elles n'avaient pas eu à subir la déplorable scission qui divisa le clergé fidèle du diocèse de Coutances après la mort de l'évêque. Elles étaient meilleures ; mais elles n'auraient pas voulu être réunies à Coutances.

(1) Il mourut à Londres le 9 janvier iai6.

§ IL — LES ÉVÉQUES.

Claude-Louis Rousseau recul la consécration épiscopale à Paris, le 25 avril 4802, et vintpresque aussitôt prendre la direction du nouveau diocèse. Tout était à créer; or, il ne lui était pas loisible de suivre ses propres inspirations, parce que le gouvernement exigeait que les constitutionnels eussent leur part dans ses choix et recommandait même certains candidats. Après avoir pourvu au plus pressé et nommé aux charges les plus importantes, il réunit, dès le 26 juillet, les nouveaux titulaires, afin de leur donner des règles et de leur tracer la ligne de conduite qu'ils devaient tenir. L'allocution fut d'une fermeté remarquable. Il prononça en s'inclinant le nom de Monseigneur de Talaru, déplora la destruction des ordres religieux, les ruines entassées par la Révolu* tion, parla des prêtres ci-devant comtitutionnels de façon à leur faire comprendre qu'il ne s'agissait pas d'un compromis entre deux ordres d'idées, mais d'une abjuration d'égarements funestes et d'un retour complet à la foi catholique. Il ajouta qu'il les croyait sincères, et déclara qu'il n'admettrait aux fonctions du saint ministère aucuiyle ^eux qui avaient renié leur caractère sacerdotal ou manqué aux engagements de la vie cléricale, de quelque condition qu'ils fussent ou de quelque protection qu'ils se couvrissent. Il exhorta ensuite ses auditeurs à l'oubli dupasse, au pardon, à la concorde et au zèle dans l'accomplissement de leur œuvre, désormais commune.

Ce discours fut vivement applaudi. Il plut par sa fermeté et sa franchise, fut imprimé et répandu dans le diocèse.

Le palais épiscopal était en un état sufBsant d'entretien, ayant servi d'hôtel municipal et ensuite d'hôtel de la préfecture. La résidence du préfet fut alors transférée à Saint-Lo. Mais la cathédrale ! de tout le mobilier, il ne restait qufe le maltre-autel. On apporta les fonts baptismaux de l'église Saint-Pierre la chaire et les stalles de la chapelle des Augustines de l'hôtel-Dieu, et on alla

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