CHAPITRE XXXII. LE NOUVEAU DIOCÈSE DE GOUTANCES. 18t
chercher à grands frais Torgue de Tabbaye de Savigny et son colossal buffet ^*K Quelques bancelles fornaèrent le complément.
L'évêque d'Avranches avait pris, nous Tavons dit, un soin vigilant de son troupeau durant la tourmente révolutionnaire ; rien de ce qui concernait son Eglise ne lui était demeuré étranger. Il avait donne à plusieurs ecclésiastique» des pouvoirs de vicaires généraux, à charge de se concerter entre eux dans la mesure du possible ; il avait accordé et fait publier dans le diocèse des pouvoirs ordinaires en faveur des prêtres qui étaient venus d'ailleurs y chercher un asile, en tant quils gardaient la foi catholique.
Lorsque vint la nomination de Téveque du nouveau diocèse conformément au Concordat, ne se regardant nullement comme dépouillé, il adressa au titulaire des pouvoirs de vicaire général et nomma Tabbé Gabriel Abraham^ de Milly, suppléant de $on conseil, pour faire les choix et les présentations aux cures et aux autres emplois du diocèse d'Avranches. L'évêque de Coutances^ loin de paraître froissé de cette mesure, y vit une ressource, un moyen de paix et de conciliation ; il donna des pouvoirs de vicaire général au mppléant, se laissa guider par ses conseils, et s'en trouva bien; de môme les populations et le clergé du diocèse d'Avranches. La réunion était faite ; le temps seul pouvait opérer la fusion.
Un décret, en date du 7 pluviôse an XI (27 janvier 1804), partagea le nouveau diocèse en quarante-huit cures, avec un certain nombre de succursales ressortissant à chacune. Les plus petites des anciennes paroisses furent annexées à une paroisse voisine, et ainsi supprimées. C'est-à-dire que l'administration ecclésiastique fut rendue conforme à l'administration civile du département, divisé en cantons et communes. Les curés des chefs-lieux de canton furent considérés comme les seuls véritables curés ; ils signèrent euxmêmes : Curé du canton de ; les desservants des succursales, placés à un
rang inférieur et subordonné, sans pourtant être considérés comme vicaires, demeurèrent amovibles.
(1) Il serait temps de remplacer enfin cette chétive cuve baptismale et cet affreux buffet d*orgues» si peu en rapport avec le style du monument et qui masque une beUe fenêtre de pignon surmontée d'une gloire non moins belle.
182 HISTOIRE DU DI0CÈ8E DR COUTAFfCES ET AVRANGUES.
Le décret institua deux classes et attribua quinze cents francs de traitement aux curés de la première classe, et mille francs à ceux de la seconde ; il n'y eut rien encore pour les desservants des succursales ; un décret du 23 décembre 1 805 accorda un traitement de cinq cents francs à quatre cent neuf d'entre eux, ce qui constitua une reconnaissance légale de la paroisse. Un décret du 28 août 1 808 en érigea quatre-vingt-quatre nouvelles ; depuis lors chaque année a vu la résurrection de plusieurs, et maintenant il en reste au plus vingt-quatre qui attendent, dont quelques-unes se sont suicidées, en démolissant leur église ou en la laissant choir.
Les succursales étaient choses inconnues dans le pays ^*\ aussi le peuple continua-t-îl d'appeler du nom de curés les prêtres chargés de les desservir, tandis qu*à Tévéché on disait succursaires^ et dans le langage officiel de TEtat, des succursalistes et des desservants.
La religion reprit sa marche, mais une marche pénible et difficile. La génération révolutionnaire, impie, haineuse, n'était ni convertie, ni découragée ; elle voyait ces restaurations du plus mauvais œil. Ceux qui avaient les mains pleines des biens de l'Eglise, se tenaient pour menacés dans leurs intérêts, nonobstant l'abandon que le pape en avait fait. Ceux qui avaient souillé leurs mains dans le sang, se sentaient sous le poids d'une accusation que la dévotion publique renouvelait sans cesse. Ils se tenaient à l'écart ; le jubilé de 1805 fit des merveilles, ils n'y prirent nulle part; la division était profonde; l'avenir, assombri d'incertitudes.
L'avènement du premier consul à Tempire, le 2 mai 1804, apporta un grand soulagement à ces anxiétés, en annonçant à tous la fixité et la durée du nouvel ordre de choses. Nous voulons dire l'ordre religieux.
La situation de l'évêque était rendue de jour en jour plus difficile par les tracasseries de l'administration civile. Le comte de Montalivet, préfet du département de la Manche, s'opposait trop souvent & ses desseins. Trois ou quatre choix détestables lui furent imposés. Or, il était, nous l'avons dit, impétueux dans ses volontés, sauf à déplorer sa vivacité le moment d'après.
(1) Il y avait des succursales dans les diocèses de Cambray, Agen, Condom, Saiates, etc.