CHAPITRE XXXJI. LE NOUVEAU DIOCÈSE DE COUTANCES
Il avait recours à son ami, le ministre Porlalis, ce qui le forçait de passer autant de temps à Paris qu'à Coutances, où il se plaisait peu d'ailleurs.
Le i^ ventôse an XII, le préfet institua des conseils de fabrique dans chaque église. Vingt-sept jours plus tard, Tévôque adressa de Paris à ses curés et succursaires un règlement, approuvé du premier consul et contresigné parle ministre, instituant d'autres fabriques en concurrence. Il y avait en effet lieu à division; car, si les biens rendus à l'usage du culte appartenaient toujours à l'Etat, celui-ci devait être chargé de la surveillance et de l'entretien. Mais les aumônes, les dons et legs, le produit des quêtes et de la location des bancs, le casuel ne pouvaient passer sous le contrôle de l'administration civile, puisqu'elle ne se chargeait pas de la solde des serviteurs de l'église ni des fournitures nécessaires à la célébration des saints offices.
L'administration paroissiale devait marcher au milieu de ces tiraillements jusqu'à la promulgation du décret constitutif de 1809.
Par un arrêté du 2 juin 1803, concerté entre Tévêque et le préfet, le son de la cloche redevint autorisé , pour convoquer les fidèles au service divin.
Un règlement du 4 septembre de la môme année soumit les succursaires à la visite des curés. Une addition à ce règlement remit en vigueur'les anciens statuts du diocèse ; sauf en ce qui concerne l'habit ecclésiastique, dont le port demeurait toujours proscrit par la loi en dehors de la célébration des cérémonies religieuses.
Un décret du 3 février 1804 rétablit le chapitre ainsi qu'il suit : huit chanoines, à la présentation de l'évoque et à la nomination du gouvernement, et diï-huit chanoines honoraires au choix de l'évêque. Le même décret accorda à l'évêque deux vicaires généraux, à sa présentation et à la nomination du gouvernement.
Une ordonnance épiscopale du 19 du môme mois fixa le tarif des oblations pour les messes, les mariages et les inhumations.
C'est ainsi et par ces gradations que le culte divin se rétablit, que Tordre se fit et que les habitudes chrétiennes reparurent et se développèrent en sécurité.
Cette immixtion perpétuelle de l'Etat dans les affaires du culte catholique
484 HISTOIRE DU DIOCESE DE GOUTANCES ET AVRANCHEo.
peut paraître étrange, abusive même, à des Eglises qui sont placées en des conditions diSerentes; elle fut gênante plus d'une fois; mais ici elle était de justice et de nécessité : de justice; car, si TEtat accorde des subventions en place des propriétés enlevées, encore faut-il que ceux qui les acceptent ne soient pas ses adversaires, et ensuite qu'il leur donne un titre à les réclamer. Et telle est la raison de la clause de personnes agréées par le gouvernement, gubernio acceptas, que Pie VII laissa insérer dans le Concordat. Ensuite le culte catholique aurait-il pu se rétablir et accomplir son œuvre, en l'absence de toute protection légale? Le laisser faire aurait été moins favorable à la religion qu'à ses adversaires.
A part les regrets et les préférences politiques de beaucoup de personnes. Napoléon fut l'homme de l'Eglise. Nous ne disons pas qu'il le fut complètement, il ne tarda même pas à mériter les plus graves reproches ; mais, en attendant, il était l'espoir des chrétiens, il avait l'amour des évêques, dont beaucoup le proclamaient un second Constantin. Celui de Coutances, en particulier, l'aimait d'iin amour si admiratif, qu'il ne pouvait prononcer le nom du Grand-Napoléon, sans qu'une larme ne vint furtivement mouiller sa paupière.
Ses contestations avec le comte de Montalivet ne lui permirent pas de s'attacher à Coutances. Il demanda un changement, fut transféré au siège d'Orléans le 22 mars 1807, et mourut d'apoplexie à Blois le 7 octobre 1810, à l'âge de soixante-quinze ans, dans le cours d*une tournée pastorale.
Le gouvernement nomma en son remplacement l'abbé Pierre Dupont- Poursat, vicaire général d'AngouIéme, son diocèse natal. Le nouveau prélat était né à Chabanais, le 3 juin 1761. Après avoir fait sa licence, comme on disait alors, au séminaire des Trente-Trois avec une grande distinction, il remplit les fonctions de directeur du séminaire Saint-Louis en 1791 et 1792. La Révolution le força de quitter ce poste, et il se retira à la maison paternelle, où il vécut sans être inquiété, vu la protection de ses frères, les généraux Dupont, qui s'illustraient à la tête des armées de la République.
11 fut préconisé à Rome le 5 août, et sacré à Paris le 6 janvier 1808.
Si le diocèse était reconstitué au point de vue matériel, il restait à créer