CHAPITRE XXXII. LE NOUVEAU DIOCÈSE DE COUTANGES
les institutions nécessaires pour y perpétuer la foi et y faire refleurir la religion, œuvre laborieuse, qui devait demander un zèle persévérant, de la prudence, de la patience, des sacrifices : or, Tévèque qui entrait en charge était heureusement doué de ces qualités : il était patient, persévérant, prudent , d'une grande piété , sufSsamment riche pour s'imposer des sacrifices, et au besoin demander le concours de sa famille. Aussi, quand Dieu le rappela de ce monde après vingt-sept années d'épiscopat, il laissa le diocèse en un état de prospérité que nul autre ne surpassait en France.
De nouvelles maisons religieuses se fondèrent sous sa paternelle et sage administration, par ses conseils, avec son aide; de nouveaux instituts religieux, appropriés aux besoins nouveaux. Il créa plusieurs petits-séminaires, un séminaire diocésain, une société de Missionnaires diocésains. Il publia un corps de statuts, un catéchisme, un cérémonial, un nouveau bréviaire , en vue d'établir l'unité de rite dans un diocèse composé ^'éléments divers.
Il rétablit les conférences ecclésiastiques, les retraites ecclésiastiques
annuelles.
Il donna, en 1821, à la ville épiscopale une mission, dont il fit lui-même l'ouverture par un discours éloquent , et elle produisit des résultats merveilleux, non-seulement à Coutances, mais dans tout le diocèse ; parce que beaucoup de localités importantes réclamèrent aussi le bénéfice d'une mission, et que ce fut l'occasion de fonder la société des Missionnaires diocésains, qui ont depuis lors multiplié leurs travaux.
En parlant dunouveau bréviaire, nous racontons seulement, et ne pouvons donner d'éloges qu'à l'intention qui le fit entreprendre. Les éditions précédentes des bréviaires de Coutances et d'Avranches n'étaient déjà plus régulières ; car, si le concile de Trente avait autorisé les diocèses qui suivaient des liturgies vieilles de deux siècles à les conserver, il n'en avait pas autorisé la transformation.
Le pieux évéque, qui consentit, ses conseillers, le vénérable abbé Mauger,
supérieur du séminaire, qui exécuta, se plaçaient au point de vue des libertés
de r Eglise Gallicane et faisaient prétention de la bulle Quod a Nobis de saint T. H. a'j
Pie Y, qui annule à Tavance de telles œuvres. C'était oser beaucoup trop. Les libertés de l'Eglise Gallicane, tolérées jadis de la part de Rome dans la crainte d'un plus grand mal, n'avaient jamais été qu'un titre coloré et ne pouvaient plus être invoquées alors.
Le Concordat, en « annulant, supprimant et éteignant à perpétuité tout l'état présent des Eglises archiépiscopales et épiscopales de France, » avait -il laissé debout les prétendues libertés? Il est vrai que Bernier les avait inscrites à nouveau dans les articles organiques; mais les évéques pouvaient-ils se faire des articles organiques une arme théologique? Nous exposons nos doutes ; nous ne saurions blâmer : on suivait à Coutances un exemple donné dans presque tous les diocèses de France.
Le moyen de créer l'unité dans une Eglise qui pratiquait les trois liturgies de Coutances, de Bayeux et d'Avranches, aurait été d'en revenir à la liturgie romaine.
La prospérité du diocèse croissait en même temps sur tous les points et sous tous les rapports : l'administration des fabriques se formait à la comptabilité et faisait rentrer les biens et les rentes non aliénés ; les églises paroissiales refaisaient leur mobilier, de même la cathédrale, le culte retrouvait sa décence. Il était devenu possible de remplacer les calices d'étain par des calices d'argent, au moins quant à la coupe, les ostensoirs de fer-blanc par des ostensoirs de cuivre argenté.
Des petits-séminaires se fondaient à Sottevast, à Coutances, à Mortain. Un grand-séminaire avait été fondé h Avranches par les soins de quelques ecclésiastiques ; l'évêque le fit venir à Coutances ; la ville mit provisoirement un hôtel à sa disposition ; mais, dès 1818, un séminaire définitif était en construction sur l'emplacement du couvent des Dominicains, en conservant l'ancienne chapelle. En 1830, le nombre des prêtres était supérieur aux besoins ; heureusement, car la révolution de juillet causa un grand ralentissement dans les études.
L'excellent évêque ne se contentait pas de provoquer et d'encourager les fondations et les bonnes œuvres, il y contribuait par des aumônes en rapport avec leur importance. Les missionnaires diocésains lui coûtèrent environ