CHAPITRE XXXII. LE NOUVEAU DIOCÈSE DE GOUTANGES
soixante-dix mille francs ; le grand-séminaire , à peu près seize mille ; les petits^séminaires de Mortain, de Sottevast et de Coutances, nne cinquantaine de mille. On a connu ces chiffres par des notes trouvées après sa mort; mais nul ne saurait dire ce que lui coûtèrent les Trappistes de Bricquebec, la mission qu'il donna à la ville épiscopale et tant d'autres œuvres et fondations pieuses sur divers points du diocèse. On a calculé que ses libéralités dépassèrent la somme de trois cent mille francs, sans parler des aumônes quotidiennes ^*K
Sa vie intime était simple et frugale ; pendant le carême, il se primait de vin et de tabac. Il se levait régulièrement à quatre heures et interrompait souvent son sommeil, pour aller passer de longs moments dans sa chapelle pendant le silence des nuits.
Le bon et pieux prélat cessa de vivre le 17 septembre 1835 à l'âge de soixante-quinze ans. Il repose dans le chœur de la cathédrale sous un tombeau de marbre.
Le gouvernement lui désigna pour successeur Louis-Jean-Julien Robiou de laTréhonnais, curé de Saint-Etienne de Rennes, ancien professeur au séminaire de la même ville, né à Combourg, diocèse de Saint-Malo, le 7 janvier 1784.
Nommé le 6 octobre 1835, le nouvel évêque de Coutaoces fut préconisé le 1" février 1836 et sacré le 6 mars à Paris dans la chapelle des Carmélites de Vaugirard. Il prit possession de son siège le 27 du même mois.
Prélat docte et pieux, d'opinions gallicanes très-avancées , beaucoup plus en théorie que dans la pratique, ses débuts furent pénibles au clergé, et le peuple même raccueillit peu favorablement, à cause d'une certaine rudesse de forme et de langage qui lui était naturelle ; mais on devait beaucoup gagner à se connaître mutuellement.
Il accomplit un grand niombre d'œuvres dans le diocèse, et le diocèse lui prêta un concours qui ne se démentit pas. Les congrégations des Sœurs de la Miséricorde et dés Sœurs du Sacré-
(l) Voy. la Notice de M. Cottret, évêque de Carysle in partibut, chanoine de Saint-Denis, grand vicaire honoraire de Cktutances.
188 HISTOIRE DU DIOGÈSB DE COUTANGES ET AVRANGHBS.
Cœar lui durent leurs accroissements, les Frères de Montebourg, leur fondation ; il favorisa la fondation du Bon-Sauveur de Pont-l'Abbé et des Sœurs de la Charité de Cherbourg.
Depuis la translation du petit-séminaire de Sottevast à Coutances, puis h Muneville-sur-Mer, le nord du diocèse était resté veuf de toute école ecclésiastique. L'évêque songea à le transférer de nouveau, mais d*une manière définitive, à Périers, où il serait plus à proximité de la presqu'île, et y fit jeter, dans ce but, au moyen des souscriptions du clergé, les fondations d'un vaste établissement. Peine inutile et argent perdu, car la ville de Saint-Lo, qui faisait construire en même temps un fort beau collège, s'alarma d'un pareil voisinage et lui en offrit la direction ; les édifices commencés à Périers demeurèrent inachevés. Le petit-séminaire, transféré à Saint-Lo en 1851, y a acquis un très-grand degré de prospérité.
Le même prélat fit restituer à l'évéché une portion considérable des anciennes dépendances, affectées à l'usage de cour d'assises, dans laquelle il établit les bureaux et les archives diocésaines.
Il avait obtenu de l'Etat la reconstruction du grand-séminaire, devenu insuffisant et dont quelques parties menaçaient déjà ruine. Mais, par suite des* lenteurs de l'administration civile, ce serait son sucesseur sur le siège de Coutances qui en poserait la première pierre, le jour même de son installation. Non, toutefois, sans avoir fait modifier d'une manière malheureuse un plan qui était splendide, et pour l'exécution duquel les fonds étaient accordés.
Les soins d'un ordre purement matériel n'occupèrent pas seuls les journées de ce laborieux évéque : il rédigea et fit adopter par l'Etat un tarif des oblations, afin d'établir l'uniformité des usages dans tout le diocèse, de créer des droits légaux aux prêtres employés dans le ministère paroissial, et de procurer des ressources aux fabriques. La publication de l'arrêté causa de grands troubles en beaucoup de lieux, à cause précisément des abus invétérés auxquels il fallut renoncer; mais enfin le droit triompha, au préjudice de la popularité de l'évoque.
Il acheva l'œuvre commencée par son prédécesseur, en retouchant tous les livres de la liturgie, pour^ les ramener à la conformité avec le nouveau