CHAPITRE XXXII. LE NOUVEAU DIOCÈSE DE COUTANCES. SOI
nommées Marie- Louise Le Breton, Michelle-Pélagie Binel et Françoise- Perrine Houelleu , sollicitaient l'autorisation de vivre en commun et de donner Tinstruction aux petites filles. Ce sont les Trinitaires de Saint-James. En 1808 elles acquirent Tancien prieuré de Bénédictins, d'une contenance de cent ares.
En même temps encore se fondait au milieu des contradictions une autre œuvre nouvelle, riche d'un bien plus grand avenir; soit que ce bel avenir fût la cause ou qu'il soit la récompense des premières épreuves ^'^ : nous voulons parler de l'institut des Ecoles chrétiennes de la Miséricorde.
Les petites et les grandes écoles étaient supprimées depuis longtemps ; il n'y avait plus d'asiles pour abriter les journées oisives de l'enfance; petites filles et petits garçons divaguaient sans surveillance par les rues des villes.
Une pieuse fille de Barfleur, nommée Julie Postel, née en 1756, et qui savait lire et écrire, car l'ancien régime avait du moins cela de bon, qu'il multipliait jusque dans les hameaux les moyens d'instruction pour l'enfance, ouvrit dès 1802 une école à Cherbourg, afin d'arracher le plus possible d'enfants au vagabondage. Le nombre des écolières s'étant accru dans de grandes proportions, la maltresse eut besoin d'une aide, puis de plusieurs pour la tenue de l'école et les soins du ménage. Les pieuses filles prirent un costume quasi religieux; elles adoptèrent pour l'instruction les méthodes et pour la vie commune les règles des Frères du bienheureux de la Salle.
C'est ce qui les perdit. Comment souffrir dans la ville de Cherbourg la renaissance et le spectacle de pareilles superstitions, ignobles souvenirs d'un passé désormais aboli pour l'honneur de l'humanité et la sauvegarde de la liberté T Les administrateurs les expulsèrent. La petite colonie devait transporter ainsi et pour la même cause deux ou trois fois encore ses pénates de lieu en lieu jusqu'en 1815. Mais elle croissait à mesure.
Le couvent des Àugustines de Carentan avait été transformé en caserne. Les religieuses, dont le nombre était déjà très-réduit, se réunirent en 1810,
(1) Quia acceptus erat Dto, neceste fuit ut tentatio probaret te. (Tob. xii, 13.) T. II 26
une partie à Carentan, dans une maison de la rue des Prêtres; une partie à Yalognes, dans une maison de la rue de Poterie.
Les Augustiues hospitalières de Barenton rentraient à la même époque dans leur ancienne demeure, et reprenaient leur œuvre interrompue auprès des malades, mais à titre de domestiques aux gages de la municipalité ; plus tard, la municipalité leur en loua une portion, pour y ouvrir un pensionnat ^*^
Celles de Coutances reprirent d'office leurs fonctions en 1815 au nombre de onze, en vertu d'un décret du 24 août. L'évêque les réinstalla solennellement sous la clôture le 26 août de l'année suivante.
Les Bénédictines de Yalognes se rétablirent en 1820 dans l'ancien local des Cordeliers.
Une communauté d'Ursulines établie à Parig, où elle ne trouvait que des contradictions, avait acheté celui des Capucins d'Avranches, et était venue s'y fixer.
Elle envoya en 1819 une colonie fonder un nouveau couvent à Mortain.
Il fallait une vocation bien prononcée, ou plutôt une impulsion divine bien puissante, car les religieuses arrivaient au nombre de six, sans pain, sans argent, sans vêtements de rechange, dans une grande maison sans meubles, louée à leur intention, le loyer restant à leurs charges. Or, l'arrivée étant imprévue, il fallut quêter du pain pour le souper et des matelas pour le coucher; non pas elles, mais des personnes charitables du voisinage. La spéculation consistait à tenir gratuitement l'école aux petites filles de la ville, afin de leur apprendre à être pieuses, dociles, vertueuses et de mœurs irréprochables. Ce métier, elles le font depuis cinquante-sept ans, et Dieu le bénit.
Nous citons cet exemple, non à cause de sa singularité ; mais plutôt parce que c'est, avec des variantes, Thistoire de la fondation de presque tous les établissements religieux.
A la même époque, quelques-unes des anciennes religieuses de la congré-
(I) Cet état vient à peine de cesser, parce qu'elles ont pu racheter ce qui avait été le leur.
Nous n'entendons faire un procès à personne : les communes éUient devenues propriétaires par un fait violent; les administrateurs ne pouvaient aliéner la propriété. Les membres survivants ne pouvaient représenter des corporations détruites légalement ; en formant des congrégations nouvelles, celles-ci, même autorisées, n'étaient pas héritières des anciennes.