CHAPITRE XXXII. LE NOUVEAU DIOCÈSE DE GOUTAXCES
gatioa du Sacré-Cœur se réunissaient sous la direction de Tune d'elles, la demoiselle Madeleine Lenoir, de Saint-Pierre-du-Tronchet, et reprenaient à loyer de la ville leur ancien établissement de Périers, pour y rouvrir une école et un pensionnat.
A Avranches, une pieuse ûlle du nom de mademoiselle Charuel continuait l'œuvre de Tabbé Fleurye, en formant un grand nombre de maîtresses de l'institut, soumises aux anciennes règles. Il était peu de paroisses rurales dans toute la partie méridionale du diocèse qui n*eût en 1820 une bonnescmr. Elles portaient un costume quasi religieux. Elles rendaient de bons services à l'égard des malades. Elles étaient l'objet d'un respect universel.
Nous avons dit l'origine de celles-ci ; il nous reste à raconter l'origine des Sœurs du Sacré-Cœur. Rien qu'à ce nom, il est facile de reconnaître l'inspiration du P. Eudes. Une petite congrégation de filles pieuses se fonda par ses soins à Périers en 1652, en vue de l'instruction des jeunes filles. La fondatrice s'appelait Jeanne Langlois. Elle était originaire de Sainteny. L'évêque Claude Auvry donna à la congrégation ses premiers règlements. Elle prospéra. Ange- François de Talaru lui en donna de plus amples en 1783, lui accorda le costume religieux et soumit ses membres à des vœux temporaires. Elle demeura soumise aussi à la direction des Eudistes. Elle occupait alors un grand nombre de postes dans le diocèse.
Le P. Jean Eudes mourut à Coutances le 9 août 1680, à l'âge de soixantedix-neuf ans. Ilfut inhumé dans l'église du séminaire, et son tombeau, honoré d'une longue épitaphe. Puissent l'institut des Sœurs du Sacré-Cœur et les Missionnaires du diocèse perpétuer son esprit de piété parmi nous.
La reconstitution de l'association par les soins de la sœur Madeleine Lenoir, n'atteignit pas pleinement le but désiré, parce que les sœurs se divisèrent en plusieurs groupes indépendants.
L'année 1827 fut une époque de bénédiction pour les communautés du diocèse ; il y en eut dix qui reçurent une existence légale : les Bénédictines de Yalognes, les Augustines de la même ville, celles de Coutances, de Barenton et de Carentan, les Trinitaires de Saint-James, les Ursulines d'Avranches et de Mortain, le Sacré-Cœur de Périers, et à Torigny un établissement
204 HISTOIRE DU DIOCÈSE DE COUTANGES ET AVRAIfCHES.
de Carmélites qui a cessé d'exister, parce que les religieuses se sont réunies à l'institut du Sacré-Cœur.
Ce n'est pas qu'une telle reconnaissance soit nécessaire pour être , le gouvernement ne persécute pas ; mais elle donne à l'établissement une existence personnelle qui le place sous la protection de la loi , avec droit d'agir et de se perpétuer.
Depuis lors, quelques-unes des anciennes institutions devaient croître dans de grandes proportions, et de nouvelles se fonder.
En 1833, Julie Postelet sa petite congrégation, comptant alors vingt-cinq membres, achetèrent les ruines de l'abbaye de Saint-Sauveur-Ie-Vicomte, où il était resté quelques portions de toiture pouvant servir d'abri provisoire. L'établissement devint un des premiers objets de la sollicitude du nouvel évoque. Il prospéra.
En 1838, les Sœurs entreprirent de relever l'ancienne église abbatiale, dont il restait aussi quelques pans de murailles, des colonnes et une partie du clocher. Le gros œuvre était refait, lorsque , dans une nuit tempétueuse de l'hiver de 1843 , tout fut renversé , ruines sur ruines. Elles ne se découragèrent pas; l'ouvrage, repris et mené activement, fut achevé en peu de temps. Cette église semi-romane, semi-gothique, est un des plus jolis monuments de la province. ^*^
M. Robiou érigea l'institut en congrégation avec supérieure générale , et TEtat le reconnut à ce titre. Le même prélat réunit pareillement sous une seule obédience les diverses maisons de l'ordre du Sacré-Cœur avec injonction d'élire une supérieure générale et d'établir la maison-mère à Coutances. C'était en 1840 ; l'Etat reconnut l'institut sous cette nouvelle forme en 1846.
Les Sœurs institutrices de Notre-Dame du Mont-Carmel d'Avranches attendirent jusqu'en 1855 le règlement qui devait les constituer en corporation en-
(1) I^ prospérité de cette maison est due à l'habile direction de Tabbé François •Augustin Delamare, alors grand-vicaire, depuis évéque de Luçon et mort archevêque d'Auch. L'architecte et maître ès-œuvres qui refît si bien l'église, s'appelait François Haley, maçon de ion méUer^ mais qui mit à contribution toute son intelligence» tout son cœur et flt consister sa gloire et sa récompense à la rétablir en fétat où elle était en 1790, les ruines et les décombres lui servant de guides. Il réussit. Son nom mérite l'honneur de passer à la postérité.