LA LITTERATURE
II est difficile de rendre compte en un chapitre du mouvement scientifique et littéraire qui s'est accompli sous nos yeux au xix® siècle. Le docte Duhérissier de Gerville ^^^ en fut Tinitiateur. Naturaliste, numismate, archéologue, mais principalement archéologue, il At à son image la première moitié du siècle : l'étude de l'archéologie domina. Il semble que le goût change ou que la matière s'épuise.
Le chevalier Charles-Alexis-Adrien Duhérissier de Gerville naquit à Gerville en 1769. En 1792, il émigra en Belgique et passa bientôt après en Angleterre. Doué d'une grande facilité d'apprendre et d'un goût prononcé pour la science, il se lia avec les savants du Royaume-Uni, et lorsqu'il rentra en France en 1801 , c'était un gentlemen accompli et un vrai savant.
Nul avant lui n'avait étudié le pays au point de vue scientifique dont il avait l'amour et le secret ; il entreprit l'exploration. Marcheur infatigable, il n'est pas de chemins qu'il n'ait battus, de villages qu'il n'ait visités. Les plantes des champs, des marais, des falaises; les carrières, les vieux manoirs, les vieilles églises appelaient son attention ; il recueillait une tuile à rebord,
(1) Quelques lecteurs nous ont su mauvais gré de n'avoir pas conservé le monsteur ou le mon$eigneur à Tégard des personnages éminents dont nous avons eu occasion de parler. Hélas t c'est qu'en notre beau pays de France on ne dit pas messieurs les morts. La prohibition est même absolue en ce qui concerne les écrivains, à partir du moment de leur décès. (Voy. U grand Dictionnaire de la langue française de Liltré, à l'art. Monsieur.) Nous avons accordé» par suite d'une douce habitude, le monseignfiurk nos derniers évêques; nous demandons grâce pour cette fois.
212 HISTOllie DU DIOCÈSE DE COUTANGES ET AVRANGUES.
une vieille monnaie, un vieux parchemin. Il écrivait debout^ sur la paume de la main. Beaucoup de personnes se moquaient; mais quelques-unes sentaient
s'éveiller en elles des aptitudes et des goûts demeurés jusque-là à Tétat latent.
Arcisse de Caumont, le grand propagateur, le missionnaire dévoué de la science, fut un de ses premiers élèves. Jean-Augustin Asselin, maire de Cherbourg, Victor Avoine de Chantereyne, aussi de Cherbourg, devinrent ses émules dans la recherche des antiquités. Joseph-Laurent Couppey, juge au tribunal de Cherbourg, chercheur perpétuel et heureux, Tabbé Constant- Germain Démons, curé de Cherbourg, rivalisèrent de zèle avec eux.
La Société académique de Cherbourg, fondée en 1755, dissoute en 1793, se rétablit en 1807, mais ne publia que des analyses succinctes de ses travaux jusqu'en 1833. Aussi, de Gerville ne lui donna pas ses premiers essais; il les envoya au Journal de physique de 18H à 1817, et à la Société des Antiquaires de France en 1823 et en 1824.
De nouvelles associations scientifiques et littéraires se fondèrent enfin à rimitation : ^a Société des Antiquaires de Normandie en 1822, avec le concours actif du chevalier de Gerville et d' Arcisse de Caumont, encore amis ^*\ La Société d'Agriculture, d'Archéologie et d'Histoire naturelle de Saint-Lo, dont le savant Ephrem Houël du Hamel fut le secrétaire et la cheville ouvrière en 1833; la Société d'Archéologie, Sciences et Arts d'Avranches, en 1834 ; la Société des Sciences naturelles de Cherbourg, en 1852. Les membres de ces diverses associations travaillèrent à l'envi. Elles publièrent leurs mémoires. Ceux de la société des Antiquaires de Normandie peuvent se placer sans désavantage à côté des mémoires des Antiquaires de France.
Il) Les deux amis se brouillèrent en 1831, à Toccasion d'une grave indélicatesse dont le chevalier de Gerville crut avoir à se plaindre. (Voy. son Mèm, »ur les villes et voies romaines, p. 68.) Il devint irréconciliable, quand Arcisse de Caunkont fit volte-face en 1838* en publiant le mémoire du chevalier Gally, contraire aux principes archéologiques professés jusque-là par l*un et Tautre.
De Gerville disait : Togive n*a pas de date qui lui soit propre. La ressemblance est on indice souvent trompeur. La date des monuments se tire des documents.
GaUy disait : l'ogive commence au xiu* siècle. (Il aurait dû ajouter, en Angleterre.) La ressemblance est la règle et doit servir à corriger les documents.