CHAPITRE XXXIII. LA LITTERATURE
En 1829, M. Julien Travers, professeur émérite delà Faculté des Lettres de Caen, alors professeur au collège de Saint-Lo, fonda V Annuaire du départem^ de la Manche; Arcisse de Caumont, en 1834, le Bulletin monumental; en 1835, l'Annuaire des cinq départements. Ce furent autant d'asiles ouverts à la science et aux lettres. Les journaux prêtèrent un concours bénévole aux savants. Par tout le diocèse, par toute la Normandie, on ne parla plus qu'antiquités et monuments. L'attention publique ainsi éveillée, les monuments classés par ordre de date et de style, le gouvernement intervint et accorda son appui pour la conservation et l'entretien de ceux auxquels se rattachaient de grands souvenirs historiques. D'où il arriva que beaucoup de gens devinrent savants à leur déplaisir^ parce qu'il ne leur fut plus loisible de mutiler les vieilles églises pour les rajeunir.
Nous ne parlons que des travaux publiés dans les annuaires et les journaux ou les recueils des Sociétés savantes; œuvres de dévouement et d'abnégation, puisqu'en dehors d'un cercle très-restreint de lecteurs et d'un nombre aussi restreint d'amateurs , ils devaient rester, inconnus ou dédaignés, à l'état de pierres extraites de la carrière, taillées, polies et déposées sur la route en vue d'édiQces à venir et attendant leur emploi ^^K
Beaucoup d'esprits, cédant à l'attrait d'études plus complètes, embrassèrent dans son ensemble l'histoire d'une localité et invitèrent le public à la * lire. Le chevalier Gabriel Houël du Hamel, de Saint-Lo ^^\ directeur des haras, donna l'exemple. Il publia, en 1825, ï Histoire de la ville de Saint-Lo; en 1836, deux volumes in-8^ de Notes sur l'histoire du département de la Manche. Le premier Ouvrage pèche par la forme, l'auteur ayant donné à son récit la tournure d'une fiction, pour le rendre plus attrayant.
Fulgence Girard , secrétaire de la Société Archéologique d'Avranches, fit imprimer une bonne Histoire des Evêqu£s d^Avranches , sauf la fin , dans son Annuaire de 1842; une Histoire archéologique, géologique et pittoresque du Mont'Saint'Michelj en 1843; une Histoire du Mont-Saint-Michel, prison d^Etat,
(1) 0 ne nous est pas possible d'entrer ici dans les détails, ils seraient trop longs ; nous rendrons justice aux auteurs en lieu convenable, (i) Né à Saint-Lo en 1783.
en 1 849 ; mais on ne saurait dire du bien de celle-ci : la haine de la tyrannie troublait les idées de Fauteur.
Chacune des localités importantes eut ainsi son historien : en 1835, Cherbourg, Yoisin-la-Hougue , édité et continué par Yenismor; en 1841, Àvranr chesaveeses enviroMj le docte Alexandre Motet, bibliothécaire delà ville; en 1851 , Mortain et son arrondissemetU , le plus docte Hyppolite Sauvage» avocat. L'ouvrage, reçu avec une grande faveur, fut promptement épuisé en librairie ; en 1 855, Torigny, sa Notice historique par le docteur Deschamps ; en 1862, Carentan, son Histoire de la ville et de la tncomté par Emile Lechanteur de Pontaumont.
En 1862 également, M. Léopold Quenault, ancien maire deCoutances et sous*préfet honoraire , publia ses Recherches archéologiques et historiques' sur la ville de Couiances; deux ans après, ses Recherches historiques sur le Cotentin. En 1870, M. Gustave Dupont, son Histoire du Cotentin et de ses lies.
M. E. Sarot, avocat, s'inspire de ces mêmes traditions et remet, pour ainsi dire, sous les yeux de la génération présente, dans de savantes notices, puisées aux sources juridiques , les principaux épisodes de la révolution dans le département de la Manche.
Arsène Delalande, avocat à Yalognes, avait publié en 1844 Y Histoire des guerres de religion dans la Manche.
Les ouvragés descriptifs et historiques en même temps ont été presque aussi nombreux , et présentent généralement une importance plus grande : tels, le Raoul de Rayneval ou Tableau de la Normandie au "tiv* siècle de M. de Pontaumont, publié en 1832, et les Ab^ historiques et archéologiques da même auteur sur les communes de ^arrondissement de Cherbourg ^ en 1857. Raoul de Rayneval , production d'une lecture attrayante et tableau fidèle des mœurs d'une autre époque, a le tort d'être un roman, comme Tristan le voyageur de Marchàngy . V Avranchin monumental et historique de M. Lehéricher, paru en 1845, ouvrage complet en son genre, qui mérita une mention trèshonorable de l'Institut; la Revue monumentale et historique de F arrondissement de Couiances, publiée en 1852 par M. Emile Renault, conseiller honoraire à la