ADRESSE 1>E DUBOURG
Pour montrer la fausseté de la thèse de Piault de Montaiga, .1 suffirait de lui opposer la vraie doctrine, celle du droit canonique de TËglise, comme Ta fait Tabbé Maury à l'encontre de Mirabeau ; mais Montaigu attribue à Tentêtement et à Tignorance la doctrine qu'il combat et qui, dit- .1, accumule des maux aftreux sur les ministres de la religion et sur la religion elle-même. Pour lui, en termilantses Réflexions, nous devons le dire à sa louange, i il supplie Dieu de bénir ses vues ; il proteste devant .ui que pour la défense de la foi, des vérités révélées, du Iroit divin, si jamais il est violé, il est prêt à livrer son ;orps à la torture et sa tête au glaive (i). »
De la parole aux actes, le curé de Daudes ne va pas tarder à montrer qu il y a loin quelquefois. Un de ses confrères que nous connaissons déjà, Dubourg, avait eu dans la lutte à propos des élections aux Etats-Généraux, une attitude trop peu mesurée, trop virulente pour qu'il pût se contenir dans la question si passionnante du serment civique. Aussi ne soyons point surpris de Tentendre, en se faisant recevoir, le 27 janvier 1791, dans la Société des Amis de la Constitution, s'adresser ainsi à ses frères en Révolution.
« Monsieur le Président et Messieurs,
« Frères nous nommons-nous les uns et les autres; qu'un nom si tendre ne demeure pas oisif dans nos cœurs ! Entre frères l'union est la base du bonheur. Gratuitement reçu dans votre sein, que ne puis-je donner un plein essor à ma reconnaissance ; mais je dois présumer que la louange, quoique donnée le plus à propos dans toute la délicatesse de l'art, est toujours insipide à des cœurs généreux, qu'elle les blesse.
« A une assemblée de patriotes d'élite, d'hommes jaloux de se maintenir dans la conquête des droits de Thumanité, de vivre toujours élevés au-dessus de la dépendance de
(I) A. C. L., x537, et B. C, ai4o.
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leurs égaux, de n^euvisager au-dessus d*eux que Dieu, la nation, la loi, le roi, à une assemblée d*amis de la Constitution, à des sentinelles vigilantes sur la soumission à ses décrets sanctionnés par le roi, Tcxpression de mes sentiments, à mesure qu*ils sortiront de mon cœur, sera mieux accueillie qu*un discours étudié.
« Contre Tordinaire des associations humaines, la vôtre, Messieurs, quoique au berceau, n*a rien qui se ressente des faiblesses et des bégaiements de Tenfance ; elle se montre déjà sous des traits mâles et nerveux, avec une sorte de vigueur, avec une physionomie robuste.
« De beaux, de sages règlements, ne suffisent pas pour maintenir dans le devoir ; les passions les interprètent souvent ; toute leur vigueur est dans notre respect, dans notre attention, dans notre obéissance à un chef. Le modeste magistrat que vous avez fait asseoir à votre tête dédaigne Tencens et m*iuterdit une liberté de pinceau.
« Je m*empresse donc de déclarer que mon vœu, en prenant une place au milieu de vous, est de m'efforcer de me rendre digne de la fraternité dont vous m*honorez.
« Soit que je défende mes opinions, soit que j'attaque celles des autres, ce sera toujours avec les armes de la raison, avec un air d*aménité, toujours ne parlant que la langue de rhonnête homme, celle du citoyen vertueux, du pasteur patriote. Si mon amour pour la vérité m'ordonne de relever une méprise, de démasquer une erreur, j'insinuerai qu'elle est échappée à son auteur ; au lieu de sarcasmes contre lui, le mauteau de la charité à la main, je découvrirai tous les endroits par lesquels il est estimable. Au milieu des épines de la censure, jusque dans les ronces de la critique, je ferai éclore les fleurs de l'urbanité.
« Quel trouble soudain vient m' interrompre, m*agiter au milieu du charme qui me transporte ? Frères, hâtezvous de participer à ma douce illusion, d'en goûter le sentiment ineffable ; contemplez-en sans émotion, sans