REFUS D* ACCEPTER LA CONSTITUTION
Des nombreux ecclésiastiques, chanoines ou simples bénéûciers, aucun autre n*eut cette faiblesse que rien ne saurait justifier, ni même excuser.
Dans la ville épiscopale, les curés, deux exceptés, se concertèrent quelques jours avant la date imposée pour le serment et convinrent de le refuser, alléguant avec raison que chacun d*eux avait dû, par ses instructions, préparer les paroissiens à ce refus.
Ceux qui firent exception sont les curés de Saint-Jean et de Saint-Pantaléon, les seuls qui invitèrent la municipalité à fixer le jour qu'il lui plairait de recevoir leur serment.
Joseph-François Dret, né à Troyes le i8 mars 1786, appartenait au diocèse de Châlons, où il était curé de Villevenard, quand 1 abbesse de Notre-Dame-aux-Nonnains le nomma curé de Saint-Jean, en 1788. Le dimanche 3o janvier, les commissaires de la commune se rendirent dans son église pour enregistrer la protestation de son serment, à Toccasion duquel il parla ainsi à ses paroissiens : « Messieurs,
« La paix soit avec vous, qu'elle soit avec nous tous ! Tel est, mes Frères, le vœu que je forme en ce moment. Qu'elle règne dans Tunivers entier ; qu'elle règne surtout dans l'empire français ; qu'elle règne dans celte église ; qu'elle demeure dans vos âmes comme elle est gravée dans mon cœur I Est-il un souhait plus digne d'un ministre de paix ? Puissé-je vous la porter à tous, cette paix si désirable, en prêtant le serment que la loi exige de moi I Depuis quelque temps, j'avais déjà prononcé dans le secret de mon âme ce serment sacré, persuadé que la religion, en me plaçant dans son sanctuaire, m'a imposé d'une manière plus rigoureuse encore le devoir essentiel à tout chrétien, d'être soumis aux lois de sa patrie, et fidèle à son roi. Que ma langue s'attache à mon palais, que le même Dieu que je prends k témoin, me frappe de ses foudres, que ces voûtes sacrées m'ensevelissent sous
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leors mines, ploidd qne de proférer on serment que mon eœar démenti rail et qne ma foi condamnerait ! (Test donc dans cette conviction intime que ta religion, toujours respectée, trouvera dans tes noovetles tois qui ta consacrent, des secours ellicaces pour maintenir ta sainteté de ses dogmes et la pureté de sa morate, c^est, dis-je. dans cette conviction que je jure de tes maintenir.
« La France entière, attachée au Souverain-Pontife par des liens indissotubtes, le regarde comme le centre de t'unité de la doctrine chrétienne. Ses représentants seraient tes premiers à révoquer leurs décrets, si ta décision de l'Eglise venait à les condamner. Ils reconnaissent son autorité : ils la respectent. Pour nous, vous nous verriez rétracter, avec une fermeté invariable, le serment que nous faisons aujourd'hui, si des lois destructives de celles de l'Eglise pouvaient émaner de ceux que vous avei établis pour défendre vos droits, et qui les violeraient en violant ccnx de la religion. C'est à vous que nous en appellerions, et nous vous dirions : Vous avez été les témoins et les dépositaires des engagements que nous avons contractés de nous montrer ûdèles à notre patrie ; mais vous nous avez aussi entendu jurer à la divinité de ne jamais maintenir une loi qui attaquerait celte de l'Evangile, car alors notre serment serait un parjure, et notre silence un crime.
< Mais pourrait-on croire que ceux qui ont enchaîné la destinée Je la religion et de ses ministres à celle de l'Empire ne veulent pas la propager et la faire fleurir ? C'est sans toucher à ses fondements immuables comme le Dieo qui les a posés, que d'une main sage ils corrigent ces abus honteux que le temps, la cupidité et toutes les passions huiiiairies avaient introduits. Bientôt, j'en ai l'espoir, nous la verrons plus glorieuse, reprendre cette ancienne splendeur qui l'accompagna dans son berceau, en se rapprochant des règles que son fondateur lui a données. Elle n'a pas besoin, cette religion sainte qui ne règne que par
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la persuasion, elle n'a pas besoin de titres pompeux pour étendre son empire. Qu on la déclare nationale, ou qu'on abandonne le soin de sa propagation aux seules forces de Dieu qui l'établit autrefois malgré le glaive des tyrans, qu'importe une vaine dénomination qui n'ajouterait rien à sa grandeur réelle Ce n'est pas sur des tables de marbre ou sur le bronze que l'on fera graver ses dogmes, le marbre et le bronze sont toujours des monuments trompeurs de l'opinion des hommes ; c'est dans nos cœurs qu'ils seront empreints en caractères inelTaçables. Les vertus qu'elle commande s'identiûeront pour ainsi dire avec nous. Unis les uns aux autres par les doux liens de la charité, nos intérêts particuliers céderont au bonheur général. Ceux même à qui une conscience peu éclairée ou trop timorée ne permettrait pas de nous imiter, conduits par la religion qu'ils croient conserver, verront toujours en nous les membres du Dieu qu'ils servent, et divisés d'opinions, nous demeurerons unis de cœur.
« C'est vous, ô mon Dieu, que je prends à témoin de la doctrine et de la pureté de nos intentions. Quand je devrais paraître dans quelques instants à votre tribunal et aux yeux de l'univers entier, pour y dévoiler le fond de mon cœur, je parlerais avec la même sécurité. Religion sainte, vérités éternelles, vous êtes aussi immuables que la divinité dont vous êtes émanées. Les vains projets des hommes ne peuvent rien contre vous. Mais s'il était un téméraire qui osât porter une main profane sur votre arche sainte, cette même voix qui se fait entendre pour assurer le repos de notre patrie, nous rélèverions avec encore plus de force pour nous défendre. Nous sommes vos ministres et vos vengeurs ; et si Dieu, dans sa colère, pouvait permettre que vous fussiez en danger dans cet empire, martyrs de notre foi, nous péririons avant elle.
« Et vous, mes chers paroissiens, mes enfants, mes amis, d'autres moi-même, puisque je dois répondre de vous, permettez-moi d'épancher dans vos cœurs les peines
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déTorantes dont mon âme a été péDétrée à la première nouvelle d'nne loi qni ponvait me séparer de voos. Qooi, me disais-je, ii me Csiadrait abandonner le troopeao qai m'est confié! Je livrerais à des mains étrangères des brebis que j'ai juré de rendre à leur premier pasteur ! Alors mon cœur se serrait, des larmes amères coulaient de mes yeux.
« Ami de la vérité, la cherchant dans mon âme, tout ce qui pouvait déterminer ma décision, je Tai pesé avec scrupule. J*ai lu. j^ai médité, j ai interrogé ceux dont j*estimais les lumières ; et« après toutes ces recherches, ne voyant plus que des objections frivoles dans cette foule d'ouvrages enfantés par le fanatisme ou par la mauvaise foi, reconnaissant dans les principes qui ont dirigé l'Assemblée la pureté de la discipline première de l'Eglise, peu à peu mes doutes se sont éclaircis, mes craintes se sont dissipées, la vérité s'est montrée à moi, je me suis dit : Sois citoyen, puisque tu ne cesses pas d'être chrétien. Les ministres que la Providence a daigné m'associer dans mes fonctions ont partagé mes peines, ils partagent aujourd'hui ma joie. Je suis, leur ai-je dit, le pasteur de mon peuple, je dois en être le père. Pourquoi l'abandonnerais-je ? Pourquoi l'abandonneriez-vous ? Détruit-on nos autels pour en ériger de nouveaux et immoler une autre victime ? Veut-on tarir ces sources spirituelles qui, depuis la naissance du christianisme, ont abreuvé les fidèles de grâces sans nombre ? Non, nous annoncerons les mêmes vérités, nous prêcherons la même doctrine ; ces voûtes, qui ont mille fois retenti des cantiques d'allégresse que chantaient vos pères en Thonneur de la divinité, répéteront encore les mêmes hymnes. Nous servirons le même Dieu, le sang adorable de Jésus-Christ coulera comme autrefois pour votre salut et le nôtre, le même culte nous est conservé, la même foi nous reste. Vous en avez pour garant la parole même de vos représentants ; ils ont manifesté hautement leur opinion dans le sein de TAssem-