DISCOURS DE SIBILLE
attaché aux biens périssables de la terre. Content de la place que la Providence ni*a donnée, je n'ai point désiré un noieilleur sort ; je n'ai brigué ni titres ni dignités. Hélas ! averti par ces cheveux blancs du compte que je dois bientôt rendre à Dieu, je n'attends que le triste bienfait de la sépulture. Loin de ma pensée le serment, s*il attaquait TEvangile, les vérités de la foi et la religion de mes pères, religion sainte pour laquelle je serais prêt de verser jusqu'à la dernière goutte de mon sang. Eh quoi ! serait-ce donc trahir ma foi, de veiller avec soin sur les fidèles qui me sont confiés, d'être fidèle à ma nation, à la loi et à mon roi, de maintenir de tout mon pouvoir une Constitution qui prévient des malheurs universels et qui, dans l'étendue de ses motifs, comprend le bonheur et le repos de tout ce vaste empire ? Jesus-Christ nous a donné les plus grands exemples de soumission. Le prophète Isaîe nous l'avait peint comme un citoyen si tranquille qu'il serait incapable de pousser le moindre cri séditieux. Instruit parce divin Maître, je ne craindrai point et je ne fais que céder aux impulsions de mon cœur et de ma conscience, de promettre dans cette chaire de vérité que, depuis tant d'années, je fais retentir du saint nom de Dieii, je n'hésiterai point, en présence de ces saints autels sur lesquels j'ai si souvent sacrifié pour vous et célébré les redoutables mystères, de protester que, jusqu'au dernier jour de ma vie, je veillerai avec soin sur les fîdèles qui nie sont confiés, que je serai fidèle à ma nation, à la loi et à mon roi, et que je maintiendrai de tout mon pouvoir la Constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par le roi. Oui, je le jure (i). »
Sibille prononça ensuite cette formule de prière : c Ratifiez, Seigneur, ce serment solennel ; jetez un regard favorable sur la nation française. Dieu de Clovis, Dieu de saint Louis, protégez notre bien-aimé prince.
Anges du Très-Haut, venez le couvrir de vos ailes ; que, toujours semblable à lui-même, il fasse régner avec lui la religion, Tabondance et la paix. Je le souhaite au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il. »
Quelque spécieux que fût le langage de Sibille, le vicaire, Jacques Parison, originaire de Ville-sur-Terre, eut le courage de ne pas Timiter ; il refusa toute adhésion à un décret que les raisons alléguées par son curé ne pouvaient rendre ni licite ni recommandable.
Aucun des autres curés de la ville ne prêta ce serment.
Citons les noms de ces prêtres fîdèles : c'étaient Nicolas Godard, curé de Saint-Sauveur à la cathédrale, qui refusa formellement d'abjurer ; Jacques-François Detroye, curé de Saint-Nicolas ; François- Louis Berthier, curé de Saint- Nizier ; Siméon Perrard, curé de Saint-Aventin ; Pierre Deheurles, curé de Saint-Denis et Jean-Clair Coquet, curé de Saint- Jacques>aux-Nonnains (i).
De Troyes, où il se trouvait momentanément, le curé de Sainte-Madeleine, Dubois, envoya, le i3 janvier 1791, à l'Assemblée nationale, cette ferme protestation :
(c Absent par congé, pour cause d*infirmité contractée par la multiplicité et la longueur des séances, je n*ai pu me rendre à TAssemblée pour y présenter le cri de ma conscience contre le serment civique prescrit par le décret du 37 novembre dernier.
<x L'Assemblée nationale, qui a décrété que nul citoyen ne pourrait être inquiété pour ses opinions religieuses, pourrait-elle me faire un crime, même improuver une résistance qui m est prescrite par mes premiers serments et mon attachement inviolable à la foi de nos pères ? La franchise chrétienne ne permet ni dissimulation ni restric-
(i) Nous ne citons pas le titulaire de la petite paroisse de Saint- Etienne, Lalauze, dont le titre fut supprimé par la Constitution civile et qui ne pouvait être considère comme curé par Tadministration.